Fermer

Gabon : au club de foot d’Akanda, le ras-le-bol des joueurs

Image d'illustration. © Manseok/CC/Pixabay

Depuis plus de dix mois, les joueurs du FC Akanda, un club de Ligue 1 basé au nord de Libreville, ne sont plus payés et vivent pour certains une situation dramatique. En grève, ils doivent être reçus par le président de leur club ce mercredi.

C’est une situation que les joueurs ne peuvent plus accepter. Cela fait presque onze mois que les footballeurs professionnels du football club (FC) Akanda affirment ne percevoir ni salaire, ni primes de match. L’équipe est censée participer à la Coupe de la CAF (confédération africaine de football) en 2017.

Le mercredi 12 octobre, 20 joueurs − soit 90% de l’effectif − ont décidé de manifester devant la maison de Frédéric Gassita, le président du club, un musicien à la tête d’une société de production et accessoirement un ami très proche d’Ali Bongo, le chef de l’État. Il était autrefois également président du FC Sapins de Libreville.

« C’est plutôt une bonne personne », explique le défenseur Wilfried Ebane Abessolo, « le problème, c’est que cela fait des mois que nous réclamons notre argent, et qu’il évite de nous répondre, nous renvoyant vers le vice-président. Beaucoup de joueurs sont dans une situation très délicate .

« Je ne mange pas trois fois par jour »

Au Gabon, les clubs professionnels perçoivent une subvention de l’État par l’intermédiaire de la Ligue nationale de football professionnel du Gabon, qui se charge de répartir l’argent entre eux, afin de subvenir à leurs besoins et notamment au paiement des salaires.

« Les autres clubs ont repris l’entraînement, en vue du début du championnat, le 5 novembre prochain. Même si on sait qu’au Gabon, les retards dans le versement des salaires sont fréquents, presque onze mois, c’est inacceptable. Où est l’argent ? Il a dû partir dans certaines poches », poursuit Abessolo.

Le quotidien devient à ce point pénible que certains des joueurs disent ne plus pouvoir subvenir à leurs besoins. « Moi, je ne mange pas trois fois par jour. Je n’ai pas pu rentrer en Côte d’Ivoire pour les vacances, car je n’avais pas de quoi payer le voyage », relate l’Ivoirien Michaël Mariano Beugré.

« Quand on le contacte, le président ne décroche pas son téléphone. En plus, les dirigeants du club ont menacé de me faire expulser… Mais je suis en situation irrégulière, le club devait s’occuper du problème et il ne l’a pas fait. Qu’ils m’expulsent, mais avec mon argent », poursuit le joueur, en litige avec l’AS Mangasport pour le même problème.

« Il y a des joueurs qui contractent des emprunts pour pouvoir vivre. Il y en a même un qui risque la prison parce que ses loyers sont impayés », reprend Abessolo.

Gassita : « Un mouvement injustifié »

L’ancien international Rémy Ebanega, président de l’association nationale de footballeurs professionnels du Gabon (ANFPG), n’est pas étonné par cette situation.

« C’est hélas fréquent, mais dans le cas d’Akanda, c’est encore plus marquant car onze mois d’impayés, c’est beaucoup. Nous avons saisi la fédération gabonaise, le ministère des Sports, la CAF, la Fifa, la Fifpro [le syndicat international des joueurs, ndlr], ainsi que l’Organisation internationale du travail (OIT), car ce club n’est pas un cas isolé. La mobilisation des joueurs d’Akanda est importante, car il faut que les conditions des footballeurs professionnels gabonais s’améliorent. »

Frédéric Gassita a promis de recevoir les joueurs mercredi 19 octobre, « sans pour autant nous dire ce qu’il comptait nous donner », précise Beugré.

Depuis juillet, nous n’avons toujours par perçu les redevances prévues.

Le dirigeant, que nous avons contacté, a donné sa version des faits. « Concernant le mouvement des joueurs, le débat est complexe et le mouvement injustifié, d’autant que les joueurs concernés savent que nous dépendons financièrement de la ligue nationale et que depuis que le championnat s’est arrêté en juillet dernier, nous n’avons toujours par perçu les redevances prévues. »

« Les clubs reçoivent de l’argent »

Jean-Félix Mba Zé, le secrétaire général de la fédération gabonaise de football qui chapeaute la ligue nationale, confirme les dires de Frédéric Gassita : « Nous sommes en train de travailler dessus. » Un argument qui ne convainc pas Rémy Ebanega. « Les clubs reçoivent de l’argent de l’État, en complément de leurs propres ressources. Ils se servent hélas de cela pour justifier le nom paiement des salaires. »

Pour Frédéric Gassita, cette grève ne se justifie donc pas.

« Certains des leaders de ce mouvement sont des privilégiés car souvent, ils sont aidés par moi personnellement », ajoute-t-il. « La fédération nous doit aussi notre dû en tant que finalistes de la Coupe du Gabon, et les joueurs le savent ».

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici