Fermer

RD Congo : après deux jours de violences, calme précaire à Kinshasa

Une passante constate les dégâts des violences à Kinshasa, le 20 septembre 2016. © John Bompengo/AP/SIPA

Les affrontements entre l’opposition et les forces de l'ordre qui ont débuté lundi ont fait un nombre indéterminé de morts. Mais les violences semblent cependant marquer un coup d'arrêt à Kinshasa. De son côté, le président français François Hollande a accusé "l'État congolais lui-même" d'avoir provoqué "des exactions".

Une accalmie, mais pour combien de temps ? Selon un journaliste de l’AFP sur place,  le calme semblait être revenu mercredi matin dans la plus grande partie de la ville de Kinshasa après que cette dernière a été émaillée de violences pendant deux jours.

La vie reprend doucement son cours

Dans les quartiers centre-ouest et sud de la capitale de la République démocratique du Congo, la vie a commencé à reprendre un cours normal. Les transports en communs fonctionnaient de nouveau. Les pompes à essence et les boutiques avaient majoritairement rouvert. Pas d’écoliers visibles dans les rues en revanche, les parents préférant les garder un troisième jour à la maison pour s’assurer que le calme est bien rétabli.

« C’était terrible ici hier et avant-hier », explique à l’AFP Christian, 21 ans, devant une boutique d’opérateur téléphonique dévalisée au quartier 1 de Ndjili dans le sud de la capitale.

« On ne refuse pas que les gens revendiquent leurs droits, mais ce qui me fait mal, c’est qu’on ait cassé et pillé » des commerces susceptibles de donner de l’emploi à la grande majorité de la population qui en manque cruellement, ajoute-t-il.

Bilan disparate

Les violences ont débuté lundi en marge d’une manifestation à l’appel du « Rassemblement » constitué autour du vieil opposant Étienne Tshisekedi à trois mois et un jour de la fin du mandat du président en exercice, Joseph Kabila, pour lui signifier son « préavis ». En effet, selon la Constitution, le 20 septembre était la date limite pour convier les électeurs aux urnes pour la présidentielle, qui apparaît aujourd’hui impossible à tenir dans les temps.

Mais la marche prévue initialement lundi 19 septembre à 13 heures, a dégénéré quelques heures avant son coup d’envoi. Elle a été immédiatement réprimée par les forces de l’ordre. S’en est suivi un affrontement entre manifestants et policiers au bilan disparate selon les sources : 50 morts selon le Rassemblement, 44 selon Human Right Watch qui soutenait la manifestation, et 17 (3 policiers et 14 « pillards ») selon les autorités.

Et c’est sans surprise que  l’opposition et le pouvoir se sont renvoyé la responsabilité des violences qui ont embrasé la capitale de la République démocratique du Congo. Lundi, plusieurs bâtiments de partis de la majorité ont été incendiés. Dans la nuit de lundi à mardi, dans ce qui a été perçu par l’opposition comme des « représailles », trois sièges de partis de l’opposition ont été incendiés, dont celui de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), la formation d’Étienne Tshisekedi.

L’Union africaine suspend sa mission

Habituée des violences à caractère politique, la population de la capitale est restée massivement chez elle. Comme la veille, la plupart des boutiques sont restées closes, et les écoles ont été désertées.

« Je ne peux pas sortir de chez moi », a déclaré à l’AFP un habitant du centre de la capitale, mardi en début d’après-midi, expliquant qu’il y avait des tirs dans son quartier depuis le matin.

Ces violences surviennent en plein « dialogue national », tentative pour sortir la République démocratique du Congo de l’impasse électorale. En raison des violences, l’Union africaine (UA), qui assure la facilitation de ce dialogue, a annoncé mardi que les travaux de ce forum étaient suspendus jusqu’à vendredi.

Renvoyant pouvoir et opposition dos à dos, l’Église catholique a condamné « fermement la violence d’où qu’elle vienne ». La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a annoncé qu’elle suspendait sa participation au dialogue national, « par respect pour les victimes », « pour faire le deuil et rechercher un consensus plus large ».

« Des élections doivent se tenir »

De New York, où il a reçu la distinction d »homme d’État de l’année »,  le président français François Hollande a qualifié d’ « inadmissibles » et d’ « insupportables » les violences à Kinshasa et a accusé « l’État congolais lui-même » d’avoir provoqué « des exactions ». François Hollande a aussi condamné l’incendie qui a touché les locaux du principal parti d’opposition congolais. « Dans aucun pays on ne peut accepter de tels comportements, de tels agissements, et donc je veux ici les dénoncer », a-t-il dit.

François Hollande a en outre rappelé que lors d’une visite à Kinshasa, en octobre 2012, il avait dit au président Kabila « que nous ne transigerions pas sur les élections, leur date et le processus constitutionnel ». « La Constitution doit être respectée, des élections doivent se tenir. Ensuite nous verrons avec le contrôle international ce qu’il sera possible de faire ».

Cécile Kyenge, député européenne pour l’Italie d’origine congolaise, s’est exprimée à son tour dans une vidéo diffusée sur Youtube ce mardi 20 septembre. « Je condamne avec la plus grande fermeté ces violences. Je suis fier de voir le peuple congolais se soulever pour ses droits ».

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici