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L’argent des Africains : Mehdi, architecte tunisien installé au Maroc – 832 euros par mois

Mehdi, architecte à Agadir, au Maroc. © DR

Mehdi, 28 ans, a quitté la Tunisie il y a plus d’un an pour s’installer à Agadir, où il est architecte. Son salaire s'élève à 9000 dirhams marocains, soit environ 832 euros par mois. Pour ce nouvel épisode de la série l’argent des Africains, il nous ouvre son portefeuille et décortique ses dépenses.

« Quand je ne suis pas au bureau, je suis dans mon atelier », explique le jeune homme, pour qui l’architecture est une vocation. Petit, il avait déjà « beaucoup d’imagination et de volonté de concevoir » et aimait dessiner, s’arrêtant longuement devant les vieux bâtiments de Tunis.

Durant ses études à l’École nationale d’architecture et d’urbanisme de la capitale, il effectue un stage de huit mois à Agadir, sur la côte atlantique du Maroc. C’est alors qu’il tombe amoureux de la ville, ravagée par un tremblement de terre en 1960 et entièrement reconstruite depuis. Un endroit où « le climat est excellent toute l’année », où les gens sont « très gentils » et où il n’a eu aucun mal à s’adapter, de par la langue et les similarités culturelles avec la Tunisie.

C’est via la colocataire marocaine de sa sœur à Paris, dont la tante est architecte, qu’il décroche son premier poste à Agadir, où il s’installe en mai 2015.  Aujourd’hui, il travaille dans une agence d’architecture privée et dessine les plans pour des projets publics et privés, conçoit des perspectives 3D et participe à certains chantiers.

Loyer et charges de la maison : environ 341 euros

Après avoir changé plusieurs fois de logement, il vit aujourd’hui dans un deux pièces spacieux avec balcon en plein centre-ville, tout près de son bureau. Aux 277 euros mensuels de loyer, s’ajoutent environ 18 euros par mois pour l’eau et l’électricité, 28 euros d’ADSL et 18 euros pour le téléphone fixe. Il paye également un abonnement mensuel de 9 euros pour son téléphone mobile. Dans un pays où le salaire moyen est estimé à environ 400 euros par mois, Mehdi ne se plaint pas du sien. « 832 euros, c’est plutôt bien pour quelqu’un qui n’a pas encore beaucoup d’expérience. » D’autant que la ville n’est pas très chère, ajoute-t-il.

Alimentation et sorties : 296 euros

Sans se priver, il dépense environ 185 euros par mois en courses alimentaires et 111 euros en restaurants et autres sorties dans des lounges ou des bars, par exemple. « En semaine, je cuisine souvent des plats tunisiens bien épicés, et le week-end j’adore manger japonais », explique-t-il. Le tout, sans beaucoup dépenser en transports, puisque « presque tout est facilement accessible à pieds. »

S’il vit seul pour l’instant, il partage sa vie avec sa fiancée marocaine, rencontrée à Tunis et étudiante en droit à Agadir. Et le reste de son temps libre, il le consacre à une autre activité de plus en plus prenante : la création de meubles et objets à partir de matériaux de récupération.

 

Un projet entrepreneurial

Très souvent en sortant du bureau, il se rend dans son atelier en banlieue d’Agadir, qu’il loue à 129 euros par mois. « J’y passe aussi une grande partie de mes week-ends, j’adore ça ! » Il y transforme du vieux bois (palettes, bois brut de construction, planches de coffrage…), récupéré parfois en usine ou achetées 4 euros au « souk ferraille », pour leur donner une seconde vie. Fauteuils, banquettes, tables, lits, dressoirs, tabourets…

« Je veux montrer qu’on peut faire de belles choses avec des déchets, c’est un style de fabrication qui a de l’avenir et beaucoup de potentiel. » Surtout dans le pays qui accueille cette année la COP 22. Il a d’ailleurs prévu de quitter son travail très bientôt pour se consacrer entièrement à la création de sa propre société appellée « Pallett’Z » et spécialisée en recyclage de matériaux éco-design.

« J’ai présenté mon projet à l’association réseau-entreprendre [un réseau de chefs d’entreprises qui accompagnent les nouveaux entrepreneurs] en espérant qu’ils acceptent de le financer. J’aurai une réponses bientôt », précise-t-il, plutôt confiant. En attendant, il essaye d’épargner environ 185 euros par mois en effectuant quelques travaux en freelance pour d’autres architectes, qui peuvent lui rapporter entre 200 et 370 euros supplémentaires selon les mois. Il commence également à vendre quelques-unes de ses créations à des particuliers grâce à des annonces sur Internet.

Allers-retours en Tunisie

Proche de sa famille et de ses racines tunisiennes, Mehdi essaye de rentrer le plus souvent possible dans son pays d’origine, « pour les fêtes, les grandes occasions ou les vacances, que ce soit pour quelques jours ou pour plusieurs semaines. » Ce qui fait en moyenne trois ou quatre allers-retours par an en avion -chacun au prix d’environ 278 euros-, parfois pris en charge par ses parents, respectivement médecin et institutrice à Tunis. Ces derniers, ainsi que son petit frère et plusieurs de ses amis, lui ont déjà rendu visite plusieurs fois à Agadir, et ont été « très satisfaits » de leurs séjours.

Si ces voyages en Tunisie grignotent pour l’instant une part importante de son budget, Mehdi espère pouvoir mettre assez d’argent de côté non seulement pour lancer sa société, mais aussi pour assouvir sa soif de voyages. « J’ai déjà voyagé à Paris, Liège, Amsterdam, Stockholm, Hambourg… » Mais son rêve serait de s’envoler vers le Pérou pour y vivre un dépaysement total, à la découverte d’une culture et d’une Histoire totalement différentes. Mais d’abord, cap sur une nouvelle étape professionnelle.

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