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Gandhi était-il raciste ? Au Ghana, une pétition demande le retrait d’une statue à son effigie

Par Jeune Afrique

La statue du leader de l'indépendance indienne, le Mahatma Gandhi à Accra au Ghana, le 22 septembre 2016. © Christian Thompson/AP/SIPA

Gandhi, raciste ? C'est ce qu'affirment des professeurs et des étudiants de l'université de Legon, à Accra, qui demandent à ce que la statue du leader anticolonial indien, érigée dans l'enceinte de l'université, soit démontée.

Encore une statue qui fait couler beaucoup d’encre sur le continent africain… Et pourtant, la figure de Gandhi, qui s’est battu pour la paix et la décolonisation toute sa vie, semble a priori consensuelle. Mais le cadeau du président indien au Ghana lors de sa dernière visite en Afrique n’est pas bien reçu à Accra. Depuis le 12 septembre, une pétition demandant le retrait de la statue de Gandhi a même recueilli plus d’un millier de signatures.

Elle a été lancée par plusieurs professeurs de l’université, qui  accusent le leader indien de racisme envers les Africains. À l’appui, des extraits polémiques des écrits de Gandhi alors qu’il était avocat en Afrique du Sud, entre 1893 et 1914 :

« Nous devons nous battre contre la manière dont les Européens nous déconsidèrent (ndlr les Indiens), en nous rabaissant au niveau des grossiers ‘kaffirs’, dont la principale occupation est la chasse, et dont la seule ambition est d’obtenir assez de bétail pour s’acheter une femme et ensuite passer leur vie dans une indolence nue ».

Les professeurs soulignent que Gandhi considérait comme une « insulte » que son peuple soit « classé » avec les « kaffirs », un mot désignant les Africains noirs et qui est aujourd’hui considéré comme discriminatoire. Ils ajoutent que, rentré en Inde, Gandhi « s’est battu pour le maintien du système de castes, qui considérait la plupart des Noirs comme des intouchables ».

Se fondant sur les efforts actuels de certaines universités américaines pour se démarquer de leur passé esclavagiste, ainsi que sur plusieurs statues de Gandhi ayant déjà fait polémique de part le monde, les professeurs demandent le retrait pur et simple de la statue.

Le passé controversé de Gandhi en Afrique du Sud

Gandhi est connu pour avoir inspiré de nombreux mouvements des droits civiques  grâce à sa théorie de résistance à l’oppression via la désobéissance civile de masse et la non-violence. Martin Luther King et Nelson Mandela ont ainsi reconnu s’être inspiré du leader spirituel indien qui a mené son pays vers l’indépendance.

Et c’est durant la vingtaine d’années qu’il a passé à Johannesburg, après avoir suivi des études de droit en Angleterre, que Gandhi a véritablement commencé sa lutte politique en défendant la communauté indienne. Il nouera également des liens avec l’ANC, le parti de Nelson Mandela.

Mais depuis un an, plusieurs voix s’élèvent en Afrique du Sud pour remettre en cause cette image. Dans un ouvrage paru l’année dernière, les chercheurs sud-africains Ashwin Desai et Goolam Vahed affirment que la lutte pour les droits humains menée par Gandhi en Afrique du Sud ne prenait en compte que les Indiens, et excluait les Noirs. Ils ont été parmi les premiers à relever l’utilisation du mot « kaffir » et à publier les différents textes polémiques de Gandhi.

Au même moment, la statue de Gandhi de Johannesburg était vandalisée par des jeunes militants brandissant des pancartes sur lesquelles ont pouvait lire « Racist Gandhi Must Fall » (Gandhi le raciste doit tomber), et le hashtag #GandhiMustFall se propageait sur les réseaux sociaux.

« Héros africains »

Au-delà des accusations de racisme, la pétition des professeurs de l’université du Ghana demande également à ce que les héros africains soient mis à l’honneur dans les lieux publics, plutôt que les figures historiques étrangères. « C’est la seule statue d’une personnalité historique érigée dans l’enceinte de l’université » déplore un des signataires, « dans un contexte où nos étudiants connaissent si peu l’histoire du continent, il serait intéressant d’ériger des statues de héros africains, pour stimuler ce genre de savoir ».

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