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RD Congo : la surprenante reddition du chef milicien Gédéon à Lubumbashi

Des agents de la Monusco et de l'armée identifient des enfants soldats d'une milice maï-maï, le 25 novembre 2013. © Flickr/Sylvain Liechti/Monusco

En cavale depuis septembre 2011, Kyungu Mutanga, communément appelé Gédéon, et quelques-uns de ses hommes se sont rendus mardi aux autorités provinciales du Haut-Katanga, dans le sud de la RDC. Mais plusieurs zones d'ombre demeurent autour de cette reddition du chef milicien.

C’est tout sourire que les officiels civils et militaires du Haut-Katanga ont accueilli, le 11 octobre, le commandant Gédéon et quelque 100 hommes qui l’ont accompagné à Lubumbashi. Et pour cause, le chef milicien y est venu déposer les armes.

Officiellement traqué par l’armée depuis son évasion spectaculaire de la prison de Kasapa, le 7 septembre 2011, à la suite d’une opération commando menée par ses miliciens armés et cagoulés, libérant au passage près de 1000 autres détenus, Gédéon, de son vrai nom Kyungu Mutanga, s’est pointé devant l’Assemblée provinciale où une cérémonie solennelle de reddition était prévue.

 

« Je suis venu répondre à l’appel du chef de l’État qui veut la paix », a déclaré le commandant du Mouvement des indépendantistes  révolutionnaires africains (MIRA), visiblement affaibli. L’homme est en effet apparu barbu et amaigri mais portant un t-shirt vert estampillé d’une effigie de Joseph Kabila avec un message sans équivoque : « Shikata », entendez « asseyez-vous, restez, demeurez » en langue luba. Un soutien non voilé au maintien au pouvoir du président sortant dont le second mandat constitutionnel arrive à son terme le 19 décembre.

C’est surtout un revirement pour ce chef maï-maï – milice fétichiste généralement d’autodéfense – et séparatiste qui a d’abord été aux côtés de l’armée congolaise après la chute de Mobutu, avant de prendre ses distances en 2003. L’ancien allié est entré en rébellion, multipliant les exactions contre les populations civiles dans le Nord-Katanga jusqu’à sa reddition à la mission onusienne en 2006.

Zones d’ombre

Jugé et condamné à mort en 2009 pour « crimes de guerre », « crimes contre l’humanité » et « appartenance à un mouvement insurrectionnel et terroriste », le commandant Gédéon n’avait passé que deux ans en prison avant de disparaître dans la nature. Depuis, c’est un autre groupuscule séparatiste, les Kata Katanga (« détachez le Katanga » en swahili), qui fait parler de lui dans cette partie de la RDC. Un mouvement qui serait dirigé par un certain Ferdinand Kazadi Ntanda Imena Mutombo, réputé proche de… Gédéon.

Plusieurs observateurs s’interrogent cependant sur le « deal » conclu entre Gédéon et les autorités congolaises pour le motiver à mettre fin à sa cavale et à se rendre. Certains affirment que Kinshasa lui aurait promis une amnistie. Mais pour l’instant, les dirigeants congolais restent évasifs sur la question. La reddition de Gédéon « prouve qu’on peut faire la paix sans effusion de sang », s’est contenté de commenter Jean-Claude Kazembe, le gouverneur du Haut-Katanga, assurant au chef milicien et à ses hommes la protection de l’État.

En attendant, Gédéon est-il un homme libre ? Sera-t-il assigné à résidence ? Ou, étant condamné pour des crimes graves, sera-t-il tout simplement renvoyé dans sa cellule de la prison de Kasapa ? Rien n’est moins sûr.

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