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Nigeria : MTN accusé d’avoir rapatrié illégalement 12 milliards d’euros

MTN réalise un tiers de son chiffre d'affaires au Nigeria. © Siphiwe Sibeko/Reuters

Trois mois après avoir accepté de payer une amende record au Nigeria, le géant sud-africain des télécoms est accusé d’avoir fait sortir du pays illégalement 13,9 milliards de dollars, soit 12 milliards d’euros.

L’opérateur de téléphonie mobile sud-africain MTN a démenti mercredi 28 septembre avoir rapatrié illégalement 13,9 milliards de dollars (12 milliards d’euros) depuis le Nigeria.

La veille, des parlementaires nigérians rendaient publique une demande d’enquête à son encontre sur ce sujet. « Ces allégations sont totalement infondées », a réagi Ferdi Moolman, le PDG de MTN Nigeria, dans un communiqué.

Pour l’Angolais Cobus de Hart, économiste pour le consultant NKC African Economics, ce geste des autorités nigérianes « pourrait enrayer la pénurie de devises » que traverse actuellement le Nigeria, entré en récession le 1er septembre. Celles-ci ont atteint 24,83 milliards de dollars le 19 septembre, en recul de 3,4% sur un mois.

« Cela met en lumière le fait que la Banque centrale du Nigeria veut garder un contrôle ferme sur le marché des devises, explique-t-il à Reuters. Elle ne souhaite pas que les devises étrangères quittent le pays inutilement ».

Nouvelle passe d’armes

Ce nouvel épisode risque de faire encore monter la tension entre le Nigeria et le géant sud-africain des télécoms. Ce dernier avait déjà été condamné en juin dernier à payer une amende record de 1,7 milliard de dollars au Nigeria.

MTN n’avait pas respecté les nouvelles règles d’identification des usagers de téléphones portables, telles qu’établies par le régulateur des télécoms nigérian (NCC), en échouant à désactiver toutes les cartes SIM anonymes.

Avant ces mesures, prises pour faire face à la rébellion islamiste de Boko Haram active au Nigeria, il était possible d’acheter une puce sans présenter de papiers d’identité.

En  mars dernier, le président nigérian Muhammadu Buhari avait estimé que MTN avait aidé l’insurrection islamiste de Boko Haram en ne désactivant pas les cartes SIM anonymes assez vite.

« Malheureusement, MTN a été très lent et cela a joué contre les victimes [de Boko Haram], avait-il déclaré. C’est pourquoi la NCC [l’Autorité des communications du Nigeria] a consulté la loi et leur a imposé une amende ».

Cette amende a durement affecté l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) de MTN, qui a chuté à 18,88 milliards de rands (1,2 milliard d’euros) au premier semestre 2016, soit un recul de -38,44 % par rapport à la même période l’an dernier.

MTN, présent dans 22 pays d’Afrique et du Moyen-Orient, compte près de 63 millions d’abonnés au Nigeria, son premier marché, où il réalise environ un tiers de son chiffre d’affaires. Lors de cette passe d’armes sur les cartes SIM, le sud-africain avait menacé de se retirer purement et simplement du Nigeria.

Cette année, le groupe a vu son parc d’abonnés stagner autour de 232,6 millions de clients, en raison notamment d’un nombre record de déconnexion de clients, au Nigeria principalement : 6,6 millions au premier semestre 2016.

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