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Reportage — Un navire de croisière à Tunis, une première depuis l’attentat du Bardo

Par - à Tunis

Zone touristique sur l'île de Djerba. Les autorités veulent faire des navires de croisière l'un des leviers de reprise d'un secteur touristique plombé par la menace terroriste. © Renaud VAN DER MEEREN pour Les Editons du Jaguar

L'Europa, le navire de croisière qui a fait escale à Tunis jeudi, est le premier depuis l'attentat qui avait fait 21 morts au musée du Bardo le 18 mars 2015. Si une centaine de personnes ont visité la capitale, le secteur tourne toujours au ralenti, alors qu'il drainait pratiquement un million de touristes avant la révolution de 2010.

Le premier bateau de croisière depuis l’attentat du musée du Bardo en mars 2015 a amarré jeudi 6 octobre dans le port de la Goulette, à Tunis. Sur les 312 passagers allemands de l’Europa, 142 sont descendus du navire pour visiter les sites touristiques des environs. Une goutte d’eau comparée aux 900 000 croisiéristes qui débarquaient des quelque 500 bateaux par an jusqu’en 2010.

« Depuis le 18 mars 2015 [date de l’attentat qui a tué 21 touristes au musée du Bardo], nous étions à l’arrêt total mais nous sommes toujours restés en contact avec les compagnies de croisière pour travailler à un retour progressif de l’activité », explique Mustapha Jabeur, le directeur général de Goulette Shipping Cruise (GSC) qui gère les 2 600 mètres carrés du village touristique et les 75 boutiques installées au cœur du port.

Haïfa Darghouth, à son compte en tant que photographe dans ce village, a l’habitude de prendre en photo les visiteurs après les avoir habillés en costumes traditionnels. « C’est mon premier jour depuis un an et demi, se réjouit-elle. Mes voisins ont mis la clé sous la porte. Je suis restée parce que les autorités nous ont offert le loyer pendant cette période. J’espère que tout va bien se passer ».

Sécurité

Aujourd’hui, seules 45% des échoppes sont ouvertes. L’arrivée de l’Europa, navire de l’amateur allemand Hapag-Lloyd, n’est qu’un ballon d’essai et ne préfigure pas un retour à des escales régulières. Ce qui n’inquiète pas les autorités, au contraire. « Hapag-Lloyd ne fait pas partie de nos clients traditionnels, c’est une bonne nouvelle, se félicite Mohamed Sekhiri, le commandant du port. Nous les avons convaincus que nous étions prêts à assurer l’accueil de leurs passagers. C’est un signe positif envers les autres compagnies ».

Mustapha Jabeur table sur un retour des mastodontes, notamment Costa Croisières et MSC courant 2017 mais sans donner de dates précises. Il espère approcher les chiffres d’affluence de la période pré-révolution d’ici un à deux ans.

La sécurité était au cœur des préoccupations de Hapag-Lloyd. Les autorités du port et les ministères du Tourisme et de l’Intérieur se sont réunis à de multiples reprises pour « mettre le paquet » sur cette question, selon un participant. Si le site du port en lui-même ne faisait pas l’objet d’inquiétudes particulières, les lieux visités, comme le site archéologique de Carthage, la médina et le village de Sidi Bou Saïd ont été soumis à une surveillance renforcée. Les groupes ont été escortés par des patrouilles discrètes. « L’objectif est de protéger les touristes et pas de les gêner dans leur découverte de notre pays », précise Mohamed Sekhiri.

Clientèle de choix

« Le capitaine à bord nous a prévenus que nous étions les premiers croisiéristes depuis les attentats. Mon mari et moi n’avons pas d’inquiétude. Nous avons déjà visité la Corée du Nord et l’Iran, nous n’avons donc pas peur de visiter la Tunisie », assure Elke, une Berlinoise sexagénaire. Fanfare, chameaux, soldats carthaginois, tout a été prévu pour assurer une ambiance festive sur le quai à la descente de bateau des passagers de l’Europa.

Ils sont les premiers mais ils représentent surtout une clientèle de choix. Le bateau est composé exclusivement de suites. Les passagers ont déboursé au minimum 6 000 euros pour la croisière en Méditerranée. « Si ces touristes de luxe repartent satisfaits, ils le diront à leurs amis qui se renseigneront auprès des compagnies de croisière, cela rend la journée encore plus cruciale », révèle un membre de l’organisation.

Dans une interview au site web Espace Manager, Slim Ben Jaballah, directeur général de l’Agence de voyages Hope Trave International et agent de plusieurs compagnies de croisière, estime dans que le secteur peut faire venir un million de touristes par an en Tunisie.

Une bouffé d’air qui serait la bienvenue. Sur les huit premiers mois de l’année 2016, les recettes touristiques ont baissé de 12,2% par rapport à la même période en 2015. Ce qui représente une perte de 2,4 milliards de dinars, soit 971 millions d’euros. Durant les six premiers mois de l’année 2016, environ 1,82 million de touristes se sont rendus en Tunisie, contre 2,32 millions au cours du premier semestre 2015.

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