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Maroc – UA : Mohammed VI sollicite l’intervention d’Idriss Déby Itno et reporte sa visite en Éthiopie

Abdelilah Benkirane, le chef du gouvernement, et Mohammed VI. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Le roi du Maroc a demandé au président tchadien ce lundi d'intervenir auprès de la présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini Zuma, afin que celle-ci transmette sa demande d'adhésion aux pays-membres de l'organisation. Le même jour, il a reporté sa visite en Éthiopie, dernière étape de sa tournée est-africaine.

La demande d’adhésion du Maroc à l’Union africaine traverse une zone de turbulence. En vacances à Zanzibar, le roi du Maroc a eu, ce lundi 31 octobre, un entretien téléphonique avec le président tchadien, Idriss Déby Itno, afin de lui demander d’intervenir auprès de la présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini Zuma, pour qu’elle transmette aux États membres la demande de réintégration du Maroc au sein de l’UA, qu’elle a en sa possession depuis le 22 septembre dernier.

Le même jour, il a appelé le Premier ministre éthiopien, Haile Mariam Dessalegn, et s’est accordé avec lui pour reporter la visite officielle qu’il devait effectuer dans ce pays dans le cadre de sa tournée est-africaine. Celle-ci devrait finalement avoir lieu juste après la Cop22, qui se tiendra à Marrakech du 7 au 18 novembre.

L’Éthiopie abrite le siège de l’Union africaine et devra accueillir le prochain sommet de cette organisation en janvier. Le fait que le roi du Maroc y reporte sa visite peut être interprété comme une volonté de sa part de donner une meilleure visibilité à son projet de réintégration de l’Union. Surtout que les résistances que ce dernier suscite, notamment du côté de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini Zuma, connue pour ses positions pro-Polisario, n’arrangent pas les choses.

Chasser le Polisario, une question profondément clivante

En effet, la procédure veut que la présidente de la Commission informe les États membres de la demande marocaine par courrier afin de les préparer à une séance de vote qui devrait avoir lieu lors du prochain sommet de l’Union à Addis Abeba. Une source diplomatique camerounaise a confirmé à Jeune Afrique que cette demande n’a pas encore été notifiée à son pays.

En sa qualité de chef du 27ème sommet de l’UA qui a eu lieu en juillet dernier à Kigali, Idriss Déby Itno a donc été appelé à la rescousse. « À vrai dire, ce n’est pas tant le retour du Maroc qui pose problème – car il peut facilement réunir la majorité simple nécessaire pour valider son retour – mais la bataille qu’il entend mener au sein de l’UA dans le but d’expulser la RASD qui dérange énormément de pays acquis à la cause sahraouie », tempère une source proche de l’organisation panafricaine. Et d’ajouter : « Des pays comme l’Afrique du Sud ont très peur qu’une fois membre de l’Union, le Maroc n’arrive facilement à ses fins ».

Lors du sommet de Kigali, 28 pays sur les 54 que compte l’UA ont signé une motion de censure demandant l’expulsion de la RASD. Selon les statuts de l’UA, il faudra huit pays supplémentaires pour que la motion arrive aux deux tiers nécessaires pour à sa mise en application. Ce qui explique l’ampleur des résistances au retour du Maroc au sein de l’UA, menacée de division à cause de la question sahraouie.

Le dialogue pour atténuer les résistances

Depuis le gel de son adhésion au sein de l’Organisation de l’union africaine (OUA, ancêtre de l’UA) en 1984, le Maroc a toujours posé un ultimatum aux dirigeants africains pour revenir : le Maroc ou la RASD. Jamais les deux.

S’étant rendu compte de l’ampleur des résistances à l’égard de ce dossier, le royaume a fini par abandonner cet ultimatum.

Plus terre à terre, il veut d’abord recouvrer son siège officiel au sein de l’Union et ensuite faire pression sur ses membres pour les amener à chasser son adversaire. Sa stratégie : mobiliser ses amis mais aussi, chose nouvelle, neutraliser ses ennemis. Suite à la visite royale, le Rwanda et la Tanzanie, importants relais de l’axe Pretoria-Alger-Lagos, ont bien accueilli la demande d’adhésion du royaume. Une bienveillance sur laquelle ce dernier entend bien capitaliser.

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