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Ce jour-là : le 7 novembre 1987, le coup d’État « médical » de Ben Ali

Changement de portrait présidentiel le 9 novembre 1987 dans un commerce de Tunis. A gauche, le nouveau président Zine el Abidine Ben Ali et à droite Habib Bourguiba. © Laurent Rebours/AP/SIPA

Dans la nuit du 7 novembre 1987, un petit groupe d’hommes menés par le Premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali déposent le président Habib Bourguiba en invoquant sa « sénilité ». Ils inventent du même coup le concept de coup d’état « médical ».

Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1987, Zine el-Abidine Ben Ali – alors Premier ministre tunisien, également ministre de l’Intérieur – et Hédi Baccouche convoquent sept médecins – cinq civils et deux militaires. Outre ces professeurs aux diverses spécialités (neurologue, cardiologue, neuropsychiatre…) sont également présents le président du Conseil de l’ordre des médecins et la ministre de la Santé.

Les sept doivent statuer sur l’état de santé d’un malade, dans la ville de Monastir, à 160 km au sud de Tunis. Et ce malade n’est autre que le « Combattant suprême » Habib Bourguiba, 84 ans et premier président de la République tunisienne.

Les médecins – qui ont tous déjà eu le président comme patient – sont invités par le nouvel homme fort Ben Ali à signer un avis médical d’incapacité le concernant. Amor Chadli, médecin personnel de Bouguiba qui le rencontre quotidiennement, ne fait toutefois pas partie des signataires. 

Une fois signée la déclaration des professeurs stipulant que « son état de santé ne lui permet plus d’exercer les fonctions inhérentes à sa charge », Habib Bourguiba est officiellement déposé pour sénilité. Zine el-Abidine Ben Ali prend alors le pouvoir grâce à l’article 57 de la Constitution, qui fait du Premier ministre le successeur du président si ce dernier est face à un « empêchement absolu » de gouverner.

Archives JA

Une de Jeune Afrique n°1402 du 18 novembre 1987 © Archives JA

Présidence à vie

À 5h30, l’heure où Bourguiba se lève, Ben Ali décroche son téléphone et appelle directement le président. Il lui annonce calmement qu’il vient d’être destitué. Une demi heure plus tard, le nouveau chef de l’État fait une courte allocution à la radio nationale Radio Tunis, dans laquelle il explique les raisons de sa prise de pouvoir.

Il remercie Habib Bourguiba pour ses « énormes sacrifices », et explique que « face à la sénilité et à l’aggravation de son état de santé (…) le devoir national impose de le déclarer dans l’incapacité d’assumer (…) la présidence de la République ». Il critique néanmoins la « présidence à vie » de celui qui l’a lui-même nommé Premier ministre le 2 octobre 1987, ainsi que les « successions automatiques », souhaitant pour son peuple « une vie politique évoluée et institutionnalisée, (…) le multipartisme et la pluralité ». Le même homme qui, quelques années plus tard, en 1975, recevra à son tour de l’Assemblée nationale tunisienne ce fameux titre de « Président à vie »…

« Ni sang, ni cartouches »

Un léger dispositif de sécurité est installé aux points névralgiques de la capitale – siège de la Radio-Télévision, ministère de l’Intérieur -, mais la prise de pouvoir du Premier ministre se déroule sans effusion de sang ni coup de feu.

À 15h, Ben Ali se rend à l’Assemblée nationale où il est acclamé par les députés, puis prête serment sur le Coran. Il devient, à 51 ans, le second président de la Tunisie. Dans cette même après-midi, le quotidien gouvernemental La Presse distribue une édition spéciale. Le journal, tiré à 50 000 exemplaires, s’arrache. Dans des manifestations de soutien, on scande même : « Ni sang, ni cartouches : Zine (Ben Ali) et Baccouche ! »

Ce premier coup d’état marque la fin de 30 ans de « bourguibisme » et le début du « benalisme ». Une période marquée par des espoirs initiaux qui seront rapideùment déçus. Un pouvoir qui va durer 24 ans avant qu’à son tour, Ben Ali ne soit chassé du pouvoir, le 14 janvier 2011, après avoir développé une cleptocratie honnie par son peuple.

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