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Dialogue en RDC : vers un accord politique à Kinshasa avant le sommet de Luanda ?

Joseph Kabila, président de la RDC, le 7 septembre 2016 à Entebbe, en Ouganda. © Ronald Kabuubi/AP/SIPA

Alors que le dialogue politique en cours à Kinshasa se heurte à plusieurs blocages, le président Joseph Kabila a réuni dimanche ses lieutenants dans l'est de la capitale congolaise. Objectif : accélérer les pourparlers pour obtenir un accord politique avant le sommet international de Luanda, prévu le 26 octobre.

« Le principe de donner le poste de Premier ministre à l’opposition a finalement été acté », a confié, le 10 octobre à Jeune Afrique, Adam Chalwe Munkutu, membre de l’équipe de la communication de la Majorité présidentielle (MP). Jusqu’ici, seulement 13 des 17 membres du bureau politique de la MP estimaient qu’il était normal de céder la primature à un opposant.

Ce blocage levé par le président Joseph Kabila en réunion dimanche 9 octobre avec le bureau politique élargi de la coalition au pouvoir à Kingakati, un compromis politique devait être conclu rapidement. Ce avec la frange de l’opposition congolaise conduite par Vital Kamerhe, qui a accepté de prendre part aux pourparlers en cours à Kinshasa, soutient-on désormais du côté de la MP.

Un « accord politique potable » attendu

« Nous avons posé des options qui permettront au facilitateur [Edem Kodjo] et à tout le monde, à l’unisson, de remettre au peuple un accord potable », a déclaré Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale et secrétaire général de la MP.

« Nous allons contribuer à ce que le dialogue prenne fin le plus tôt possible […] », a-t-il ajouté, promettant que les points de divergence entre la MP et l’opposition participant aux pourparlers en cours seraient levés dès ce lundi. « Au plus tard mardi. »

S’il n’y a pas d’accord avant le 26 octobre, l’UA pourrait retirer sa confiance à Edem Kodjo, s’inquiète Adam Chalwe (MP).

Ouvert le 1er septembre pour une durée annoncée de 15 jours maximum, le dialogue entre le camp Kabila et les partis d’opposition a semblé s’enliser ces derniers jours. « S’il n’y a pas d’accord avant le sommet de Luanda du 26 octobre [une réunion conjointe de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), l’ONU, la SADC et l’UA, ndlr], nous courrons le risque de voir la communauté internationale nous imposer un autre facilitateur et l’Union africaine retirer sa confiance à Edem Kodjo », alerte Adam Chalwe Munkutu.

Les « grands principes » de Kamerhe avant de signer l’accord

Du côté de Vital Kamerhe, co-modérateur de l’opposition dans le cadre du dialogue politique en cours à Kinshasa, la vigilance est de mise. « Pas question de signer un quelconque accord à n’importe quel prix. Nous tenons aux grands principes suivants qui doivent être repris dans l’accord : la date précise des élections et de la passation de pouvoir, les garanties du respect de la constitution et de la non représentation de Joseph Kabila pour un troisième mandat », martèle un cadre de l’Union pour la nation congolaise (UNC).

La primature n’est pas obsessionnelle pour Vital Kamerhe.

Quid du poste de Premier ministre qui reviendrait à l’opposition ? « Il faudra tenir compte du poids politique de chaque opposant ayant pris part au dialogue et souscrit à l’accord politique. Pour l’instant, Vital Kamerhe, troisième avec 1,6 millions d’électeurs lors de la présidentielle de 2011, paraît sans conteste le mieux placé », commente un proche de l’ancien président de l’Assemblée nationale.

« Mais la primature n’est pas obsessionnelle pour Vial Kamerhe. Ce qui compte pour lui, c’est d’aboutir à un accord pour que l’élection se tienne dans des délais techniquement possibles et politiquement acceptables, dans le seul intérêt du peuple, qui a choisi une passation pacifique du pouvoir au chaos que prêchent d’autres chapelles », poursuit-il.

Pour lui, « si d’aventure Étienne Tshisekedi [l’opposant historique et deuxième lors de la même présidentielle, ndrl] se joint à nous et ratifie l’accord, Kamerhe ne verra aucun inconvénient à lui laisser le poste ». Toutefois « n’eussent été l’UNC et les autres partis de l’opposition qui ont accepté de prendre part au dialogue, il n’y aurait pas aujourd’hui l’esquisse d’une date pour la prochaine présidentielle ni pour la constitution d’un fichier électoral frais », rappelle quant à lui Molendo Sakombi, l’un des fédéraux du parti de Kamerhe.

La MP (enfin) prête pour les élections ?

En attendant, Joseph Kabila a demandé à son camp de s’organiser pour les élections. Une cellule de coordination de la MP a été annoncée.

« Si nous devons nous organiser maintenant, c’est parce que l’autorité morale a réitéré sa volonté ferme d’organiser les élections dans ce pays et rapidement, par le biais de la commission électorale nationale indépendante (Ceni). Nous nous focalisons maintenant vers les élections », a déclaré Aubin Minaku. Il était temps. Dans la mesure où la date de la présidentielle, initialement prévue le 27 novembre, est plus que jamais incertaine.

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