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Boris Johnson : Africa trop united

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

"L'espérance de vie est montée d'un cran en Afrique, ce pays faisant désormais partie du système économique mondial", a déclaré Boris Johnson. © Glez

Ce 2 octobre, le ministre britannique des Affaires étrangères a parlé de l’Afrique comme d’un "pays". Mépris ou simple impéritie partagée par une bonne partie du personnel politique anglo-saxon ?

C’est pourtant simple : l’Afrique est un continent composé de 54 États souverains. Plus simple que l’Europe dont on ne sait jamais très bien où se trouvent ses frontières avec l’Asie. Plus simple que le Royaume-Uni dont on n’est jamais sûr s’il est européen, selon que l’on tient un discours de politicien ou de géographe ; ce Royaume-Uni dont il faut comprendre qu’il est composé de l’île d’Irlande, dont il faut soustraire l’État d’Irlande (Eire), mais à laquelle il faut ajouter la Grande-Bretagne, elle-même constituée de trois nations consultatives : l’Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles.

Un Africain aurait toutes les raisons d’hésiter à qualifier ce qui, dans cette région du monde, relève de l’île, de la nation, du pays ou de l’État. C’est pourtant un Britannique qui peina, dimanche dernier à Birmingham, à désigner le continent africain. Il n’y aurait pas eu de quoi en faire un fromage d’Ayrshire si l’approximatif géographe n’était pas le responsable de la diplomatie britannique, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson…

« Boris doit retourner à l’école »

Au premier jour d’une convention du parti conservateur, l’ancien maire de Londres indiqua que « l’espérance de vie est montée d’un cran en Afrique, ce pays faisant désormais partie du système économique mondial ». Une erreur de calibrage qui ne figurait pas dans le communiqué de presse sur lequel le discours était retranscrit, lequel texte originel évoquait bien le « continent » africain. Depuis cette bourde, les réseaux sociaux s’en donnent à cœur joie. « Boris doit retourner à l’école », s’amuse un internaute, tandis qu’un autre hurle à de bien plus graves animosités : « Ce lapsus est un autre signe de son racisme. Quand le Premier ministre va-t-il le suspendre ? »

Un problème anglo-saxon ?

Boris Johnson a-t-il des circonstances atténuantes ? D’abord, l’ancien maire de Londres est un bizuth dans le gouvernement, nommé, il y a un peu plus d’un trimestre, après le référendum sur le Brexit. Ensuite, les rastamen nous ont tellement rebattu les oreilles avec le slogan « Africa united » qu’un « bleu » en diplomatie pourrait penser que la fusion des États est effective.

De plus, les Anglo-saxons ne sont guère habitués à apprendre la configuration du planisphère. Si le candidat libertarien à la présidence américaine, Gary Johnson – serait-ce une affaire de « Johnson » ? – avouait, il y a quelques jours, ne pas connaître la ville syrienne d’Alep, l’ancienne gouverneure de l’Alaska, Sarah Palin, fit une bourde proche de celle du fanfaron Boris. C’était en pleine campagne électorale américaine, en 2008, que la candidate à la vice-présidence expliquait que l’Afrique n’était pas un continent au sens géographique, tout juste un regroupement de pays et que l’Afrique du Sud en était simplement la région du sud et non pas un pays à part entière.

Récidiviste de la bourde

On aimerait bien trouver des excuses au trublion de la politique britannique. Hélas, en 2002, il avait déclaré que la reine d’Angleterre avait « appris à aimer le Commonwealth en partie pour les foules de négrillons en liesse agitant des drapeaux »…

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