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Afrobaromètre : l’Afrique ne plébiscite pas ses élections

Lors des élections d'avril 2015, au Nigeria. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Un sondage Afrobaromètre révèle que 45% des Africains n’ont pas ou peu confiance dans les résultats des élections auxquelles ils participent. Un désaveu qui va grandissant ces dernières années, au fil des scrutins parfois douteux, des mouvements contestataires et des réélections controversées.

Régulièrement soulevés contre des « présidents » multi-mandatés comme Blaise Compaoré au Burkina Faso ou mobilisés dans des mouvements citoyens comme « Y’en a marre » au Sénégal ou « Filimbi » en RD Congo, les Africains n’expriment qu’une très faible confiance dans la transparence et la légitimité de leurs scrutins électoraux. La dernière expérience en la matière, qui a permis à Ali Bongo Ondimba de remporter une élection présidentielle très controversée au Gabon, ne risque pas d’endiguer cette tendance mise en lumière par l’institut Afrobaromètre dans une étude publiée le 6 septembre dernier.

Ce sondage, réalisé auprès de 54 000 personnes dans 36 des 54 États africains entre 2014 et 2015, offre plusieurs enseignements très intéressants.

Les commissions électorales cristallisent les soupçons

Premier chiffre parlant, qui fait écho à l’actualité récente, celui de la confiance en l’impartialité des commissions électorales indépendantes. Ces organismes, chargés du décompte officiel des votes, sont les chevilles ouvrières de la validation des résultats provisoires des scrutins.

Au Gabon notamment, qui avait déjà fait l’objet d’une note spécifique d’Afrobaromètre le 1er septembre, le travail de la Cénap (Commission électorale indépendante nationale autonome et paritaire) a été vivement critiqué par les partisans de Jean Ping, le principal adversaire du président sortant. Mais au sein de la population dans son ensemble, la suspicion qui entoure l’instance est tout aussi palpable, du moins selon les résultats de l’enquête. Fin 2015, bien avant le vote, 51% des citoyens ne faisaient déjà « pas du tout confiance » à leur commission électorale. De quoi placer les Gabonais en tête des électeurs les plus méfiants des 36 pays concernés par l’étude !

Au niveau continental, cette défiance se ressent également : 45% des sondés affirment avoir « peu » ou « pas du tout confiance » en leur commission électorale. Derrière les Gabonais, champions d’Afrique du scepticisme (seulement 32% de la population affirme avoir un peu ou entière confiance), figurent le Soudan, qui sort d’élections désastreuses en 2015, Sao Tomé-et-Principe ou encore le Ghana – deux États qui organisaient ou vont organiser des élections en 2016.

Un constat qui permet de poser cette analyse, développée par le chercheur en sciences politiques Peter Penar de l’Université du Michigan et par ses collègues : à l’approche ou au sortir d’une élection contestée, la confiance des citoyens en leurs institutions électorales a tendance à s’effriter. À l’inverse, lorsqu’une élection permet de sortir le pays d’une impasse politique ou d’une situation critique, la cote de confiance envers les institutions électorales remonte immédiatement comme au Mali après la présidentielle de 2013 (+28% entre 2011 et 2015).

Mais l’une des plus grandes surprises de ce classement, c’est sûrement la présence du Ghana dans les pays les plus méfiants envers ses institutions électorales. La situation stable et la culture démocratique bien ancrée dans le pays semblent ne pas donner entière satisfaction aux citoyens, qui seraient devenus plus exigeants et critiques avec le temps, avancent les auteurs de l’étude.

La peur des violences électorales

Pour de nombreux Africains, aller aux urnes, c’est aussi parfois prendre un risque. Car le sondage révèle une appréhension des populations en période électorale. Crainte des intimidations physiques ou de toutes autres sortes de pressions, qui poussent 43% des personnes interrogées à affirmer avoir « un peu » ou « très peur » de la violence électorale.

Comme toujours, ces peurs sont variables d’un pays à l’autre. Les citoyens les plus anxieux vivent d’ailleurs dans des pays ayant connu des violences électorales dans un passé proche, comme le Nigeria (81% des sondés ressentent de la crainte en période électorale), la Côte d’Ivoire (71%) ou l’Égypte (64%), bien loin du Niger, du Cap Vert ou de Madagascar, où quasiment 90% des électeurs se présentent dans l’isoloir sans appréhension.

Lors des élections, plus de 4 Africains sur 10 craignent des violences dans les bureaux de vote, mais aussi des tentatives de corruption et d’achat de voix de la part des candidats : au Mali, qui remporte la palme, ils sont 78% des sondés à estimer que les électeurs sont soudoyés pendant les élections ! Pour compléter le tableau, ils sont également 43% à dénoncer une couverture médiatique biaisée de la campagne. Un taux qui grimpe jusqu’à 77% des personnes interrogées au Gabon…

Des élections globalement jugées inefficaces pour l’alternance

Dans ce contexte, difficile de croire au pouvoir rassurant et stabilisateur des urnes sur le continent. Un scepticisme qui se reflète dans les dernières tendances que livre l’étude. Sans surprise, au palmarès des peuples les plus désenchantés on retrouve la même hiérarchie que dans les classements précédents. Au Gabon, ils sont ainsi 76% à penser que les élections ne permettent pas de refléter les opinions des citoyens, et 79% à penser qu’ils n’ont aucune possibilité de révoquer un dirigeant jugé incompétent. De l’autre côté du spectre, le fonctionnement électoral de la Namibie, modèle de réussite en 2014, ou encore du Sénégal, inspire confiance aux citoyens.

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