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Cinéma : ce qui fait le succès des films tunisiens à l’étranger

Le film tunisien "Nhebek Hedi", primé et sélectionné par différents festivals internationaux. © Capture d'écran/Nhebek Hedi/Cult'art.tn

Dans le monde du septième art, le cinéma tunisien gagne progressivement ses galons, comme en témoignent les prix internationaux et les nominations de plus en plus fréquentes à de prestigieux festivals.

Avec pas moins de huit sélections et pré-sélections à des festivals internationaux durant le seul mois de septembre, l’année 2017 s’annonce prometteuse pour la Tunisie. Hormis les sacres de « Corps étrangers » au festival international de Toronto, « Chbabek El Janna » (« Les frontières du ciel ») au festival du film arabe de Malmö, « Akher Wahed Fina » (« Le dernier d’entre nous ») à la Mostra de Venise, ou encore « Zaineb n’aime pas la neige » au Festival de Namur, tous les espoirs sont encore permis pour « Père » de Lotfi Achour, sélectionné pour concourir au César 2017 du meilleur film de court métrage, ainsi que « À peine j’ouvre les yeux » et « Fleur d’Alep », candidats à la course aux Oscars. Et tous ces films, sortis ces deux dernières années, n’en sont souvent pas à leur première consécration internationale. Comment expliquer ce récent engouement pour le cinéma tunisien à l’étranger ? Levée de rideaux sur les coulisses de cette réussite.

Naissance d’une nouvelle vague cinématographique

« Coup de cœur », « très réussi », « renaissance du cinéma tunisien », « simple mais richement évocateur »… Conquise par « Nhebbek Hédi » (« Je t’aime Hédi »), la critique internationale, de la Chine au Canada en passant par la Grèce, l’Allemagne ou encore la Belgique, est unanime. Déjà doublement primé à la « Berlinale » en février, ce long-métrage de Mohamed Ben Attia vient de remporter début octobre le prix du meilleur film étranger au Festival international du film à Athènes et figure dans la « compétition premier long-métrage » du BFI London film festival.

Un engouement qui s’explique par le remarquable jeu d’acteur du jeune Majd Mastoura, mais surtout par la subtilité et l’universalité du sujet abordé. « Les critiques ont découvert, avec ce film, une nouvelle approche cinématographique centrée sur un travail de caractérisation des personnages, avec le contexte socio-économique post-14 janvier en filigrane », explique Ramzi Laâmouri, président de la Fédération tunisienne des ciné-clubs. Dans ce film, Hédi, un monsieur-tout-le-monde, vit et prépare son mariage sous l’autorité envahissante de son entourage et de la société tunisienne. Jusqu’à sa rencontre avec la pétillante Rim, qui va tout chambouler… Une autre forme de révolution, plus personnelle, qui relègue l’actualité tunisienne au second plan et parle davantage aux spectateurs du monde entier.

Cette approche œcuménique concerne également la plupart des dernières productions tunisiennes à succès, et traduit une volonté nouvelle de toucher un public plus large sans pour autant tourner le dos à la Tunisie. Autre point commun de ces films : l’émancipation face à diverses formes de pressions (tabous, radicalisation, traditions, dictature…). Une émancipation qui s’observe également au sein même du septième art tunisien. Car ce succès à l’international « est dû essentiellement à la libération de l’imaginaire cinématographique tunisien des clichés exotiques que prônaient les cinéastes tunisiens des années 90 », affirme Ramzi Laâmouri.

Autre fait « remarquable » de ce « cinéma naissant » selon lui, le fait que ces films n’aient reçu aucun financement de l’État tunisien. « Du coup, ils ont évité toutes contraintes dans l’écriture de leurs films et eu l’audace d’expérimenter des procédés nouveaux. Ce qui suscite aujourd’hui l’intérêt des organisateurs de festivals et des critiques. »

Et en Tunisie ?

Du côté des Tunisiens, les avis sont plus mitigés et la critique parfois plus acerbe. « Ils n’étaient pas mauvais, mais je trouve qu’ils font beaucoup de bruit pour pas grand-chose finalement. On en a marre d’entendre parler de la révolution et du terrorisme », explique Emna, une étudiante en médecine, en faisant référence aux films « À peine j’ouvre les yeux » et « Fleur d’Alep. » « Les scénarios des derniers gros films tunisiens sont plus riches, plus originaux et moins simplistes, et les acteurs jouent mieux », considère quant à lui Mehdi, employé dans une société de location de voitures.

Et si les exploitants de cinémas rechignaient auparavant à projeter des films tunisiens, par manque de rentabilité, cette reconnaissance internationale pousse aujourd’hui le public tunisien, à la fois fier et curieux, à remplir d’avantage les salles lors de leurs projections nationales. Le cinéma est mort, vive le cinéma !

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