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L’argent des Africains : Junior Ndibu, superviseur logistique en RD Congo – 339 euros par mois

Junior Ndibu, 25 ans, vit à Lubumbashi en RD Congo. © D.R

Junior a 25 ans. Après avoir travaillé dans l’hôtellerie, il occupe depuis un peu plus d’un an le poste de superviseur dans une entreprise de logistique et de transport minier à Lubumbashi. Pour ce nouveau numéro de notre série l’argent des Africains, il nous ouvre son portefeuille.

Le vrombissement des moteurs des camions couvre sa voix, mais Junior hausse le ton pour mieux se faire entendre. Il est 16 heures, et ce jeune homme de 25 ans va bientôt terminer sa journée, qu’il passe comme chaque jour entre le bureau de la société de transport minier pour laquelle il travaille et le garage où défilent les camions qu’il doit envoyer aux quatre coins de la région. « Cela fait un an et deux mois maintenant que je travaille ici. Mon boulot, c’est d’accueillir les équipes au bureau tôt le matin, vers 6 heures. Ensuite, je me rends au garage, où j’organise les allées et venues des camions qui transportent du cuivre et du cobalt. Je m’assure qu’ils partent et rentrent à l’heure », explique-t-il.

359 000 francs congolais de salaire, soit 339 euros par mois

Chaque fin de mois, Junior touche 359 000 francs congolais, soit 339 euros. À 25 ans, c’est un jeune homme méthodique, expérimenté, avec le sens des réalités. Il le reconnaît humblement, ce métier, ce n’est pas sa vocation : « Dire que ça me plaît, ce serait fort, mais étant donné la situation du pays, trouver du travail quand on est jeune, c’est déjà bien ! », se réjouit-il. À Lubumbashi, où il vit, Junior a déjà connu plusieurs vies. Celle d’étudiant en informatique à l’université, celle de réceptionniste à l’hôtel Lubumbashi en parallèle de son cursus, et enfin celle de jeune professionnel qu’il connaît aujourd’hui. Une vie qu’il apprécie, même s’il préférerait travailler dans l’informatique : « Le problème, ici, c’est qu’il n’y a pas assez de travail dans le domaine. C’est dommage, car en plus je parle anglais, je pourrais être plutôt bon j’en suis sûr. »

87 euros de loyer pour un logement dans le centre de Lubumbashi

Ses projets d’ingénierie informatique en suspens, Junior a réussi à trouver ce travail qui lui a permis de quitter son logement étudiant : « Avec mes 338 euros par mois, j’ai pu prendre un logement plus confortable. J’habite dans le centre de Lubumbashi, juste derrière l’école belge, mais je paye 87 euros de loyer tout compris. Cela pèse un peu. » Junior vit quasiment avec l’équivalent du revenu moyen brut par habitant de la RD Congo, 365 euros par mois. « Mais j’aimerais bien gagner plus, depuis le déménagement, je suis serré niveau budget ! »

Pour gagner plus, Junior a un projet, qu’il attend patiemment de pouvoir lancer. « J’aimerais bien créer ma propre société de dépannage pneumatique début 2017. L’idée ce serait d’installer deux ou trois compresseurs en ville et d’employer des gens pour dépanner les automobilistes. » Pour ce faire, il met un peu plus de 60 euros de côté chaque mois : « Et encore, j’aimerais épargner plus. Il me faudrait 2000 ou 2500 euros pour lancer mon projet », estime Junior.

36 euros par mois pour se nourrir

Pour le reste, l’aspirant businessman a une vie plutôt bien réglée, sans folies inconsidérées. Mais sa vie professionnelle le pousse à quelques dépenses. Ne disposant pas de voiture, il dépense 15 euros en taxis et transports divers pour se déplacer. Sans compter le forfait internet, « indispensable pour le travail, on a un groupe de travail sur Whatsapp, où je dois faire un rapport journalier ». Sans compter les à-côtés : « Après, j’aime beaucoup aller sur internet pour consulter Radio Okapi, RFI ou Jeune Afrique, tout cela coûte cher ! ». 27 euros en moyenne pour ses communications, téléphone et internet. Un surcoût qu’il rattrape sur la nourriture : « J’habite seul, je mange souvent chez moi. J’achète un sac de riz et un bidon d’huile et je suis parti pour deux mois ! Mon seul luxe, ce sont les œufs, j’en mange des quantités. » Junior dépense donc 36 euros par mois pour se nourrir.

Sur les vêtements aussi, il reste mesuré. Un pantalon ou une chemise tous les trois mois, confectionnés sur le marché, pour 10 euros à peine. Ces économies lui permettent de se faire plaisir avec ses amis. Et de faire plaisir à ceux qui l’entourent. Il dépense en moyenne 35 euros pour aider sa copine, qu’il a rencontrée dans son quartier : « pour des cadeaux, son transport et parfois ses cheveux ; elle adore aller chez le coiffeur », précise Junior, amusé.

Si les parents de Junior n’habitent pas à Lubumbashi, il a néanmoins de la famille sur place. Et notamment une cousine, qu’il aide tous les mois à payer la scolarité de son fils, pour 17 euros par mois. Il donne aussi régulièrement à l’église, 5 euros par mois environ. Et se réserve 40 euros pour ses sorties hebdomadaires avec ses amis et autres dépenses imprévues : « Mais c’est dur à chiffrer, quand je sors avec eux, je peux dépenser 5 euros comme 20, cela dépend.»

Junior rêve de gagner assez d’argent pour se marier, et, un jour, partir vivre au Canada. « Je sais qu’il fait horriblement froid là-bas, mais le pays me fait envie. C’est difficile de s’entraîner à supporter ces températures ici à Lubumbashi ». Enfin, il voit tout de même une solution radicale : « À moins que je me mette dans un frigo tous les matins ! »

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Si vous souhaitez participer à notre série, écrivez nous à argentdesafricains@jeuneafrique.com

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