Fermer

17 ans après son décès, que reste-t-il de Julius Nyerere ?

Modibo Keïta, président de la République du Mali et Julius Nyerere (à gauche), président de la Tanzanie, à Dar es Salaam le 11 novembre 1966. © Archives Jeune Afrique

Considéré comme le père fondateur de la Tanzanie, Julius Nyerere disparaissait le 14 octobre 1999 à l’âge de 77 ans. À l'occasion de l'anniversaire de sa mort, Jeune Afrique revient sur son héritage.

Chaque 14 octobre est une commémoration pour les Tanzaniens. Ils fêtent aujourd’hui lors du Mwalimu Nyerere Day la disparition du père de la nation, Julius Nyerere, décédé il y a 17 ans. Diagnostiqué un an plus tôt d’une leucémie, Julius Nyerere avait été admis au St Thomas’s Hospital de Londres à la fin du mois de septembre 1999. Le 14 octobre suivant, la gorge nouée en parlant de celui qui l’avait choisi pour la présidence Benjamin MKapa annonce cette triste nouvelle.

Une semaine après son décès, des funérailles nationales lui sont organisées à l’Uhuru Stadium de Dar es-Salaam, le même stade où, en 1961, on fêtait l’indépendance du Tanganyika. Un endroit hautement symbolique.

« L’un des géants du mouvement de libération africain »

Panafricain convaincu, Nyerere avait officiellement fait de Dar es-Salaam le siège du comité de libération de la jeune OUA (organisation de l’unité africaine) ; la capitale Tanzanienne devenait alors un centre révolutionnaire majeur.

Y sont notamment passés les militants sud-africains de l’ANC, ceux angolais du MPLA, mozambicains du FRELIMO, ou encore des intellectuels internationalistes et anti-colonialistes tels que Malcolm X, le Che Guevara où Walter Rodney.

Pas étonnant, donc, qu’en lui rendant un hommage posthume, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan parle de lui comme de « l’un des géants du mouvement de libération africain ». Nyerere était même surnommé  le Mwalimu (« le professeur » en kiswahili).

Stabilité politique et multipartisme

Si depuis son indépendance la Tanzanie fait preuve d’une remarquable stabilité politique, dans une région des Grands Lacs pourtant régulièrement secouée par des crises, elle le doit en grande partie à la figure de Nyerere. Depuis l’unification du Tanganyika et de Zanzibar en 1964 pour créer la Tanzanie, le pays peut se targuer de n’avoir connu aucun coup d’état. Trois tentatives furent néanmoins avortées.

Aujourd’hui la transition démocratique du pays est avérée, avec 12 élections présidentielles sans réels problèmes depuis 1964 (exception faite de fraudes lors du scrutin de 2015 à Zanzibar), le Mwalimu montrant l’exemple en se retirant à la fin de son mandat de 1985.

Pourtant, c’est bien le Baba wa taifa (« père de la nation » en swahili) qui a choisi ses successeurs : Ali Hassan Mwinyi en 1985 et Benjamin Mkapa dix ans plus tard, allant alors à l’encontre du vote du comité central du parti (qui lui avait préféré Jakaya Kikwete, Président en 2005).

Aussi, si le pays a autorisé le multipartisme en 1992, le Mwalimu est resté aux commandes du CCM (Chama cha Mapinduzi) – l’ancien parti unique – plusieurs années après la fin de sa présidence. Il est aujourd’hui encore extrêmement majoritaire dans la vie politique, laissant peu de place à l’opposition.

Le swahili comme facteur d’unité

À l’inverse de ses voisins des Grands Lacs, les problèmes intercommunautaires se font rares en Tanzanie. Le pays doit cette relative paix civile à la volonté du Mwalimu d’introduire une langue commune à toute la population. Alors que le pays compte plus d’une centaine d’ethnies (à forte majorité Bantou) et bien plus de langues et dialectes, le premier président Tanzanien a souhaité une uniformisation linguistique pour rapprocher et unifier toutes ces ethnies.

Nyerere impose en ce sens le swahili à la population, et la déclare langue officielle de l’administration et du système scolaire. Langue orale courante dans la société et au parlement, celle-ci supplante la langue anglaise, symbole de la colonisation. Aujourd’hui le swahili demeure l’une des langues courantes africaines les plus parlées et, fait rarissime, est plus utilisé que la langue de l’ancien colon.

Son ambitieux projet d’un socialisme africain a moins réussi sur le plan économique, il est vrai. Ses décisions sur ce plan ont généré une situation économique désastreuse, contraignant ses successeurs à se conformer aux exigences du FMI. 

Retrouvez ci-dessous l’analyse de Nyerere sur la situation en Afrique australe publié dans Jeune Afrique (n°867/868 du 19 août 1997). N’hésitez pas à agrandir la fenêtre pour un plus grand confort de lecture en cliquant sur le bouton en bas à droite.

Analyse de la situation en Afrique australe par Julius Nyerere by Jeune Afrique on Scribd

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici