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Gabon : vidée de ses habitants, Libreville attend la décision de la Cour constitutionnelle

Par - Envoyée spéciale à Libreville

Un homme devant une barricade après des violences post-électorales à Libreville, le 1er septembre 2016. © Joel Bouopda/AP/SIPA

Checkpoints, déploiement des militaires aux quatre coins de la ville : Libreville est suspendue à la délibération décisive de la Cour constitutionnelle dont le verdict est attendu ce vendredi, dans les heures à venir.

Libreville s’embrasera-t-elle à nouveau ? À l’approche de la décision cruciale de la haute juridiction, qui doit valider ou rejeter, vendredi 23 septembre, les recours déposés par l’opposition après la présidentielle contestée du 27 août, les habitants de la capitale gabonaise redoutent de nouvelles violences.

Après les résultats annoncés le 31 août donnant la victoire à Ali Bongo Ondimba selon des chiffres contestés par son principal rival Jean Ping, des violences meurtrières avaient embrasé le pays, principalement à Libreville. Trois semaines plus tard, les autorités ont déployé un important dispositif sécuritaire pour éviter qu’un tel scénario ne se reproduise.

Tensions croissantes

Barrages routiers, fouilles des véhicules, patrouilles de blindés : depuis jeudi, les forces de l’ordre quadrillent la capitale, dont les rues sont désormais vides. Dans le centre-ville, les crispations sont d’autant plus palpables que l’annonce de la Cour coïncide avec la période du paiement des salaires.

Devant une banque ayant baissé le rideau vendredi matin, des dizaines de fonctionnaires venus retirer leur solde menaçaient ce matin de casser les grilles de l’établissement. « On attend depuis 8h ce matin, on va casser le grillage s’ils ne nous ouvrent pas », s’emporte l’un d’eux. Après plusieurs heures d’attente, ils seront finalement autorisés à entrer dans la banque.

Interpellation de Léon-Paul Ngoulakia

Un ancien patron du renseignement, Léon-Paul Ngoulakia, par ailleurs cousin du président Bongo Ondimba, récemment passé à l’opposition, a été interpellé à Libreville, a appris l’AFP de sources concordantes. Une information confirmée à Jeune Afrique par Maître Eric Moutet, qui défend ses intérêts depuis Paris. « Une perquisition a également eu lieu à son domicile, sa femme a été amenée à la DGR pour le rejoindre », a affirmé l’avocat français.

Léon-Paul Ngoulakia s’était porté candidat à la présidentielle du 27 août. Mais quelques jours avant le scrutin, il s’était rallié à la candidature de Jean Ping, comme Guy Nzouba-Ndama et Casimir Oyé Mba.

Commerces fermés

Signe des tensions, la grande majorité des magasins du centre, redoutant de nouveaux pillages, ont ainsi choisi de tirer rideau. Dans certains supermarchés, des Librevillois remplissaient également leurs paniers pour faire des provisions.

Tous attendent avec appréhension la décision finale de la Cour. Jeudi soir, la présidente de la haute juridiction, Marie-Madeleine Mborantsuo, avait laissé planer le doute sur la date de la délibération.

« L’affaire est mise en délibéré. En principe, la décision pourrait être rendue à l’audience du 23 septembre», avait-elle affirmé jeudi au terme d’une audience publique. Tout le pays est désormais suspendu à sa prochaine déclaration.

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