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Législatives au Maroc : un paysage politique redessiné autour du PJD et du PAM

Abdelilah Benkirane, chef du PJD, vainqueur des élections du 7 octobre 2016. © Paul Schemm/AP/SIPA

Les formations historiques ont cédé la place aux deux partis vainqueurs des élections du 7 octobre, confirmant la polarisation du parlement marocain. Jeune Afrique passe en revue les tops, les flops et les alliances à venir.

Arrivés en tête des élections législatives du 7 octobre, le Parti justice et développement (PJD) et le Parti authenticité et modernité (PAM) ont sensiblement amélioré leurs scores par rapport à 2011, marquant l’émergence de deux pôles politique majeurs et la dilution progressive des formations historiques.

Un gâteau électoral redistribué

Ainsi, les socialistes de l’USFP, les plus grands perdants de ces élections, ont cédé 19 sièges, le Rassemblement national des indépendants (RNI), q15, et l’Union constitutionnelle (UC), 14.

14 sièges ont été perdus aussi par l’Istiqlal, le parti historique de la lutte pour l’indépendance. Tandis qu’au Mouvement populaire de Mohand Laenser, on déplore cinq sièges en moins par rapport à 2011.

Au Parti progrès et socialisme (PPS) de Nabil Benbdellah, la casse aurait été plus importante s’il n’avait pas noué une alliance pré-électorale avec le PJD. À l’issue de ce scrutin, il n’a reculé que de six sièges, mais reste, malgré tout, un simple parti d’appoint.

Parole au roi !

Avec 125 sièges, soit plus de 31% de l’ensemble des sièges du Parlement, le PJD devrait guider la prochaine majorité gouvernementale. Selon l’article 47 de la Constitution, le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé premier aux élections. Cette pratique a été inaugurée en 2007, bien avant le texte constitutionnel, lorsque l’Istiqlal est arrivé en tête des législatives après cinq ans de mandature d’un gouvernement essentiellement technocrate, dirigé par Driss Jettou, et que le roi Mohammed VI a nommé son secrétaire général de l’époque, Abbas El Fassi, au poste de Premier ministre.

Le roi voulait alors instaurer de nouvelles traditions démocratiques. Mais il faut garder à l’esprit que la Constitution actuelle ne l’oblige pas forcément à nommer le secrétaire général du parti vainqueur ; il se peut que son choix se porte sur un autre membre du PJD, même si ce dernier a soutenu sans ambiguïté son chef. En tout cas, la nomination royale devrait intervenir dans les prochains jours, avant la réunion du nouveau parlement vendredi 14 octobre.

Quelles alliances ?

Tout d’abord, pour des raisons idéologiques, le PJD et le PAM ont déjà écarté toute possibilité d’alliance. Sauf imprévu, il y aura donc un gouvernement, piloté par le PJD, et une opposition sous la houlette du PAM.

Pour composer un gouvernement, le PJD doit réunir 198 sièges, équivalent au seuil de la majorité absolue au Parlement. À part le PPS acquis à sa cause, il pourra, théoriquement, compter sur l’Istiqlal et le MP qui n’ont jamais écarté la possibilité d’une alliance avec lui, malgré des relations en dents de scie. Un pôle PJD/MP/Istiqlal/PPS récolterait 210 sièges, largement au-dessus du seuil exigé. Mais d’autres scénarios sont possibles.

En cas de désistement du MP ou de l’Istiqlal, il restera le RNI pour former une majorité, mais son adhésion n’est pas certaine dans l’équation post-électorale. Car malgré sa participation au gouvernement actuel, le RNI n’est jamais parvenu à dégager une position claire par rapport à Benkirane. Les prises de bec entre le chef islamiste et Salaheddine Mezouar sont légion. Au sein d’un même gouvernement, ils étaient plus des adversaires que des alliés. Paradoxalement, une partie des ténors du RNI reste favorable à toute coalition gouvernementale, quelle que soit la couleur ou l’idéologie du parti qui la dirige. C’est dans ce contexte de clivages internes, que Mezouar a présenté sa démission de la présidence de son parti, ce dimanche 9 octobre.

Dans le camp de l’opposition, le PAM est, théoriquement, en bonne posture. À part l’USFP, opposante déclarée du PJD, qu’il ne devrait pas avoir de difficultés à convaincre, il pourra faire appel à l’UC ou aux autres petites formations qui ont accédé au Parlement.

Les imprévus

Si le PJD n’arrive pas à constituer une majorité dans les délais, il lui faudra passer le relais au deuxième parti, issu des élections, à savoir le PAM. Une situation que la Constitution marocaine n’a pas prévue et qui annoncerait un cas nouveau dans l’exercice politique au Maroc.

Ce lundi 10 octobre, la presse marocaine a évoqué cette possibilité, estimant que le PAM restait une alternative crédible pour former une majorité. La balle est dans le camp du roi.

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