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Tunisie : Georges Adda, l’insoumis, aurait eu cent ans

George Adda, militant et syndicaliste tunisien. © MrKartmaan/Capture d'écran/Youtube

Georges Adda, fervent patriote et défenseur de la liberté, a marqué de son militantisme l’Histoire de la Tunisie. Retour sur la vie de ce personnage haut en couleurs, qui aurait fêté ses cent ans ce 22 septembre 2016.

Le 22 septembre, date de sa naissance, la bibliothèque nationale de Tunisie accueille une journée scientifico-académique dédiée à cette figure emblématique de la gauche tunisienne, avec l’inauguration d’une salle en son nom. Des conférences et interventions sont prévues, accompagnées d’une projection vidéo et d’une exposition de photos et de quelques-uns de ses écrits, a indiqué Mourad Zeghidi à Jeune Afrique.

Journaliste sportif et petit-fils de Georges Adda, ce dernier se souvient d’un homme « sans compromis, anti-leadership, qui a toujours cru en la puissance de la société civile et la force du peuple tunisien. » Né à Tunis en 1916, Georges Adda est décédé le 28 septembre 2008 à l’âge de 92 ans, suite à un arrêt cardiaque.

Grand patriote et inlassable militant

Georges Adda a connu la prison, les camps de concentration et la déportation. Il a vécu le protectorat français, l’indépendance tunisienne, puis la dictature. Mais surtout, il n’a jamais cessé de faire entendre sa voix. Très tôt et jusqu’à la fin de sa vie, il s’est battu pour la libération de son pays, pour la démocratie et le respect des droits de l’Homme, et pour les causes justes, en Tunisie et dans le reste du monde. Avec en oriflamme un patriotisme sans borne.

Plusieurs années après un de ses emprisonnements, dans un entretien télévisé, il raconte avec admiration et émotion un événement qui l’a fortement marqué et inspiré : lorsque des détenus, amenés vers le peloton d’exécution, commencèrent à entonner l’hymne national tunisien, rapidement repris dans toute la prison, dont les murs tremblèrent de cet amour du pays.

Membre d’une des premières familles juives de Tunisie et « Tunisien avant tout », il adhère au parti communiste tunisien (PCT) à l’âge de 18 ans, avant d’en devenir l’un des principaux dirigeants. Militant pour l’indépendance de la Tunisie, il prendra aussi la défense des droits des travailleurs au sein de la centrale syndicale (UGTT). Parmi ses nombreux engagements, « il a également beaucoup œuvré en faveur de la sécurité sociale tunisienne », rappelle Mourad Zeghidi. Son fils, Serge Adda, ex-président de TV5 Monde, est décédé en 2004 à Paris.

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Pour la libération de Bourguiba

Georges Adda était « un homme sans compromis, qui a toujours su rester humain en toutes circonstances, et qui allait au bout de ses convictions », le décrit Mourad Zeghidi. En témoigne par exemple sa lettre envoyée au président Zine el-Abidine Ben Ali en 1997 pour demander la libération de Habib Bourguiba, « presque centenaire » et « plus vieux interdit de liberté du monde ». Ancien compagnon de cellule de Georges Adda, le père de la Tunisie moderne avait pourtant fait interdire le PCT en 1963.

« Je vous prie, Monsieur le Président, de rendre la pleine et entière liberté de se déplacer et de recevoir à celui qui a conduit notre peuple à l’indépendance », avait écrit l’octogénaire dans le document rendu public par le site d’information Leaders. Un acte « fort et courageux », qui lui a valu ensuite d’être écarté de tout événement officiel par ce même président, explique son petit-fils.

Défenseur de la cause palestinienne

Autre cheval de bataille de celui qui se présentait comme « juif tunisien antisioniste » : le soutien indéfectible aux droits du « peuple palestinien martyr ». En octobre 2006, il écrivait dans le magazine Jeune Afrique à ce sujet : « La Tunisie est mon pays, et le peuple tunisien est mon peuple, mais mes convictions ne sont pas celles de ma mère et de mon père. Toutes les femmes et tous les hommes qui subissent les injustices politiques  et sociales sont mes sœurs et frères. »

Porté par les valeurs de celui qu’il considérait comme son père, Mourad Zeghidi regrette qu’il n’ait pas pu assister à la chute de Ben Ali, car « son rêve, c’était de voir la démocratie s’installer un jour en Tunisie… »

 

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