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Législatives au Maroc : trois questions sur le financement de la campagne

Un bureau de vote lors des législatives du 25 novembre 2011 qui ont porté les islamistes du PJD au pouvoir. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

La campagne électorale pour les législatives du 7 octobre a démarré ce samedi pour la trentaine de partis politiques en compétition. Jeune Afrique fait le point sur son financement.

Ce samedi 24 septembre, la campagne électorale a commencé. Une trentaine de partis politiques vont ratisser les 92 circonscriptions que compte le Maroc, afin de s’assurer des voix pour le scrutin législatif du 7 octobre. Candidats, partis, État…chacun règle une partie de l’addition. Le financement de la campagne en trois questions-clés.

1. D’où vient l’argent ?

D’abord, il y a la loi qui plafonne les dépenses électorales d’un candidat à la députation à 500 000 dirhams (45 827 euros) dans le but de combattre la corruption. Ensuite, il y a la réalité, contrastée selon le poids du parti politique auquel appartient le candidat et les ressources que ce dernier met dans sa campagne. « De toutes les façons, le plafond fixé par l’État est largement dépassé. Au bas mot, une campagne électorale coûte entre 600 000 et 700 000 dirhams », fait remarquer Salaheddine Aboulghali, tête de liste du Parti authenticité et modernité (PAM) dans la circonscription de Médiouna, située à proximité de Casablanca.

Les candidats reçoivent une dotation de leurs partis, eux-mêmes subventionnés par l’État. Pour ces législatives, l’État marocain va distribuer une cagnotte de 250 millions de dirhams  (22,9 millions d’euros) sur la trentaine de partis politiques en compétition. Elle est débloquée sur trois tranches, dont une avance de 750 000 dirhams (68 741 euros) au tout début de la campagne.

Les deux autres tranches sont calculées en fonction du nombre de sièges et voix obtenus par un parti lors des précédentes législatives ainsi que sa représentativité féminine au Parlement. Ainsi, une coalition comme la Fédération de la gauche démocratique (FGD), qui avait boycotté les législatives de 2011, ne peut pas recevoir toute la dotation publique. « Nous n’avons obtenu que l’avance des 750 000 dirhams », indique Omar Balafrej, tête de liste FGD à la circonscription de Rabat-Océan. « Cette somme ne peut satisfaire tous nos candidats. Du coup, nous avons décidé d’en faire profiter ceux qui en ont le plus besoin », ajoute le candidat de la FGD. Il va financer sa campagne à titre personnel. Budget prévisionnel : 150 000 dirhams (13 748 euros), bien en-deçà du plafond autorisé, mais de nombreuses dépenses seront assurées grâce au bénévolat.

2. Quel est le poste qui absorbe le plus de dépenses ?

Là encore, tout dépend des moyens dont disposent les candidats, s’ils veulent innover en matière de publicité, faire appel à une agence de communication, tenir le plus grand nombre de meetings…

Pour Salaheddine Aboulghali, candidat du PAM, c’est le personnel qui distribue les tracts dans les rues qui coûte le plus cher : un minimum de 200 000 dirhams (18 330 euros) sur la dizaine de jours que prend la campagne. « Je dois couvrir 5 communes dans ma circonscription et dans chacune d’elle, j’ai engagé une cinquantaine de jeunes pour distribuer mes flyers. Ils sont payés 100 dirhams par personne et par jour »,  explique-t-il. Son parti couvre la moitié de ses dépenses, essentiellement en moyens logistiques (casquettes, tentes, matériel de sonorisation, …). Mais il aimerait bien avoir plus de subventions de sa part pour faire une campagne plus moderne.

Pour Omar Balafrej, candidat de la FGD, c’est l’impression des brochures qui accapare ses dépenses. Le reste (distribution de tracts, meetings…) étant assuré par des bénévoles. « Je fais avec les moyens de bord », dit-il.

3. Qui contrôle les dépenses électorales ?

Chaque candidat est obligé de remettre un rapport détaillé de ses dépenses à la Cour des comptes à la fin de sa campagne. Qu’il gagne ou pas les élections, l’État a besoin de savoir comment sa subvention a été utilisée et si le plafond des dépenses qu’il a fixé pour chaque candidat a été respecté. Chaque dirham doit être justifié.

En réalité, beaucoup explosent les compteurs, mais il est difficile de les tracer, vu qu’ils recourent à des paiements en espèces. Les partis politiques sont aussi soumis à la même procédure de contrôle. La loi marocaine entend ainsi verrouiller les dépenses électorales mais, comme dans beaucoup d’autres pays, elle ne s’aventure pas dans la nébuleuse des donations et des financements privés.

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