Fermer

Journée des droits de la fille : le mariage forcé freine l’alphabétisation en Afrique

Des femmes et des enfants attendent d'être soignées à l’hôpital de Médecins sans frontières à Leer, au Soudan du Sud, le 28 septembre 2015. © Josphat Kasire/AP/SIPA

En cette journée des droits de la fille, les ONG rappellent que les mariages forcés empêchent toujours les jeunes Africaines d’accéder au même niveau d’éducation que les garçons. Ils freinent aussi le développement du continent.

Avoir le statut d’épouse, voire de mère, quand on n’est encore qu’une enfant. Sur le continent africain, elles sont nombreuses à connaître ce paradoxe : 125 millions de filles mineures seraient actuellement mariées avant leurs 18 ans selon un rapport de l’UNICEF datant de 2015.

Et, croissance démographique oblige, malgré une réduction globale du taux de mariage avant 18 ans (44% en 1990 contre 34% aujourd’hui), elles pourraient être 310 millions d’ici 2050 si la dynamique reste la même.

Autant dire qu’en cette journée du droit des filles, ce mardi 11 octobre, la question du mariage forcé se pose plus que jamais pour l’Afrique, où sont célébrés 17% des mariages de mineures dans le monde.

Le taux d’alphabétisation limité

Chercheurs et ONG sont unanimes sur le sujet : les mariages forcés ralentissent le développement du système éducatif, car les jeunes filles mariées très jeunes échappent plus facilement aux radars de l’école. L’initiative pour l’éducation des filles de l’ONU affirme dans un rapport que les mariages forcés font chuter de 5,6% chaque année le taux d’alphabétisation des filles sur le continent.

Agnès Odhiambo, spécialiste des inégalités de genre à Human Rights Watch, estime pour sa part que « si le mariage forcé des jeunes filles et les grossesses précoces étaient éliminées, cela pourrait diviser par deux les inégalités de genres dans l’éducation. » En clair, les filles bénéficieraient (presque) des mêmes chances de réussite scolaire que les garçons.

Et si, pour lutter contre le phénomène, certains pays africains ont interdit le mariage des enfants, dans leur application concrète, ces lois sont un facteur aggravant des inégalités. La Tanzanie a par exemple décidé d’exclure de ses écoles les étudiantes enceintes ou mariées, tandis que le Malawi leur interdit d’aller à l’école pendant un an et leur impose une procédure complexe de réadmission.

Des « normes » dangereuses

Parmi les pays les plus touchés par le phénomène, le Niger, le Mali et le Burkina Faso se distinguent particulièrement, comme l’a récemment souligné Amnesty International qui dénonce une « mise en danger de milliers de jeunes filles. » Celles-ci vivent sans surprise parmi les familles les plus pauvres de la population.

Et si les classes les plus aisées ont de moins en moins recours au mariage de mineures, la proportion d’unions précoces a augmenté dans les classes les plus défavorisées, en Afrique de l’Ouest tout particulièrement.

Les inégalités sont donc en train de se creuser, portées par l’idée selon laquelle « le mariage est un moyen de protéger les jeunes filles de la violence extérieure », comme le déplore le rapport d’Amnesty. C’est la raison pour laquelle, depuis vingt ans, les institutions africaines tentent de lutter contre la tradition et cette perception positive du mariage des mineures.

Le poids des pratiques

L’Union Africaine notamment a lancé depuis deux ans une campagne pour mettre fin aux mariages des enfants, portée par Nkosozana Dlamini Zuma, la présidente de la commission de l’UA, qui a multiplié les déclarations sur le sujet, comme lors du sommet africain consacré au mariage des mineures à Lusaka fin 2015 : « Le mariage d’enfants crée des normes qui sont devenues de plus en plus difficiles à éliminer, des normes qui diminuent la valeur de nos femmes. »

Mais la force d’inertie des traditions et des pratiques est lourde, comme le prouve le rapport d’Amnesty International, qui s’intéresse plus particulièrement au nord du Burkina Faso. Il établit que dans cette région, plus de la moitié des jeunes filles mineures se marient avant leurs 18 ans.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici