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RDC – Martin Fayulu : « Le peuple congolais veut emboîter le pas au peuple burkinabè »

Par - envoyé spécial à Kinshasa

L'opposant Martin Fayulu, président de l'Ecidé, le 18 septembre 2016 à Kinshasa. © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

Dialogue politique, respect de la Constitution, glissement du calendrier électoral, l'après-Kabila... À la veille de la manifestation de l'opposition de lundi à Kinshasa au cours de laquelle il a été blessé et interpellé par la police, l'opposant Martin Fayulu s'est confié à Jeune Afrique. Entretien.

Il ne se sépare plus de son petit format de la Constitution de la RD Congo. Prêt à le brandir à tout moment lors des manifestations et des débats politiques. Martin Fayulu, candidat déclaré à la présidentielle, est incontestablement l’un des leaders de l’opposition congolaise les plus actifs sur le terrain.

Lundi 19 septembre, devant un cortège de manifestants à Kinshasa, l’opposant a été touché à la tête (« par un projectile lancé par un policier », soutient-il) avant d’être interpellé par le service de renseignement de la police, puis relâché.

À la veille de cet incident, le député Martin Fayulu, président de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecidé) et coordonnateur des Forces acquises au changement (FAC), a expliqué à Jeune Afrique la détermination du Rassemblement, principale la plateforme de l’opposition congolaise, à barrer la route à un éventuel prolongement du mandat du président Joseph Kabila.

À partir du 20 décembre, Kabila ne sera plus reconnu comme président de la République.

Jeune Afrique : pourquoi avez-vous choisi la rue alors que des pourparlers politiques sont en cours à Kinshasa depuis le 1er septembre ?

Martin Fayulu : Nous avons choisi le respect de la Constitution. D’autant qu’il est du devoir de tout Congolais de faire échec à M. Kabila qui veut demeurer au pouvoir en violation la Loi fondamentale.

Que Kabila ne se leurre pas : nous irons jusqu’au bout. Déjà, à partir du 20 septembre, nous ne reconnaîtrons plus les membres de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) parce qu’ils ont montré qu’ils étaient incompétents, sinon des partisans et inféodés à Kabila. Et à partir du 20 décembre, Kabila ne sera plus reconnu comme président de la République.

Que vous inspire la promesse du camp Kabila de permettre une « gestion consensuelle du pays » au terme du dialogue politique en cours à Kinshasa ?

En sommes-nous encore là ? C’est la Constitution qui nous indique comment gérer le pays. Faut-il sans doute rappeler au camp Kabila que les forces vives de la nation se sont réunies à Sun City, en Afrique du Sud, entre 2002 et 2003 et ont conclu un accord global et inclusif pour enrayer les crises récurrentes dues à la contestation des institutions de la République et de ses animateurs. Le pays s’est doté depuis d’une Constitution sur la base de laquelle les Congolais doivent se choisir librement leurs dirigeants.

Puis, de quel dialogue parle-t-on ? C’est un monologue qui se tient à la Cité de l’OUA, à Kinshasa : M. Kabila a réuni son camp qui se trouve désormais élargi à d’autres personnes. Ils sont en train de lever leurs options pour conserver à tout prix le pouvoir. Ce n’est pas un dialogue.

L’opposition est pourtant représentée notamment par Vital Kamerhe qui était encore récemment votre allié au sein de la Dynamique, regroupement politique auquel vous appartenez…

Vital Kamerhe est venu pour voir ce que nous faisions et pour tenter de gagner un peu de popularité. Aujourd’hui il est retourné à ses vieux amours, dans son milieu naturel. En fait, c’est une stratégie connue de M. Kabila : infiltrer l’adversaire avant de lui asséner, à un moment donné, un coup de massue pour le déstabiliser. Mais cette tentative a échoué car la Dynamique de l’opposition est restée intacte et œuvre désormais au sein du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement mis à place à Genval, début juin.

Des opposants qui ont choisi de participer aux pourparlers expliquent que le dialogue politique se déroule dans le cadre de la résolution 2277 du Conseil de sécurité, comme le Rassemblement l’avait souhaité. Pourquoi n’avez-vous toujours pas rejoint la table des négociations ?

La résolution 2277 parle d’un « dialogue inclusif » impliquant toutes les parties prenantes. Force est de constater que ni le Rassemblement, ni le MLC [Mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba, ndrl], encore moins la vraie société civile, ne participent à ce monologue qui a lieu à la Cité de l’OUA, à Kinshasa.

Mais depuis longtemps, Kabila ne cesse de préparer des stratagèmes pour rester au pouvoir. Il ne s’est jamais mis en tête qu’il doit respecter la Constitution, qu’il pourrait quitter le pouvoir naturellement. Kabila pense qu’il est président à vie. Nous disons non.

On doit cesser de prendre les Congolais pour des moins-que-rien !

La présence du groupe de soutien international autour du facilitateur Edem Kodjo n’est-elle pas de nature à vous rassurer ? 

La Constitution de la RDC dit clairement que le mandat du président de la République est de cinq ans renouvelable une fois. Comment accepter qu’à la fin du terme de son second mandat, Joseph Kabila refuse partir et initie un « dialogue » pour tenter de se maintenir au pouvoir ? Dans quel pays au monde Maman Sidikou [patron de la Monusco] et Saïd Djinnit [envoyé spécial des Nations unies dans la région des Grands Lacs] peuvent-ils faire accepter un tel scénario ? On doit cesser de prendre les Congolais pour des moins-que-rien !

Que faut-il alors pour que le Rassemblement rejoigne la table des négociations ?

Nous n’avons jamais été opposés au dialogue. Mais celui-ci doit être réellement inclusif, comme l’exige la résolution 2277 du Conseil de sécurité. Nous avons également demandé la transformation du groupe de soutien au facilitateur à un groupe de facilitation ainsi que des mesures de décrispation : arrêt des poursuites contre les opposants, libération des prisonniers politiques et d’opinion, cessation des tracasseries, …

Le gouvernement rétorque qu’il a déjà libéré 24 des 26 personnes présentes sur la liste des prisonniers à libérer que le Rassemblement avait constituée. 

Il n’y avait pas que 26 personnes. Qu’à cela ne tienne, ces personnes n’auraient pas dû être arrêtées. C’est donc leur droit d’être libérées ! C’est triste de voir la République réduite aux libérations des prisonniers politiques et d’opinion.

Nous n’allons pas laisser Kabila s’éterniser au pouvoir.

Aujourd’hui, M. Kabila, est un problème. Il suffit de regarder ce qui se passe à Beni, un territoire qui était jadis un havre de paix, fleuron de l’économie nationale. Lors de ma récente visite à Goma, capitale du Nord-Kivu, beaucoup de jeunes m’ont expliqué que c’est Kabila qui déstabilise cette partie du territoire national.

En cherchant à créer une nouvelle crise de légitimité, il veut aggraver la situation. Doit-on le laisser faire parce qu’il a des armes ? Nous ne le laisserons pas poursuivre la déstabilisation de la RD Congo. Nous n’allons pas laisser Kabila s’éterniser au pouvoir. Le peuple congolais veut emboîter le pas au peuple burkinabé qui s’est libéré des affres de Blaise Compaoré.

Que préconisez-vous pour sortir le pays de cette crise ?

Le 19 décembre à 23 heures 59 au plus tard, Kabila doit quitter le Palais de la nation. Un vrai dialogue inclusif doit être ouvert pour gérer cette situation que le pouvoir en place a sciemment créée en refusant d’organiser les élections dans les délais constitutionnels. Mais nous devons aussi dégager des responsabilités pour qu’une telle faute ne soit pas impunie.

J’en appelle à la communauté internationale pour désigner un vrai médiateur qui pourra tenter de concilier les conclusions qui sortiront du monologue en cours à Kinshasa et les résolutions qui seront issues du conclave imminent du Rassemblement.

Comment entrevoyez-vous l’après Kabila ?

Voulez-vous que je dise que c’est le président du Sénat qui deviendra chef de l’État après le 19 décembre ? Non, ce ne sera pas le cas. Car il n’y aura plus de mandat pour un quelconque intérim que le président du Sénat aurait exercé. Il y a vacance que dans le cadre d’un mandat en cours.

Comment la période transition doit-t-elle être gérée après la fin du second mandat de Joseph Kabila ? Préconisez-vous la mise en place d’une présidence de transition ?

C’est une question pertinente. Nos réponses seront données au cours de notre conclave qui aura lieu dans moins de deux semaines.

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