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Pétrole : accord historique de l’Opep sur une baisse de la production à Alger

Par Jeune Afrique avec AFP

Une raffinerie de pétrole à 350 km à l'est d'Alger. © Anis Belghoul/AP/SIPA

Coup de théâtre à Alger : les pays de l'Opep sont parvenus mercredi soir à un accord "historique", selon les mots du ministre qatari de l'Énergie et président de la réunion, pour réduire leur production de pétrole. Une décision — une première depuis huit ans — qui doit permettre de soutenir les prix, divisés par deux depuis la mi-2014. En présence du Gabon, qui a réintégré le cartel des pays producteurs début juillet.

Les tractations duraient depuis des semaines. Au terme d’une réunion de près de six heures, l’Opep a annoncé mercredi soir avoir décidé de ramener sa production à un niveau de 32,5 à 33 millions de barils par jour, contre 33,47 en août selon l’Agence internationale de l’Énergie (AIE). Cette réduction de la production, la plus grosse depuis 2008, devrait permettre aux pays producteurs de soutenir le cours de l’or noir, en nette baisse à cause d’une offre excédentaire depuis des mois.

« Accélérer le rééquilibrage du marché »

« C’était une très longue réunion, mais historique », a déclaré le ministre qatari de l’Énergie et président de la réunion, Mohamed Saleh Al-Sada. Bien que le marché montre « des signes positifs », avec notamment un reflux des stocks et une demande résistante, « nous devons accélérer le rééquilibrage du marché », a-t-il ajouté.

Pour en savoir plus sur les modalités de mise en oeuvre de cet accord, il faudra en revanche patienter jusqu’au 30 novembre prochain, date à laquelle se tiendra le sommet de l’Opep à Vienne.  Un comité de haut niveau va être mis en place pour déterminer les niveaux de production applicables à chacun des pays. Ce dernier va également engager le dialogue avec les pays non membres, principalement la Russie, deuxième producteur mondial de brut, pour participer aux efforts du rééquilibrage. Moscou s’est déjà dit favorable à un gel de sa production à son niveau record de septembre.

Les pays de l’Opep resserrent les rangs

« Aujourd’hui, l’Opep vient de prendre une décision historique », s’est félicité le ministre algérien de l’Énergie, Noureddine Boutarfa. « L’Opep revient à sa fonction de monitoring du marché. C’est une fonction qu’elle avait perdue depuis plusieurs années ». « C’est une décision à l’unanimité et sans réserve qui a été prise », a-t-il ajouté, précisant que la réunion informelle avait été transformée en séance extraordinaire pour permettre une prise de décision.

Cette nouvelle a immédiatement fait s’envoler les cours du brut de 5% (à 46,9 dollars le baril de Brut et 48,4 dollars le baril de Brent), alors que les marchés s’attendaient au contraire à ce que la réunion d’Alger débouche sur un désaccord. Mais cette tendance va-t-elle s’inscrire dans la durée ? Rien n’est moins sûr, selon plusieurs analystes : « Même si un accord était conclu, ce serait insuffisant pour soutenir les prix au-delà d’une hausse temporaire due à un sentiment positif », estime le groupe d’analyse économique Capital Economics dans une note publiée avant l’accord. D’autant plus que ses experts soulignent également que les quotas de production mis en place par l’Opep n’ont pas toujours été respectés par ses membres.

L’Arabie Saoudite et l’Iran trouvent un terrain d’entente

Il n’en demeure pas moins que cet accord reste une belle victoire pour les pays de l’Opep. Et pour cause, les analystes jugeaient un accord d’autant plus improbable que dès la veille de la réunion, l’Arabie saoudite et l’Iran, grands rivaux au Moyen-Orient, avaient dit douter de la possibilité de trouver un terrain d’entente. Leur rivalité avait déjà fait capoter une précédente tentative de gel concerté en avril, à Doha.

L’Arabie saoudite, premier producteur de l’Opep, conditionnait dans un premier temps toute réduction de sa production à une mesure similaire de ses pairs. Mais Ryad a fini par assouplir sa position, affecté économiquement comme les autres par la dégringolade des cours, qui ont perdu plus de la moitié de leur valeur.

Face au boom des hydrocarbures de schiste américains, le cartel de 14 pays avait abandonné son rôle de régulateur du marché pour adopter une stratégie de défense des parts de marché, en ouvrant à fond les robinets aux dépens des prix.

Présence du Gabon

La réunion d’Alger a également été marquée par la présence Étienne Dieudonné Ngoubou, le ministre gabonais du Pétrole et des Hydrocarbures, une première depuis la réintégration du pays d’Afrique centrale dans le cartel pétrolier début juillet.

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