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Côte d’Ivoire : le procès de Simone Gbagbo reprend avec un témoignage confus

Par - Envoyé spécial

Simone Gbagbo à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 15 janvier 2011. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Le procès de l'ex-première dame ivoirienne, Simone Gbagbo, a repris lundi à Abidjan. Elle est accusée de crimes contre l'humanité. Reportage.

Lorsque Simone Gbagbo entre dans la salle d’audience de la cour d’appel d’Abidjan, la cinquantaine de sympathisants venus assistés, lundi 10 octobre, à la reprise de son procès, l’attendent depuis déjà près de deux heures. Arborant un large sourire, leur « première dame » comme ils aiment encore le dire les salue chaleureusement avant de prendre place dans le box des accusés entourée de ses avocats.

Quelques minutes plus tard, c’est un retraité d’une soixantaine d’années qui vient se présenter à la barre. Ce témoin du ministère public (l’accusation) est un habitant d’Abobo, quartier d’Abidjan fortement touché lors de la crise postélectorale.

L’homme raconte dans un français difficile qu’après le deuxième tour de l’élection présidentielle, la mosquée de son quartier a été visée par des tirs de lacrymogène et qu’il lui était impossible de venir y prier. Il affirme ensuite que Simone Gbagbo a organisé des distributions d’armes dans une école tout près de chez lui.

Mais son témoignage est imprécis, confus. Et à mesure que le président de la cour d’appel ou la défense lui demandent de préciser son propos, il perd de sa force.

« Dites-nous ce que vous avez vu et pas entendu. Avez-vous vu madame Gbagbo distribuer des armes ? », lui demande la cour. « Non », répond le témoin. « Une connaissance de mon quartier est venue un soir chez moi. Elle a voulu me donner une arme en me disant que les choses allaient mal tourner. Elle m’a dit que Simone Gbagbo en avait distribué aux jeunes. »

« Et avez-vous vu ces distributions d’armes ? », poursuit la défense. « Non, j’ai simplement vu Mme Gbagbo sortir de l’école où on les distribuait », dit-il.

Un témoignage fragile

L’audition avance et la défense semble vouloir profiter des incohérences du témoignage. Les avocats de Simone Gbagbo reviennent sur les propos du témoin, lui demandant sans cesse de les clarifier et d’établir un lien avec leur cliente.

« Comment savez-vous que madame Gbagbo est liée aux événements qui se sont déroulés dans votre mosquée ? », poursuivent les avocats de la défense. Le témoin répond y avoir vu un dénommé Lamté (aujourd’hui décédé).

« C’était son bras droit à Abobo. Dans le quartier, tout le monde le savait, lui-même le disait. Lamté était un musulman, mais il était mécréant. Il a fait attaqué la mosquée de son père qui en était l’imam. »

Mal préparé, le témoin peine à expliquer clairement les faits qu’il tente d’exposer devant la cour ; il ne parvient pas à les dater avec précision et c’est sur un sentiment d’inachevé que prend fin son audition.

L’audience est suspendue. Simone Gbagbo, qui comparaît pour faits de « crime contre les prisonniers de guerre et crime contre l’humanité », quitte la salle avec le même sourire qu’à son arrivée.

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