Fermer

Dany, Julio et les autres… Ces musiciens d’origine africaine que l’on s’arrache

MHD, ex-livreur de pizzas, a connu un succès fulgurant avec son premier album. © Capture d'écran YouTube

Ils sont originaires des quatre coins de ce qui constitua jadis l’Afrique occidentale et équatoriale française. Ils ont pour noms d’artiste Jo-A, Dany Synthé, DSK, Julio, Nikko ou H-Magnum. Et depuis un an et quelque, ces petits-fils de colonisés se sont mis en tête de coloniser les charts français ! Beau retour de manivelle !

Si Maître Gims, avec son album « Mon cœur avait raison » sorti en août 2015, ravage les hit-parades (plus de 500 000 ventes) et jongle habilement entre virtuosités rap (voir le titre « Mayweather ») et « ambianceries » (voir le tube « Sapés comme jamais »), c’est en grande partie dû au Congolais Dany Synthé.

Si MHD, ex-livreur de pizzas, est désormais une vedette, avec son premier opus de  hip-hop customisé tropical (« MHD »), publié en avril dernier et devenu disque de diamant (plus de 200 000 ventes), il peut remercier notamment l’Ivoirien DSK, acronyme de… David Stéphane Konaté !

Et Magic System a bien compris cette petite révolution puisque les quatre célèbres Gaous ont fait appel à certains d’entre eux pour « booster » leur prochain album. Le show-biz français commence donc à s’arracher ces jeunes musiciens (ils ont moins de 30 ans pour la plupart) qui sont à la fois auteurs-compositeurs, arrangeurs, producteurs exécutifs.  En somme, des « faiseurs de sons » de talent.

Ils sont nés en Afrique avant de venir s’installer avec leurs parents en France

Cette dizaine de musiciens a pour point commun un savoir-faire (ils ont souvent suivi des études d’ingénieur du son), une capacité de travail exceptionnelle, à l’américaine, et surtout, surtout, le fait qu’ils sont nés en Afrique avant de venir s’installer avec leurs parents en France quelques années plus tard.  Au contraire des rappeurs français, ces enfants de l’immigration nés dans l’hexagone et coupés en partie de leurs racines, ils ont bénéficié de l’imprégnation vitale et incontournable d’une jeunesse africaine ET occidentale ; ils sont incollables sur James Brown ou Jay-Z, capables de chanter en entier une chanson de Georges Brassens et connaissent leur Koffi Olomidé ou leur Miriam Makeba sur le bout des doigts.

« On a créé un pont, résume le Camerounais Jo-A qui a travaillé sur le dernier single, « Je suis chez moi » de Black M. Notre mixité a fait qu’on est partout et nulle part, et ça, c’est puissant ! »

« On a le bon décodeur, précise l’Ivoirien H-Magnum, pour toucher le public occidental sans qu’on perde notre âme. »

Tontine musicale

Dernière particularité et non des moindres : c’est l’Union africaine entre Nikko le Réunionnais, Julio le Congolais, H-Magnum ou Rob White le Centrafricain-comorien !  Ils travaillent en effet collectivement, en pool, et versent comme en une espèce de « tontine  musicale » -comme le définit H-Magnum- qui un bout de texte, qui les 16 mesures du refrain qui manquait, qui la structure rythmique jusqu’à ce qu’une chanson soit bouclée avec l’artiste. « Etre plusieurs à travailler pour l’artiste, ‘sur’ lui, ça lui donne de la force », explique H-Magnum. « La musique, c’est un partage, résume le Congolais Julio. On se connaît, on s’apprécie. C’est comme ça qu’on tire la musique vers le haut. »

Jusqu’où précisément ? Aucune limite apparemment, pour ces jeunes loups de la scène française. Ils voient déjà plus loin que leurs anciennes collaborations avec cette nouvelle vague que représentent M Pokora, Kenza Farah, Soprano, Tal ou Keen’V  qui sont, après tout, proches d’eux par leur feeling.

Aucune limite apparemment, pour ces jeunes loups de la scène française.

Ainsi DSK engagé, en mars dernier, de manière significative par les puissantes éditions musicales Warner Chappell, au catalogue riche de nombreux artistes de variétés, n’hésite pas à affirmer : « On va travailler aussi dans ce domaine. L’objectif est d’amener certains artistes vers cet ‘entre-deux’ car la chanson française est vieillotte. » Jo-A, qui a vécu et travaillé deux ans aux États-Unis, estime quant à lui : « Sur les plans artistique, financier, marketing, le marché français est quasiment comparable au marché américain. On est de moins en moins suiveurs par rapport aux stars d’Outre-Atlantique. Le plafond de verre commence à se briser. »

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici