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Arts plastiques : le Franco-Algérien Kader Attia remporte le prix Marcel-Duchamp

Kader Attia. © Franz Johann Morgenbesser /Flickr Creative commons

Sélectionné avec le Camerounais Barthélémy Toguo, la Marocaine Yto Barrada et l'Allemande Ulla Von Brandenburg, le créateur multipliant les formes d'expression l'emporte à l'heure même où il ouvre un espace de réflexion au coeur de Paris.

Le 18 octobre 2016, l’artiste franco-algérien Kader Attia a reçu le prix Marcel-Duchamp décerné par l’Association pour la diffusion internationale de l’art français (Adiaf). Ainsi est-il exposé entre les murs du centre Pompidou dans un espace de 600m2 consacré aux quatre artistes nommés cette année. Signe d’ouverture de ce prix créé en 2000, il comptait dans sa sélection le Camerounais Barthélémy Toguo, la Marocaine Yto Barrada et l’Allemande Ulla Von Brandenburg. Cette consécration pour Kader Attia, artiste incontournable des grandes manifestations de l’art contemporain africain comme la biennale de Dakar, tombe à point nommé. Il vient en effet d’ouvrir à Paris un « espace de pensée libre et indépendant », baptisé avec une certaine ironie La colonie.

Décoloniser les esprits

Né à Dugny, en Seine-Saint-Denis (93) de parents algériens, Kader Attia a été formé à l’École supérieure des arts décoratifs de Paris et à l’École des Beaux-Arts de Barcelone. À la croisée d’influence multiples – la vie en banlieue dans un milieu cosmopolite, l’ambiance des marchés où il gagne ses premiers revenus, le service civil au Congo-Brazzaville… – il commence par s’exprimer à travers la photographie, avant de proposer des installations traduisant tout à la fois l’inconfort et la richesse de ses diverses identités. Un distributeur automatique proposant du gin hallal et un manuel pour perdre l’accent de banlieue, une collection de prêt-à-porter estampillée elle aussi hallal, strings y compris, voilà quelques œuvres qui assurent sa renommée au milieu des années 2000.

Lutter contre l’obscurantisme

Les années passant, il s’éloigne un peu des œuvres politiques trop bavardes, varie les techniques et prolonge à travers ses films et installations une réflexion sociétale sur notre présent, entre consommation effrénée et replis identitaire. Fini le temps du Chéri(e), café Bar qu’il tenait à Belleville et où il servait du Whisky – Mecca-Cola, voici venu le temps de La Colonie. « Ouvrir un espace culturel et engagé, dédié aux arts visuels, à la musique, à la performance, à l’expression au sens large, en passant par la pensée critique, dans une société et à une époque où les voies d’expressions libres sont chaque jour recadrées par le conformisme institutionnel, c’est lutter contre la montée du fascisme et de l’obscurantisme, écrit-il. Résister contre le poids du déni national a toujours nourri ma sensibilité d’artiste et ma pensée de chercheur. De la pensée à l’acte, j’ai longtemps rêvé d’un lieu où, depuis l’extérieur du périmètre interdit, il serait enfin possible d’échanger, de dialoguer, d’oeuvrer à réparer une société qui n’en fini plus de se fragmenter… Ensemble, à travers la musique, les arts, le spectacle, et les débats, La Colonie va faire tout ce qui est en son pouvoir pour se ré-approprier cet espace abandonné par l’opacité de notre monde. » Pour fêter cet événement, et le prix Duchamp qu’il vient d’obtenir, Kader Attia lance dès le 21 octobre un colloque sur le thème de « L’appropriation inventive et critique », et invite tout le monde à partager « le couscous de [sa] mère ». Voilà une belle manière de créer des liens.

>> La colonie, 128 rue Lafayette, Paris 10e.

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