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Exclusif : les artistes africains les mieux cotés du marché

Genetic Longing, 1984. © Franklin Heijnen/FlickrCC

Outil essentiel pour nombre d'acteurs du marché de l'art contemporain, l'Africa Art Market Report 2015 est aujourd'hui disponible. Avec son classement des artistes contemporains africains les plus en vue.

Elle était attendue, elle est désormais en ligne : l’édition 2015 de l’Africa Art Market Report vient de paraître, coordonnée par le marchand d’art Jean-Philippe Aka. Unique en son genre, ce rapport dûment informé aborde sans fard la question économique du marché de l’art contemporain dit « africain ».

Outre de nombreuses interviews, des portraits de personnages influents et des analyses impressionnistes, il propose un grand nombre de chiffres clefs : fréquentation des plus grandes foires d’art, résultats des ventes aux enchères et chiffre d’affaires des artistes dans ces mêmes ventes aux enchères. Notant le vaste intérêt, en particulier médiatique, pour l’art contemporain africain, les auteurs du rapport se veulent optimistes : « Ces investissement ont eu pour résultat un vaste et palpable enthousiasme qui peut conférer à cet art une réelle « normalité » sur le plan global. Il lui reste à devenir ordinaire, ce qui semble sur le point d’advenir. » Cela ne ressemble peut-être pas à un satisfecit, mais c’en est un!

Bien entendu, le rapport propose aussi son classement annuel des 100 artistes africains contemporains les mieux cotés. Un classement établi selon une méthodologie qui ne prend pas seulement en compte les ventes sur le premier et le second marché mais qui combine 5 éléments : le chiffre d’affaires en ventes aux enchères de l’année (25%), le prix moyen d’une œuvre sur le premier marché (25%), le nombre d’expositions dans des musées au cour de la carrière de chaque artiste (20%), le nombre d’expositions dans des galeries privées (20%) et le niveau de reconnaissance auprès des critiques d’art (10%).

Voici, dans l’ordre, les dix artistes qui trônent au sommet de cette liste.

1/ Julie Mehretu (Éthiopie)

Née en Éthiopie en 1970, Julie Mehretu est une plasticienne éthio-américaine travaillant à New York, où elle partage sa vie avec une artiste australienne, Jessica Rankin. Entre art figuratif et art abstrait, ses immenses tableaux sont des explosions de formes et de couleurs empruntant notamment à l’architecture et jouant sur les effets de transparence. Julie Mehretu a notamment été exposée au Sénégal lors de la biennale de Dakar – et dans les plus grand musées du monde. Son chiffre d’affaires en vente aux enchères est estimé, en 2015, à 7,2 millions de dollars. Chez Christie’s, sa peinture Looking Back to a Bright New Future de 2003 s’est vendue pour la modique somme de 3,5 millions de dollars cette année.

2/ William Kentridge (Afrique du Sud)

Artiste sud-africain né à Johannesburg en 1955, William Kentridge est depuis longtemps dans la liste des artistes africains les mieux cotés. Ancien acteur et metteur en scène, il est connu pour ses films d’animation, souvent réalisés avec des dessins au fusain ou au charbon, à même des livres ou des ouvrages existants. Sortes de palimpsestes où l’écriture, le mouvement, l’environnement social et géographique de l’Afrique du Sud se questionnent, les œuvres de Kentridge se distinguent de l’ensemble de la production issue du continent notamment par une approche formelle très novatrice. Exposant un peu partout dans le monde – un ses ses films était présenté aux Rencontres de la photo d’Arles en 2016, il est actuellement exposé par la Whitechapel Gallery à Londres – le chiffre d’affaires en ventes aux enchères de cet artiste a atteint 946 303 dollars en 2015.

3 / Marlene Dumas (Afrique du Sud)

Originaire d’Afrique du Sud où elle est née en 1953, Marlène Dumas vit depuis plusieurs décennies aux Pays-Bas. Ses immenses peintures, qui explorent souvent des thématiques ayant trait au corps humain, peuvent valoir plusieurs millions de dollars. Peintre réaliste, Marlène Dumas travaille à partir d’images existantes, qui peuvent être celle d’icônes comme celles de parfaits inconnus, auxquelles elle redonne vie – comme pour nous dire à quel point les clichés dont nous nous abreuvons sont éloignés de la réalité. En 2015, une grande rétrospective lui a été consacrée en Europe par la fondation Beyeler, à Bâle : « The Image as Burden » (L’image comme un fardeau). En 2015, le chiffre d’affaires de ses œuvres en ventes aux enchères a été de 735 025 dollars.

4/ El Anatsui (Ghana)

Artiste ghanéen installé depuis des années à Nsukka, au Nigeria, El Anatsui a reçu il y a deux ans un Lion d’or à la Biennale de Venise pour l’ensemble de sa carrière, et il trônait en tête de cette liste l’année dernière. Les créations qui ont assis sa notoriété sont reconnaissables entre mille : d’immenses draperies de métal constituées de bouchons pliés et reliés entre eux par des fils de cuivre. Il les qualifie de « sculptures » et elles sont réalisées dans son atelier avec l’aide de dizaines de « petites mains ». Très recherchées, elles peuvent aujourd’hui valoir nettement plus de 100 000 euros pièce. Selon le rapport, le chiffre d’affaires des œuvres d’El Anatsui en ventes aux enchères a dépassé les 2 millions de dollars en 2015.

