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Législatives au Maroc : Ilyas El Omari (PAM) se pose en défenseur des femmes face à la « marée conservatrice »

Par Jeune Afrique avec AFP

Ilyas El Omari, chef du Parti authenticité et modernité (PAM), principal rival des islamistes aux élections législatives au Maroc, lors d'une conférence de presse, le 23 septembre 2016 à Casablanca. © afp.com - FADEL SENNA

À l'orée de la campagne pour les élections législatives, Ilyas El Omari, figure de proue du parti authenticité et modernité (PAM), s'érige en défenseur des femmes pour endiguer ce qu'il nomme la "marée conservatrice" au Maroc. Il espère ainsi battre le parti islamiste au pouvoir, le Parti Justice et Développement (PJD) lors du scrutin qui se tiendra le 7 octobre prochain.

La campagne est bel et bien lancée. À deux semaines des élections législatives marocaines dont le résultat paraît bien indécis aujourd’hui, les deux principales forces politiques du pays se sont mises en ordre de marche. D’un côté, le PJD islamiste au pouvoir a organisé un meeting réunissant 10 000 personnes à Rabat dimanche, de l’autre, son rival moderniste, le PAM, a ouvert les hostilités sur un sujet stratégique au plan politique : le statut des femmes dans la société, régi par le code de la famille, la Moudawana, mais aussi leur statut au sein de la classe politique.

Féminiser le Parlement

C’est Ilyas El Omari, le secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité qui a mis le sujet sur la table dimanche, rappelant les engagements pris par sa formation en la matière. L’objectif du PAM est clair : faire rentrer 30 femmes dans un Parlement jusqu’ici très masculin. Pour ce faire, le parti présente six femmes têtes de liste pour les prochaines élections législatives et deux listes exclusivement féminines sur les 92 circonscriptions où le PAM est en lice.

Pour Ilyas El Omari, c’est un moyen d’augmenter la présence féminine sur les bancs du Parlement, composé de 17% de femmes seulement pour l’instant, grâce à un système de quotas. Une situation qui place le Maroc à la 109ème place mondiale sur 187 en la matière. D’expérience, l’homme est convaincu du projet : « En tant que président de la région de Tanger, la seule région au Maroc qui applique le principe de la parité dans ses instances dirigeantes, je me suis rendu compte que là où il y a des femmes, il y a la crédibilité, le dévouement et des résultats positifs »,

Défendre les femmes pour mieux attaquer ses adversaires politiques

Si la conviction d’Ilyas El Omari semble indéniable, elle n’en cache pas moins une stratégie politique construite en opposition au principal rival du PAM, le parti au pouvoir Justice et Développement (PJD). En témoignent ces déclarations du secrétaire général du PAM : « Nous avons besoin de femmes au sein du Parlement. La femme marocaine a longtemps été exploitée dans l’histoire, et ça a continué ces cinq dernières années. Nous cherchons à endiguer cette marée conservatrice qui traverse la société et s’est installée au sein même des institutions. »

Car face au PAM qui se définit comme « démocrate et moderniste », Ilyas El Omari dénonce « l’idéologie » du PJD. Et notamment leur proximité avec certains courants de pensée religieux parfois repris par les jihadistes, comme celui porté par Ibn Taymiyya : « Leur idéologie nous fait peur. Ce qui se passe dans notre société fait peur, (…) avec de violentes réactions contre la modernisation des mœurs, des agressions », s’inquiète Ilyas El Omari. Pour le chef du PAM, les islamistes du PJD montrent aussi trop de proximité avec le théoricien controversé Sayyid Qutb, militant radical inspirateur des Frères musulmans en Égypte.

Ovni politique

C’est aussi la raison pour laquelle il avait présenté les listes de ses candidats dans un grand hôtel de Casablanca, théâtre d’un attentat islamiste qui fit 45 morts en 2003. Un symbole, selon lui, et un message clair « contre les assassins » pour dire « oui à la vie ». Issu d’une famille pauvre du Rif, Ilyas El Omari, 49 ans, est un ovni sur la scène politique marocaine : ancien militant d’extrême gauche, qui vécut un moment dans la clandestinité pour échapper à la police d’Hassan II, défenseur des droits de l’homme, patron de presse, président de la région de Tanger…

Un personnage atypique que ses détracteurs traitent « d’opportuniste » ou de « bandit », et parfois accusent d’être le pantin du palais royal, car le PAM a été fondé par Fouad Ali El Himma, un proche du roi. Des accusations qu’il balaye d’un revers de main en prenant encore une fois le PJD à parti. « La majorité des partis marocains actuels ont été créés par des proches du roi », souligne-t-il, « y compris le PJD ».

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