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L’argent des Africains : Michelle, chargée d’études dans une banque camerounaise – 533 euros par mois

Motos au carrefour des deux église à Douala en septembre 2012. © Nicolas Eyidi pour JA

Michelle*, 30 ans, est chargée d'études dans une banque à Douala. Pour ce nouvel épisode de notre série sur l'argent des Africains, elle nous a ouvert son portefeuille.

Alors qu’elle était encore à l’école primaire, les parents de Michelle avaient déjà leur petite idée sur son avenir. « Petite, j’étais tellement économe que mes parents me surnommaient ‘Camdessus’, du nom d’un ancien directeur du FMI [en référence à Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international, NDLR] », s’amuse la trentenaire. « C’est vrai que je voulais déjà être banquière », reconnaît-elle.

Ses parents ne s’étaient pas trompés. Après des études à la faculté de Yaoundé, elle s’envole vers le Maroc pour obtenir un master de finances, une formation alors inexistante au Cameroun. Deux années que ses parents financeront intégralement. « Avant de prendre leur retraite, ils étaient fonctionnaires et ils ont beaucoup mis de côté pour payer des études à leurs quatre enfants », affirme-t-elle, sans pour autant garder un bon souvenir de son étape marocaine. « On subissait le racisme, même si on finissait par s’y résigner », se souvient-elle.

114 euros de loyer

Le diplôme en poche, Michelle rentre donc au Cameroun et obtient un emploi de chargée d’études dans une banque camerounaise. Le poste est situé à Douala, à plus de 230 kilomètres de sa ville natale, Yaoundé. « J’aime bien Douala, et j’aime mon indépendance », tranche la jeune femme.

350 000 francs CFA de salaire, soit 533 euros

Chaque fin de mois, elle touche 350 000 francs CFA, soit un peu plus de 533 euros. Un salaire nettement supérieur au minimum mensuel camerounais, fixé en 2014 à 36 270 francs CFA, soit 55 euros. « Je ne me plains pas trop », résume Michelle.

Peu de sorties, beaucoup d’économies : la jeune femme vit chichement dans un studio en périphérie de Douala. Un appartement qu’elle loue 114 euros par mois et dans lequel elle héberge temporairement sa jeune sœur, encore étudiante. Comme Michelle quelques années avant, sa cadette a la chance de ne pas travailler pendant ses études. Pour lui offrir quelques extras, Michelle lui donne un peu d’argent de poche, environ 15 euros tous les mois.

Pression sociale

Célibataire sans enfants, la trentenaire vit seule le reste du temps, une situation pas toujours bien acceptée au Cameroun. « Si j’étais un homme, ça ne poserait pas de problème. Mais une femme seule à trente ans, qui plus est indépendante, c’est parfois mal accepté. Certaines personnes me demandent ‘tu te maries quand ?’ et d’autres me lancent des phrases comme « à 30 ans, j’avais déjà deux enfants », raconte Michelle.

Il y a encore quelques mois, ces remarques la blessaient. Ce n’est désormais plus le cas, assure-t-elle. « Avant, quand j’entendais ça, je pleurais en rentrant chez moi et je priais pour que ma situation change. Maintenant, j’ai travaillé sur moi et j’ai dépassé ce stade : je pense que j’ai mieux à faire que de trouver un mari. Je cherche d’abord à me développer », assure Michelle, le ton posé et la voix assurée.

La jeune femme réfléchit d’ailleurs à monter sa propre structure, en lien avec ses blessures personnelles : « J’aimerais créer mon entreprise, je réfléchis à un domaine qui pourrait venir en aide aux filles. Petites, on nous élève en nous disant qu’on doit être belle et trouver un mari. Il est temps que les mentalités changent à ce sujet ».

229 euros d’épargne

Des projets qu’elle mûrit sur son temps libre, en ce moment largement consacré à la salle de sport. « Je fais du fitness trois fois par semaine. J’y passe plus de temps qu’avant, car je trouvais terne de rentrer tard du travail et de regarder la télé toute la soirée ».

Si elle s’autorise peu d’autres loisirs – un restaurant par mois -, Michelle prépare en revanche depuis des semaines un voyage dans l’Ouest du Cameroun. « J’y vais pour me reposer en pleine nature. Ensuite, j’irai rendre visite à ma famille à Yaoundé pendant quelques jours », se réjouit la trentenaire. Pour ce voyage, elle a prévu de dépenser environ 457 euros.

Pour financer ses vacances, Michelle peut compter sur ses économies. Si la jeune femme verse mensuellement au moins 77 euros sur son compte bancaire, elle place aussi 152 euros dans une tontine tous les mois. « Quand c’est à mon tour de prendre la tontine, je place tout sur mon compte », explique-t-elle en bonne gestionnaire.

*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressée.

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Si vous souhaitez participer à notre série, écrivez-nous à argentdesafricains@jeuneafrique.com

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