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Maroc : à l’approche des législatives, la transhumance bat son plein

Une marocaine vote lors des élections locales, à Casablanca, le 4 septembre 2015. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Malgré les restrictions introduites dans la Constitution concernant le changement d'appartenance politique, la transhumance reste une pratique courante, surtout deux semaines avant les élections du 7 octobre.

Des politiciens qui changent de casquette politique à la veille des élections, ce n’est pas ce qui manque au Maroc. Mais s’il fallait désigner des champions de la transhumance pour ces législatives du 7 octobre 2016, Lahcen Haddad et Najib El Ouazzani seraient les candidats tout désignés. Le premier, ministre du Tourisme dans le gouvernement sortant, a claqué la porte du Mouvement populaire (MP, majorité) qu’il qualifie désormais de « parti de famille », constituant « un boulet pour la scène politique marocaine ».

Et s’il en veut tant à cette formation, dont il a un moment tenté de prendre les rênes, c’est qu’il n’a pas décroché son accréditation dans la circonscription de Khouribga (centre du Maroc), où il avait pourtant gagné son siège en 2011.

Haddad est actuellement en négociation avec l’Istiqlal (« Parti de l’indépendance ») pour obtenir son ticket électoral. « C’est l’exemple type de transhumants qui souffrent du diktat des directions de partis ne respectant pas toujours la démocratie interne et parfois même s’adonnant à des règlements de compte, quand il s’agit de désigner les candidats », commente Ahmed El Bouz, professeur de sciences politiques à la faculté de droit de Rabat.

Opportunisme électoral

Le cas de Najib El Ouazzani est bien différent. Celui-ci avait créé en 2002 le parti Al Ahd, une de ces petites formations qui se rappellent au bon souvenir des Marocains seulement en période électorale. L’ancien secrétaire général a, cette fois-ci, choisi de s’appuyer sur la machine électorale du Parti justice et développement (PJD, au pouvoir) pour améliorer ses chances d’être élu dans son fief d’Al Hoceïma, où il gagne systématiquement son siège de député depuis 1992. Le petit parti, comme son fondateur, ont d’ailleurs une longue histoire de transhumance derrière eux. Al Ahd avait fusionné avec le Parti authenticité et modernité (PAM, opposition) à la création de ce dernier en 2008, avant de se retirer, un an plus tard, et ressusciter sous le nom d’Al Ahd Addimocrati (le Pacte démocratique).

Au-delà de ces cas emblématiques, une pluie de démissions avait atterri sur le bureau de la Chambre de représentants dès fin août. Pas moins de 16 députés ont rendu leur tablier, un mois avant la fin de la législature, afin de pouvoir se présenter sous une autre couleur politique. Et pour cause, la Constitution de 2011 interdit le changement d’appartenance politique en cours de mandat. Les députés démissionnaires, pour la plupart issus de petits partis, ont dû d’ailleurs faire valider leur démission par le Conseil constitutionnel. « Si cette transhumance est juridiquement légale, elle pose du moins un problème éthique. Et cela démontre les limites des mécanismes juridiques mis en place pour l’éviter », conclut Ahmed El Bouz.

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