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Vrai-faux rachat de BHCI : les erreurs de communication de la Banque de l’Habitat de Tunisie

Par - à Tunis

Vue d'une agence de la BHCI à Daloa, dans le centre-ouest de la Côte d'Ivoire. © www.bhci.ci

L'Etat ivoirien a démenti le rachat de la Banque de l'Habitat de Côte d'Ivoire (BHCI) pour la Banque de l'Habitat (BH) de Tunisie malgré les multiples annonces faites par la direction de cette dernière. BH accuse désormais les médias d'être responsable de ce couac. Explications.

Certaines erreurs de communication sont telles qu’elles devraient devenir des cas d’école. Le 19 septembre dernier, la Banque de l’Habitat (BH) de Tunisie tient, au siège de la Bourse, une communication financière portant sur les – bons – résultats du premier semestre 2016. Rien que de très classique. Mais dans les jours précédents, une information autrement plus croustillante circule : Ahmed Rjiba, le directeur général, allait annoncer l’acquisition d’une banque ouest-africaine.

Sur Internet, le nom de la Banque de l’Habitat de Côte d’Ivoire (BHCI) « fuite » rapidement. Le vendredi 16 septembre, l’officialisation tombe sur le site de la Bourse de Tunis : « Suite à une opération de désengagement de l’Etat ivoirien et ses démembrements du capital de la Banque de l’Habitat de Côte d’Ivoire (BHCI), et après accord de son conseil d’administration lors de sa réunion du 30 août 2016, la Banque de l’Habitat de Tunisie s’est positionnée acquéreuse de 349.700 actions, soit 51,6% du capital de la BHCI, et son dossier a été accepté par le comité de privatisation ivoirien. Le montant de cette opération est de 1,3 milliard de francs CFA soit l’équivalent de 4,6 millions de dinars [1,8 million d’euros] ».

Le nom de la BHCI est confirmé, des précisions chiffrées sur l’achat sont données et on apprend même que le dossier a été accepté par les autorités compétentes ivoiriennes. Fort de cette « preuve », les médias annoncent aussitôt le rachat, sans que la direction de la BH ne s’en émeuve.

Colère ivoirienne

Le jour de la communication financière, le 19 septembre, la salle est pleine. Le document remis au public confirme l’information. La 36ème et dernière diapositive de la présentation évoque « la consolidation de notre présence en Afrique » : il y est stipulé que « la BH vient de consolider sa présence en Afrique subsaharienne par la prise de participation en cours, à hauteur de 51,6% dans le capital de BH Côte d’Ivoire ». Le carton est illustré avec une carte de l’Afrique où figurent la BH en Tunisie, ses deux représentations au Burkina Faso et au Congo-Brazzaville, et la BHCI.

La nuance « en cours » pouvait certes instiller un doute. Mais lorsque les nombreux journalistes présents ont questionné Ahmed Rjiba sur la BHCI, celui-ci n’a jamais laissé planer la moindre ambiguïté : la prise de participation est actée. Il a réitéré le montant de l’acquisition et précisé l’intérêt stratégique de la BH pour un établissement en difficulté et indiqué le mode de financement. Le fait que le directeur général ait été beaucoup plus prudent sur les éventuelles implantations des filiales Modern Leasing et Assurances Salim prouvait que le doute concernant le rachat de la BHCI n’était pas de mise à Tunis.

A Abidjan, on a vu rouge. Le président du comité de privatisation, Christian Koffi, annonce par un communiqué du 22 septembre que « l’acquéreur de la participation de l’État au capital de la BHCI n’a pas encore été choisi. Le comité de privatisation prépare actuellement la mise en œuvre du processus devant aboutir à cette cession ». Non seulement les autorités ivoiriennes réfutent l’acquisition mais précisent que la mise en oeuvre du processus de cession est en préparation.

Pourtant, le communiqué de la BH du 16 septembre était limpide : « Son dossier a été accepté par le comité de privatisation ivoirien ».

« Allégations parues dans la presse »

« Élégamment », le comité de privatisation a offert une porte de sortie honorable à la BH en pointant du doigt la cause de ce cafouillage : « les allégations parues dans la presse ». En fin de journée, le 22 septembre, la direction de la communication de la BH s’engouffre dans la brèche publiant un autre communiqué qui stipule que « contrairement à ce qui a été interprété dans son communiqué, daté du 16 septembre, elle s’est positionnée acquéreuse de 349.700 actions du capital de la BHCI et que cette soumission est en cours ».

Le texte conclut : « la décision reste du ressort unique des autorités ivoiriennes compétentes en la matière ».

Reste trois possibilités pour expliquer cette énorme cafouillage :

  • la BH a voulu passer en force en annonçant publiquement une opération qui n’était pourtant pas encore faite
  • la BH a bien reçu des garanties et un feu vert de la Côte d’Ivoire pour le rachat de sa consoeur ivoirienne, mais est allée trop vite en besogne en l’annonçant sans le feu vert d’Abidjan (qui n’a pas officiellement commencé la mise en oeuvre du processus de cession).
  • les journalistes, dont Jeune Afrique, n’ont rien compris ni au communiqué du 16 septembre ni au discours du directeur général. Pourquoi dans ce cas, la BH a-t-elle attendu plusieurs jours avant de rectifier et d’exposer le plus clairement possible la réalité de l’opération ?

A chacun de choisir laquelle de ces possibilités est la plus plausible…

Communiqué BH Tunisie by jeuneafrique on Scribd

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