Fermer

Musique congolaise : Fally Ipupa et Héritier Watanabe, la nouvelle conquête de l’Ouest

Les chanteurs congolais Fally Ipupa (à g.) et Héritier Watanabe . © Capture d'écran YouTube

Y’a d’la rumba dans l’air, à Kin. Comme toujours, bien sûr ! Sur le plan du contexte, c’est une autre chanson…

Prenez, par exemple, ces deux voix marquantes, les deux artistes les plus en vue de la nouvelle génération de vedettes kinoises, Fally Ipupa et Heritier Watanabe. L’un, 38 ans, après trois albums, est une vedette on ne peut plus confirmée sur le continent. Et même, actuellement, LA star en Afrique francophone ; de Paris à Douala, on échafaude d’ailleurs les hypothèses les plus folles sur sa nouvelle galette, premier acte du contrat signé avec la multinationale Universal… en avril 2013 !

L’autre, Héritier Watanabe, est une star mais en herbe. Cette nouvelle coqueluche de Kinshasa a accompli l’exploit de faire courir toute la capitale le 24 avril 2015, au club, le Romeo Golf ; il était le premier chanteur congolais à donner un concert – archi-complet- hors d’un dancing-bar, sans avoir même enregistré le soupçon d’une esquisse d’album ! Chose faite désormais : « Carrière d’honneur (Retirada) », son premier opus, très très attendu, contient des choses significatives comme « Cala Boca », un titre détonnant d’électro-kuduro, et devrait sortir à la mi-octobre.

Tous deux sont d’une humilité que je ne crois pas fausse. Ils ont été formés « à la dure » par les boss du show-biz congolais, à savoir Koffi Olomide pour le premier et Werrason pour le second. Mais pas un mot plus haut que l’autre à leur propos ! « Je préfère me voir toujours petit pour pouvoir toujours progresser », m’avoua un jour Héritier. Fally, quant à lui, me confiait, après la sortie de son premier album, « Droit chemin », ne pas vouloir « gaspiller mon énergie » à polémiquer avec ses « collègues ». Aux antipodes donc des torses bombés d’antan, des incessantes guérillas verbales Koffi Olomide/Papa Wemba ou des déflagrations médiatiques Werrason/JB Mpiana (entre mille autres possibilités de rentre-dedans), lors des années 1990 !

Et que dire de leur coefficient bling-bling si élevé chez les « grands frères » ? Proche de pas grand-chose… Quand ce n’est pas pour des raisons professionnelles, Fally évite comme la peste les boîtes de nuit et les bars et préfère une bonne partie de Playstation avec ses copains à un repas mondain. J’ai eu le plaisir de voir Héritier souffler sur ses 34 bougies le 29 août dernier. Descente dans un club parisien à la mode et slalom entre les bouteilles de whisky ? Que nenni ! Juste une « bouffe », un repas chinois, avec une dizaine de ses proches chez un ami malien, accompagnée de trois bouteilles de champagne !

Le règne de la toute-puissante rumba congolaise sur l’Afrique noire a pris fin depuis une dizaine d’années

Alors, tout le monde de la nouvelle chanson congolaise, il est beau, tout le monde de la nouvelle chanson congolaise, il est gentil ? Pas vraiment. Terriblement lucide plutôt. Dicap la Merveille, alias Fally Ipupa, l’explique très bien : « La musique congolaise a été l’histoire d’un véritable gâchis. Mes grands frères, les Tabu Ley, Kanda Bongo Man, Werrason et autres JB Mpiana n’ont jamais voulu s’exporter hors du continent puisqu’ils y gagnaient d’énormes paquets d’argent. Moi, ce que je veux, c’est qu’on écoute de la musique africaine, mais modulée pour les oreilles européennes. » Ce que dit également Héritier à sa manière : « Je ne suis pas convaincu de la dimension internationale des artistes congolais. Je veux que les Européens m’acceptent et m’aiment. »

Fally et Héritier l’ont très bien compris : le règne de la toute-puissante rumba congolaise sur l’Afrique noire a pris fin depuis une dizaine d’années ; elle a été renversée par ces usurpateurs que sont le coupé-décalé ivoirien et surtout la naija music nigeriane. Le salut est donc ailleurs. Et voilà nos rois déchus du ndombolo quasiment forcés de suivre la trace des Sénégalais tels que Youssou Ndour ou Ismaêl Lô ou des Maliens comme Salif Keïta, Oumou Sangaré ou Amadou et Mariam. Dès le début des années 1980, vu l’étroitesse de leur marché, n’avaient-ils pas tous tourné leur voix vers l’Occident , seul moyen pour eux de vivre de leur métier ? Cette conquête de l’Ouest s’avéra une bonne décision. En sera-t-il de même pour les stars de Kinshasa ?

 

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici