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Darfour : un rapport d’Amnesty dénonce l’utilisation d’armes chimiques contre des civils

Des déplacés du Darfour dans un camp de la mission des Nations unies au Darfour, en juin 2014. © Albert Gonzalez Farran/AP/SIPA

Dans un rapport rendu public jeudi, Amnesty International accuse le gouvernement soudanais d'avoir utilisé des armes chimiques présumées contre la population de la région du Jebel Marra au Darfour au cours des huit derniers mois. "Le rapport d'Amnesty est incorrect", s'est contenté de répondre le régime.

L’ONG estime qu’entre 200 et 250 personnes, des enfants pour la plupart, pourraient avoir succombé après avoir été exposées à des substances chimiques, au cours d’au moins 30 attaques depuis janvier 2016. A cette époque, les forces gouvernementales soudanaises ont lancé une vaste campagne militaire dans le Jebel Marra, une région du Darfour, pour reprendre le contrôle de certaines positions tenues par l’Armée de Libération du Soudan, et mettre fin à la rébellion dans cette zone.

Le président soudanais Omar el-Béchir a pourtant annoncé au début du mois le retour de la paix au Darfour, malgré l’impasse quant au cessez-le-feu voulu par un accord de paix  signé en juillet 2011 à Doha entre le régime soudanais et une alliance de mouvements rebelles. Un accord qui visait à mettre fin au conflit opposant depuis 2003 les forces de M. Béchir à des insurgés appartenant à des minorités ethniques, qui a fait 300 000 morts et quelque 2,5 millions de déplacés.

« Fumée empoisonnée » 

Étant donné la situation sécuritaire sur place, les chercheurs d’Amnesty ont travaillé à distance, à partir d’interviews téléphoniques, de photographies et d’images satellites. Plusieurs témoignages attestent de l’utilisation d’une « fumée empoisonnée » durant des bombardements dans le Jebel Marra, causant immédiatement après des effets néfastes sur la peau, le système respiratoire et digestif. Une jeune femme de vingt ans citée dans le rapport raconte :

« Ma peau n’est pas normale. J’ai toujours des maux de tête, même après avoir pris des médicaments. Le bébé ne se remet pas, il a la peau enflée,  il a des cloques et des lésions. Ils ont dit que son état s’arrangerait mais ça ne marche pas. »

Les photographies, elles, sont terrifiantes. On y voit des femmes et des enfants à la peau lésée, brûlés, aux membres atrophiés.

« On peut difficilement exagérer la cruauté des effets de ces substances chimiques lorsqu’elles entrent en contact avec la peau, explique Tirana Hassan, directrice du Programme de recherche sur les crises à Amnesty International. Les armes chimiques sont interdites depuis des décennies, car il est établi que le degré de souffrance qu’elles causent est injustifiable, quelles que soient les circonstances. »

Impossible cependant de déterminer la nature exacte de ces agents chimiques. Pour cela, il faudrait avoir la possibilité de conduire des tests sur place. Mais selon des experts interrogés par Amnesty sur les effets de ces substances, il pourrait s’agir de gaz moutarde, ou de composants de l’arsenic.

Attaques contre les civils

Le rapport accuse d’autre part directement les forces gouvernementales soudanaises d’avoir sciemment attaqué et bombardé ces civils, au mépris de toutes les lois internationales. Des faits qui s’apparentent, pour Amnesty, à des crimes de guerre. Selon les chercheurs, les forces loyales au président Omar El-Béchir auraient ainsi détruit des villages entiers et tué au moins 367 civils depuis le début de l’année.

L’ONG exhorte donc le Conseil de Sécurité des Nations unies à ouvrir une enquête pour vérifier ces allégations. Le président soudanais, Omar el-Béchir, est quant à lui sous le coup d’un mandat d’arrêt international de la CPI pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

Le régime de Khartoum a néanmoins répliqué à la publication de ce rapport. Une réponse minimaliste : « le rapport d’Amnesty est incorrect », a simplement commenté Ahmed Khalifa al-Shami, le porte-parole de l’armée soudanaise. Selon lui, « la situation sur le terrain ne nécessite pas de bombardements intensifs dans la mesure où il n’y a plus de réelle présence des rebelles ». Ce qui explique, toujours selon Ahmed Khalifa al-Shami, que l’état-major aurait donné pour consigne de ne pas viser les rebelles quand ils se trouvent dans les villages, parmi les civils, a-t-il complété.

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