Fermer

Destruction des mausolées de Tombouctou : « Ahmad al-Mahdi estime avoir été compris par la Cour »

Ahmad Al Mahdi Al Faqi à la Cour pénale internationale le 30 septembre 2015. © Robin van Lonkhuijsen / AP / SIPA

Mardi, la Cour pénale internationale a condamné Ahmad al-Mahdi à neuf ans de prison pour le rôle qu'il a joué dans la destruction de mausolées à Tombouctou. Jean-Louis Gilissen, un de ses avocats, a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Le 27 septembre, un mois après la fin de son procès au cours duquel il avait plaidé coupable, Ahmad al-Faqi al-Mahdi a été condamné à neuf ans de prison par la Cour pénale internationale (CPI) pour avoir orchestré la destruction de plusieurs mausolées à Tombouctou en 2012. L’un de ses deux avocats, Me Jean-Louis Gilissen, qui a défendu le Malien durant toute la procédure aux côtés de Me Mohamed Aouini, revient sur cette sentence.

Jeune Afrique : Que vous inspire ce verdict ?

Jean-Louis Gilissen : Nous l’accueillons favorablement. C’est le résultat d’un long travail mené en commun par la défense et le bureau du procureur, et finalement entériné par la Cour. Ahmad al-Mahdi, qui avait accepté de coopérer, avait donné son accord sur cette fourchette (une peine de 9 à 11 ans d’emprisonnement, ainsi que l’avait requis le procureur en août, ndlr). Il est donc satisfait. Il est content également que la Cour lui ait reconnu des circonstances atténuantes. Il a le sentiment d’avoir été compris.

Vous ne ferez donc pas appel ?

Non.

Il lui reste encore sept ans à passer en prison. Dans quel état d’esprit se trouve-t-il ?

Sept ans, ou peut-être moins. Il pourrait en effet avoir la possibilité d’être libéré aux 2/3 de sa peine. C’est un homme intelligent. Il a voulu s’engager pour construire quelque chose, en suivant les idées qui sont les siennes. Et il s’est rendu compte qu’en fait, il avait détruit.

Il connaissait l’importance des mausolées pour les habitants de Tombouctou, mais il a été très surpris par l’ampleur du désespoir que leur destruction a provoqué. Il le regrette. Il considère qu’il s’est trompé, il a conscience d’avoir fait des victimes, mais il pense qu’on l’a dévoyé aussi. Et il n’est pas responsable de tout. Certains ont voulu en faire l’égérie d’Ansar Eddine, c’est très éloigné de la réalité.

Renie-t-il son idéal islamiste ?

Il est un islamiste, et il le reste. Il considère toujours que la voie de l’islam est peut-être une chance pour son pays. Il dit souvent : « Nous avons tout essayé, et rien n’a marché. Peut-être que l’islam pur peut nous aider à trouver le sursaut ». C’est sa logique. Mais il ne faut plus lui parler de lutte armée. Il le reconnait lui-même : c’était un conseiller, un érudit, il n’aurait jamais dû se retrouver à la tête de la police islamique.

Quels sont ses projets ?

C’est un érudit en matière de grammaire arabe. Il écrit un livre sur le sujet.

A-t-il demandé à purger sa peine ailleurs qu’à La Haye ?

Cette question ne se pose pas pour l’instant, car sa coopération avec le bureau du procureur, qui est toujours en cours, nécessite qu’il soit sur place.

Quelle est la nature de cette coopération ?

C’est un projet qui est né très rapidement, dès le jour en réalité où M. Al-Mahdi a entamé sa réflexion, seul dans un premier temps, puis avec notre soutien. Il apporte des informations au procureur, qui lui permettent de vérifier certaines choses. C’est une première à la CPI.

D’où ses craintes pour la sécurité de sa famille…

Oui. Il a reçu des menaces. Sa famille aussi. Je ne peux pas en dire plus.

Envisage-t-il de retourner au Mali ou en Libye (où se trouve une partie de sa famille et où il a passé sa jeunesse) une fois qu’il sera sorti de prison ?

Ce sera difficile. Mais il est très attaché à sa terre. Le premier critère pour lui, c’est d’obtenir le pardon de la population.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici