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Afrique subsaharienne : le FMI abaisse ses prévisions de croissance et alerte sur la fuite des cerveaux

Les perspectives d'émigration ont un impact positif sur la demande en formation. Ici, vue d'un laboratoire de l'Institut supérieur de formation des Opticiens (ISFOP) Loko à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Mars 2016. © Jacques Torregano pour Jeune Afrique

Dans une nouvelle mise à jour de son rapport "World Economic Outlook 2016" paru mardi, le Fonds monétaire international a réduit de 0,2 point sa prévision de croissance pour l'Afrique subsaharienne cette année. Le FMI tire également la sonnette d'alarme sur les effets de la fuite des cerveaux sur les économies de la région.

Perspectives de croissance revues à la baisse

Le Fonds monétaire international a encore revu à la baisse ses prévisions de croissance pour l’Afrique subsaharienne en 2016. Dans un document rendu public ce mardi 04 octobre, l’institution dirigée par la Française Christine Lagarde a réduit à +1,4 % son estimation de la hausse du PIB de la région cette année, après une hausse de +3,4 % en 2015. C’est la troisième baisse d’affilée de cette prévision, en autant de mises à jour du rapport World Economic Outlook (Perspectives de l’économie mondiale). En juillet dernier, le FMI avait déjà, drastiquement, abaissé cette prévision, la réduisant de moitié.

La croissance de l’Afrique subsaharienne pâtit du malaise du géant nigérian, qui devrait enregistrer une croissance négative de -1,7 % cette année, « de perturbations temporaires de la production de pétrole, de pénuries de devises dues à la baisse des recettes pétrolières, d’une diminution de la production d’électricité et d’un manque de confiance des investisseurs », expliquent les économistes du FMI. L’Afrique du Sud, l’économie la plus industrialisée de la région, devrait stagner cette année (+0,1 %), affectée par la baisse des prix des matières premières et par la sécheresse.

Croissance à plusieurs vitesse

Malgré le net recul de la croissance attendu cette année au sud du Sahara, les experts du FMI saluent néanmoins « la résilience de l’économie en Côte d’Ivoire, au Kenya, au Sénégal et en Tanzanie [qui] a compensé en partie un fléchissement général de l’activité dans l’ensemble de la région ».

De fait, le Fonds croit déceler « une croissance à plusieurs vitesses » dans la sous-région, avec un recul notable de l’activité des pays exportateurs de pétrole, qui devraient enregistrer en moyenne un recul de -1,7 % en 2016, une résilience des pays à revenu intermédiaire +1,9 % de croissance, et de très bonnes performances parmi les pays à faible revenu (+5,4 %).

Fuite des cerveaux 

Outre cette mise à jour des prévisions de croissance de l’Afrique subsaharienne, l’édition d’octobre du World Economic Outlook 2016 contient un focus sur les effets des migrations sur les économies de la région.

Les économistes du FMI notent ainsi que, malgré la stabilité du taux de migration en Afrique subsaharienne (2 % de la population totale) au cours des vingts dernières années, la population de la région a doublé durant cette période. Par conséquent, le nombre de migrants a connu une forte croissance durant les deux dernières décennies.

Autre évolution importante, si ces flux de migrations sont restés longtemps concentrés dans les pays de la région (75 % du total jusque dans les années 1990), l’émigration à destination des pays de l’OCDE a connu une très forte augmentation durant les 15 dernières années, rapporte le FMI. Les pays de l’OCDE, qui rassemble l’essentiel des économies les plus développées du monde, accueillaient ainsi en 2013 un tiers du stock d’émigrés originaires d’Afrique subsaharienne (la moitié d’entre eux France, au Royaume-Uni et aux États-Unis).

Ce nombre devrait croître significativement au cours des prochaines décennies. Selon les prévisions du FMI, les pays de l’OCDE devraient compter 34 millions d’immigrants originaires d’Afrique subsaharienne à l’horizon 2050, contre 7 millions en 2013, soit 2,4 % de la population des pays d’accueil, contre 0,4 % en 2010.

Impact de la fuite des cerveaux

Cette hausse des flux de migrants n’est pas sans conséquences sur les pays de départs, estiment les exports du Fonds monétaire international. Ces derniers notent ainsi que ces émigrés disposent en général d’un niveau d’éducation plus élevé que celui de la population des pays de départs, comme le montre le graphique ci-dessous.

FMI

Niveau d'éducation des migrants originaire d'Afrique subsaharienne. © Adapté de l’édition d’octobre du rapport Perspectives de l’économie mondiale 2016 du FMI

« La fuite des cerveaux est particulièrement aiguë en Afrique subsaharienne, écrivent les experts du FMI dans leur rapport. La migration des travailleurs jeunes et instruits affecte beaucoup cette région où le capital humain est une ressource rare ».

Les équipes de l’institution financière sonnent l’alerte : « La concentration des migrants parmi les plus instruits est plus élevée que dans les autres pays en développement, rappelle ce rapport. La migration des travailleurs hautement qualifiés entraîne un coût social élevé, comme en témoigne le départ des médecins et des infirmières du Malawi et du Zimbabwe, ce qui peut entraîner des pertes en niveau de bien-être plus importantes qui celles qui sont purement économiques. »

Note positive : le FMI rappelle néanmoins qu’en dépit de l’impact négatif de cette fuite des cerveaux, plusieurs études montrent que la diaspora, à son retour, dispose de compétences nouvelles utiles au développement des pays d’origine. Elles mettent également un effet positif des perspectives d’émigration sur l’accumulation de capital humain, à travers notamment la demande en formation.

Enfin, les transferts de fonds des migrants représentent souvent une source importante de devises et de revenus dans les pays d’Afrique subsaharienne : ils ont ainsi atteint 25 % du PIB du Liberia en 2013-2015, environ 20 % du PIB des Comores, de la Gambie et du Lesotho, ainsi que 10 % du PIB du Cap-Vert, du Sénégal et du Togo, durant cette période.

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