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Sud Soudan : un rapport accablant sur les Casques bleus mène au limogeage de leur commandant

Par Jeune Afrique avec AFP

Un casque bleu se tient en surplomb de la base des Nations Unies à Djouba, la capitale du Soudan du Sud, en janvier 2016. © Jason Patinkin/AP/SIPA

Les Casques bleus au Soudan du Sud auraient réagi de manière "chaotique et inefficace" aux violences de juillet à Juba, et n'auraient pas su protéger les civils d'agressions sexuelles, selon un rapport de l'ONU publié ce mardi. Il a conduit au limogeage de leur commandant.

L’ONU a annoncé le « remplacement immédiat » du commandant de la force de l’ONU sur place (Minuss), le général kenyan Johnson Mogoa Kimani Ondieki.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est déclaré « profondément affligé » par les conclusions du rapport d’enquête de mardi, et « inquiet des graves lacunes identifiées ».

Échec de l’ONU face aux massacres de juillet 

Le rapport en question souligne que la force onusienne « a échoué à répondre » à l’incursion le 11 juillet de soldats sud-soudanais dans un hôtel abritant des employés d’organisations internationales et proche d’une base des Nations unies.

Selon l’organisation Human Rights Watch, plusieurs employées étrangères avaient été violées et un journaliste sud-soudanais abattu devant témoins lors de ces violences opposant les forces gouvernementales à celles de l’opposition, notamment menée l’ex-vice-Président par Riek Machar.

« Aversion aux risques » des Casques bleus 

L’enquête, dirigée par le général néerlandais à la retraite Patrick Cammaert, met en cause des lacunes de commandement, « le manque de préparation » des Casques bleus face à l’imminence prévisible d’une reprise des affrontements entre forces gouvernementales et rebelles sud-soudanais et une « aversion aux risques » les rendant réticents à user de la force pour protéger les civils.

Ainsi deux mois après la fin des affrontements de juillet à Juba, la force de l’ONU ne patrouillait pas régulièrement à pied ou de nuit hors de ses bases. Et quand les Casques bleus patrouillaient, ils se contentaient de « surveiller les alentours derrière les minuscules vitres de leurs véhicules blindés », ce qui les rendait « incapables de repérer des responsables de violences sexuelles » ou de rassurer la population locale, selon le rapport.

Viols en série à Djouba dans l’indifférence générale 

Les enquêteurs n’ont cela dit pas trouvé de preuve que des Casques bleus aient refusé d’intervenir face à « des actes de violence sexuelle se produisant sous leurs yeux les 17 et 18 juillet », comme l’affirmaient plusieurs ONG. Le rapport souligne néanmoins « les piètres performances » des Casques bleus quand il s’agit de défendre des civils menacés à proximité de leurs bases.

Le 2 septembre par exemple, une femme agressée à quelques mètres de l’entrée d’une base avait appelé en vain à l’aide des soldats et policiers de la Minuss, avant que des officiers de la force n’interviennent finalement. L’ONU avait recensé au moins 200 cas de viols de Sud-Soudanaises dans la capitale pour le seul mois de juillet, perpétrés par des hommes en uniforme, notamment issus des troupes du président Salva Kiir.

Les Casques bleus de la Minuss, au nombre de 13 500 environ, avaient déjà été vivement critiqués pour leur comportement lors de l’attaque meurtrière d’un camp des Nations unies à Malakal (nord-est du Soudan du Sud) en février. Une précédente enquête interne avait conclu que certains d’entre eux avaient abandonné leur poste ou refusé de défendre les civils par la force.

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