Fermer

Mali : le vrai-faux coming out du général Gamou

Le général Gamou, fondateur du Gatia, en février 2013, à Gao. © Émilie Régnier pour J.A.

L’information est tombée sous la forme d’une déclaration succincte attribuée au général El Hadj Ag Gamou, postée sans explication sur le compte Facebook du Gatia (Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés) à l’heure de la prière de la mi-journée le 22 septembre - un jour pas comme les autres au Mali, puisqu’il s’agit de la fête nationale.

L’officier, qui est un des hommes les plus influents de l’armée malienne, qui fait office, en outre, de leader de la communauté Imghad (une tribu touarègue) depuis deux ans, y révèle ce que tout le monde a deviné depuis longtemps, et ce que toutes les sources sécuritaires maliennes ou étrangères affirment en off : oui, il est membre du Gatia, et oui, il en est le chef. C’est la première fois qu’il le reconnaît publiquement.

« Je suis de GATIA »

« Je suis de GATIA, je ne l’ai jamais caché, peut-on lire dans cette curieuse déclaration bourrée de fautes. Même si vous me tuez, j’ai déjà formé des hommes qui sont prêts à prendre le relais. Là où je me trouve avec mes hommes, nous ne bougerons plus d’un iota, que le président IBK le sache, ainsi (sic) la France les Etats Unis etc. Trop c’est trop. Toute l’armée du Mali est dernière moi, toutes couleurs confondues. Moi je suis un homme de terrain. Le Mali ne serait (re-sic) pas divisé. Je suis Malien et je defendrai (re-re-sic) la patrie contre vent et marrée ».

Immédiatement, le compte Facebook sur lequel est publié cette déclaration est pris d’assaut. Les commentaires des internautes tressant les louanges du général se multiplient. L’homme est dépeint en héros, en icône nationale, en sauveur de la patrie… Le lendemain, les portails d’information maliens en font leur Une. Même Radio France Internationale (RFI) s’empare de la nouvelle. « Le masque est tombé », annonce la radio.

Le Gatia n’a même pas de compte Facebook

Oui mais voilà : à en croire Fahad Almahmoud, il n’y a rien de vrai dans tout cela. « El Hadj Ag Gamou n’a jamais fait une telle déclaration. Comment pourrait-on la lui attribuer ? Aucune personne raisonnable ne pourrait tenir de tels propos. Le Gatia n’a même pas de compte Facebook », assure le secrétaire général du mouvement. Selon lui, les auteurs de ce fake sont « des populistes ». Le général Gamou, qui se fait de plus en plus rare à Bamako et qui est injoignable depuis plusieurs jours, « ne fait pas partie du Gatia », poursuit-il. Pas officiellement tout du moins…

Un officier discret

Il est vrai que cette déclaration ne ressemble pas à Gamou. Du genre discret, cet officier prend rarement la parole en public. S’il n’a jamais démenti les informations selon lesquelles il serait le vrai patron du Gatia, il ne les a pas non plus confirmées. « Quel intérêt aurait-il à se dévoiler ? souffle un officier malien qui le connaît bien. S’il le reconnaissait publiquement, il serait obligé de quitter l’armée ».

La période n’est en outre pas propice aux « instants vérité ». Voilà trois mois que les hommes du Gatia se battent dans la région de Kidal contre ceux de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). La semaine dernière, le mouvement imghad – certainement sous le commandement de Gamou – a pris le contrôle de plusieurs localités qui se trouvaient jusqu’alors aux mains de la CMA, parfois à l’issue de violents combats, comme à Intachdayte. Des batailles qui ont fait de nombreuses victimes et qui irritent au plus haut point les médiateurs internationaux. Les Nations unies envisagent d’ailleurs d’imposer des sanctions ciblées si les combats se poursuivent.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici