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Ce jour-là : il y a 60 ans se tenait le premier Congrès des écrivains et artistes noirs à Paris

L'affiche du premier congrés des écrivains et artistes noirs à Paris du 19 au 22 septembre 1956. Dessin de Picasso © Présence Africaine

Du 19 au 22 septembre 1956 se tenait à Paris, le premier Congrès des écrivains et artistes noirs. Il fut un moment majeur dans l’affirmation culturelle et politique des peuples noirs. Soixante ans plus tard, son retentissement reste intact.

S’il est bien un événement qui a marqué un tournant dans le mouvement pour la reconnaissance et l’émancipation politique du monde noir, c’est le premier Congrès des écrivains et artistes noirs qui s’est tenu à l’université de la Sorbonne.

Organisée à l’initiative de la Société africaine de culture (SAC) dirigée par l’intellectuel sénégalais Alioune Diop, par ailleurs, fondateur de la maison d’édition « Présence africaine » en 1947 et de la revue du même nom, la rencontre vit la participation de centaines d’éminents intellectuels noirs issus de toutes les zones géographiques (Afrique, Europe, Caraïbes, Amériques).

Débats de haut vol

Pendant quatre journées, l’amphithéâtre Descartes de la prestigieuse université parisienne a résonné des débats de haut vol et des envolées souvent passionnées d’un aréopage d’écrivains, de poètes, d’hommes politiques, d’universitaires…Parmi lesquels Léopold-Sédar Senghor, Cheikh Anta Diop (Sénégal), Ferdinand Oyono (Cameroun), Jacques Rabemananjara (Madagascar), Aimé Césaire, Frantz Fanon, Edouard Glissant (Martinique), Léon-Gontran Damas (Guadeloupe), Jean-Price Mars (Haïti), Richard Wright (Etats-Unis), etc.

Il s’agissait, d’abord, pour eux, de réaffirmer « l’éminente dignité de la culture et civilisation noires », selon le mot de Senghor, niées par plusieurs siècles d’esclavagisme et de colonisation, mais aussi, de débattre du rôle de l’intellectuel dans la lutte pour l’émancipation politique du continent alors sous domination coloniale.

« Bandung culturel »

Les répercussions culturelles et politiques de cet événement sont indéniables. L’universitaire sénégalais Amady Ali Dieng a d’ailleurs pu parler de « Bandung culturel », en référence à la conférence afro-asiatique survenue en avril 1955 dans la ville indonésienne de Bandung et consacrant la naissance du mouvement politique des « non-alignés», sur fond d’affrontement idéologique est-ouest.

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Si pour le poète de la négritude, « Bandung a consacré la mort du complexe d’infériorité des peuples de couleur », le congrès de 1956 a, lui, tué le complexe d’infériorité culturelle. Car l’après-Paris, a été un moment extrêmement fécond pour les écrivains, artistes et universitaires noirs en termes de production intellectuelle.

Soutiens d’intellectuels occidentaux 

Et de grands intellectuels occidentaux ont apporté leur soutien aux organisateurs de la rencontre tels que Jean-Paul Sartre, André Gide, Albert Camus, Michel Leiris… Le peintre espagnol Pablo Picasso en a d’ailleurs dessiné l’affiche officielle. Tous ont, par la suite, accompagné le combat culturel.

Mais les répercussions ne furent pas que culturelles. Loin s’en faut ! La vague des indépendances politiques à partir de 1960, annoncée dès 1958 par le non du Guinéen Sékou Touré au projet communautaire du général De Gaulle, s’inscrit dans le sillage de ce premier congrès.

Soixante ans plus tard, l’aura du Congrès est intacte

La SAC réédita le coup en 1959 à Rome (du 26 mars au 1er avril), autre ville de grande culture, autour du thème de l’unité des cultures négro-africaines. Le Festival mondial des arts nègres de Dakar d’avril 1966-moment fondateur de la politique culturelle du poète-président Senghor-, celui d’Alger en 1969 et de Lagos au Nigeria en 1977, sont aussi à l’actif de la SAC.

Soixante après, l’aura du premier Congrès des écrivains et artistes noir demeure intacte. Son influence l’est moins. Il est vrai que les contextes ont profondément changé.

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