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Tiken Jah Fakoly : « Je suis de la génération Sankara »

Par - Envoyé spécial à Ouagadougou

Tiken Jah Fakoly lors d'un concert de bienfaisance pour Haïti en 2010. © THIBAULT CAMUS/AP/SIPA

La star ivoirienne du reggae a clôturé en musique la journée de lancement du mémorial Thomas Sankara, le 2 octobre à Ouagadougou. Interview avec un artiste qui revendique fièrement son identité sankariste. 

Jeune Afrique : Pourquoi est-ce important pour vous d’être présent à Ouagadougou pour le lancement du mémorial Thomas Sankara ? 

Tiken Jah Fakoly : Nous sommes là pour nous rappeler des actes et des messages de Thomas Sankara. Lorsque j’ai été contacté par le Balai citoyen, j’ai tout de suite répondu oui. Nous ne devons pas oublier Sankara parce qu’il a été un déclic pour beaucoup d’entre nous. Nous l’avons toujours dans le cœur.

Quelles sont les valeurs prônées par Sankara que vous revendiquez aujourd’hui ? 

La dignité et l’indépendance totale de l’Afrique. Quand Sankara invite Mitterrand et qu’il lui parle droit dans les yeux de la visite de Pieter Botha qui a sali la France démocratique, quand Sankara met son peuple au travail, quand Sankara prouve que l’Afrique peut se développer sans les grandes puissances : tout ça sont des valeurs et des actes que nous ne devons pas oublier.

Aujourd’hui, les gens vont chercher des modèles de développement un peu partout, mais il suffirait simplement de relire les discours de Sankara et de regarder ses actes pour avancer de manière indépendante.

Sankara était aussi un panafricaniste convaincu. Cet idéal est-il toujours vivant ? 

L’idéal panafricaniste a été combattu après les indépendances et il continue d’être combattu. Nous sommes 54 pays avec des matières premières dont les pays occidentaux ont besoin pour continuer leur développement. Nous serons deux milliards en 2050 et nous avons une population très jeune. Nous avons la terre et tout ce que les pays occidentaux ont perdu.

Il est important que les gens continuent à se battre pour cet idéal panafricaniste. L’Afrique ne s’en sortira pas divisée. Tant que nous serons en petits morceaux, divisés, nous ne gagnerons rien. Mais le jour où les 54 pays seront unis et parleront d’une seule voix, nous gagnerons tous les combats, en particulier politique et économique.

Thomas Sankara était un modèle pour la jeunesse burkinabè et africaine. Voyez-vous aujourd’hui un autre modèle parmi les dirigeants africains actuels ?

Malheureusement, le modèle que représentait Sankara n’existe pas aujourd’hui. Il était un président totalement indépendant. De nos jours, il est rare de trouver un dirigeant africain détaché comme il l’était.

Thomas Sankara a déjà gagné le combat parce que Blaise Compaoré a été humilié

Blaise Compaoré est actuellement en Côte d’Ivoire, où il bénéficie de la protection du régime d’Alassane Ouattara. Doit-il être jugé au Burkina Faso pour son rôle présumé dans l’assassinat de Thomas Sankara ? 

Thomas Sankara a déjà gagné le combat parce que Blaise Compaoré a été humilié. Quand vous êtes chassé de votre terre natale et que vous n’avez pas la possibilité d’y revenir, alors que vous avez occupé la plus haute fonction de l’État pendant plus de vingt ans, c’est une humiliation.

Sankara a été tué, mais ses idées sont bien là. Il vit toujours en nous. Tout le monde est aujourd’hui rassemblé à Ouaga pour lui. Par rapport au jugement, c’est au peuple et à la justice burkinabè de décider.

Êtes-vous personnellement inspiré par Thomas Sankara ?

Oui. J’ai suivi de près son parcours, qui a été un déclic pour moi. Je suis de la génération Sankara. Il ne doit pas être oublié. Je suis sankariste et il n’y a que ses idées qui pourrons nous sortir des maux dont nous souffrons aujourd’hui.

L’insurrection burkinabè est un modèle à suivre

La jeunesse burkinabè doit-elle un modèle pour le reste de la jeunesse africaine ? 

L’insurrection burkinabè est un modèle à suivre. Elle est un exemple pour toute la jeunesse africaine. Personne ne viendra changer notre situation à notre place. Personne n’imaginait que l’Afrique noire pouvait se comporter comme ça. Quand il y a eu les révolutions dans les pays arabes, les gens disaient que cela ne pourrait jamais arriver dans un pays d’Afrique noire. Les Burkinabè ont réagi. Je pense notamment que ces jeunes se sont réveillés grâce aux idées de Sankara.

Comment expliquez-vous les tensions politiques actuelles dans plusieurs pays d’Afrique centrale, comme le Gabon ou la République démocratique du Congo ? 

Je suis préoccupé mais je pense que le processus démocratique est en marche. Le fait que les gens manifestent et s’expriment, c’est bon signe. Nous nous sommes rapidement réveillés en Afrique de l’Ouest parce que nous avons eu Sankara dans les années 1980.

L’Afrique centrale a perdu Patrice Lumumba très tôt. S’il était resté plus longtemps et s’il avait atteint ses objectifs, je suis convaincu qu’elle n’en serait pas là.

Que pensez-vous du rôle de la communauté internationale dans ces différentes crises politiques africaines ?

C’est une association d’amis qui agissent entre eux et qui ne tiennent pas réellement compte de la situation des peuples. Nous sommes plus nombreux que cette communauté internationale. Le réveil des peuples aura plus de force qu’elle.

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