5/ Jacobus Hendrik Pierneef (Afrique du Sud)

Né en 1886 à Pretoria, exposé pour la première fois en 1913, mort en 1957, Jacobus Hendrik Perneef n’est pas tout à fait un artiste contemporain… Sa présence dans cette liste s’explique néanmoins par son chiffre d’affaires en ventes aux enchères, qui a atteint en 2015 la somme de 1,6 millions de dollars – un chiffre qui s’explique lui-même par l’intérêt que portent les collectionneurs sud-africains à son travail. Peintre de paysages qui avait tendance à simplifier par ses lignes et ses couleurs l’harmonie de la nature, Pierneff fut commissionné en 1929 pour peindre les 32 panneaux destinés à décorer l’intérieur de la nouvelle gare de Johannesburg. Panneaux désormais exposés au Rupert Museum de Stellenbosch.

6 / Irma Stern (Afrique du Sud)

Iram Stern (1894-1966) doit plutôt être classé dans la rubrique « art moderne ». Née en Afrique du Sud, mais d’origine allemande, c’est dans ce pays qu’elle a étudié et vécu jusqu’en 1920. Grande voyageuse, elle s’est définitivement installée dans son pays natal à partir de 1926. Elle fut l’une des premières à introduire des Sud-Africains noirs dans ses peintures d’inspiration expressionniste. Une grande rétrospective lui a été consacrée à Londres en 1962. Son chiffre d’Affaires en ventes aux enchères dépassait, en 2015, les 3 millions de dollars.

7/ Roger Ballen (Afrique du Sud)

D’origine américaine, Roger Ballen (66 ans) vit en Afrique du Sud depuis les années 1970. Avec un goût prononcé pour l’étrangeté, il a commencé par réaliser des portraits d’habitants des zones rurales reculées du pays. Une étrangeté qu’il continue d’explorer aujourd’hui à travers des mises en scènes parfois morbides mettant en scène des poupées. Ballen est aussi connu pour ses collaborations avec le groupe de hip-hop alternatif Die Antwoord. Son chiffre d’affaires en ventes aux enchères pour 2015 est estimé à 10 000 dollars.

8/ Kader Attia (Algérie-France)

Né en 1970 à Dugny (Seine-Saint-Denis), Kader Attia est l’un des artistes les plus en vue de sa génération. Formé à l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Paris, il s’inspire notamment de son enfance banlieusarde et décortique en sociologue les questions du déracinement, de l’identité, de la religion. Très attaché aux manifestations artistiques liées au continent, ce Franco-Algérien propose régulièrement des installations, comme à la dernière biennale de Dakar ou pour Eva International, la biennale de Limerick (Irlande), en prise directe avec l’actualité. Kader Attia s’apprête aussi à ouvrir à Paris, non loin de la gare du Nord, un espace consacré à la pensée et à la création qui sera baptisé La Colonie. Son chiffre d’affaires en ventes aux enchères a été de 25 451 dollars en 2015.

9/ Adel Abdessemed (Algérie)

Né à Constantine en 1971, élève de l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger, le plasticien Adel Abdessemed a été profondément marqué par l’assassinat, le 5 mars 1994, du directeur de cet établissement, Ahmed Asselah, et de son fils Rabah, tombés sous les balles des intégristes. Ceci expliquant peut-être cela, le travail d’Abdessemed est marqué par la violence et explore notamment les questions religieuses. En 2006, il avait lâché sept sangliers dans les rues de Paris (Sept frères). En 2008, il avait montré six vidéos (Don’t trust me) où des animaux (mouton, porc, bœuf…) étaient mis à mort à l’aide d’une simple massue. En 2012, il avait représenté avec Décor quatre Christ tressés de fil de fer barbelé. Une œuvre inspirée du Retable d’Issenheim, et achetée pour deux millions d’euros par l’homme d’affaires français François Pinault. Son chiffre d’affaires en ventes aux enchères pour 2015 est de 122 933 dollars.

10/ Hassan Hajjaj (Maroc)

Né en 1961 à Larach, au Maroc, Hassan Hajjaj n’est sans doute pas l’artiste le plus facile à saisir : entre portraits, installations, design, mode, architecture d’intérieur, photo, recyclage, il façonne un langage plastique coloré que la plupart des commentateurs comparent – avec un peu trop de facilité – au pop art. Mais il est vrai que ses portraits photographiques dont les cadres utilisent souvent des objets du quotidien comme les canettes de fer blanc peuvent faire penser aux images et aux séries d’Andy Warhol. Son chiffre d’affaires en ventes aux enchères a atteint 19 800 dollars en 2015.

 

 

 

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