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Tunisie : une interview de Moncef Marzouki au cœur d’une polémique nationale

Moncef Marzouki, ancien président tunisien et fondateur du parti Al Irada. © Maya Alleruzzo/AP/SIPA

La dernière interview de Moncef Marzouki ne cesse de faire parler d'elle. Enregistrée début septembre pour la chaîne privée Attessia TV et initialement programmée le 14 septembre, la diffusion de cette interview a d'abord été annulée avant d'être reprogrammée au vendredi 16 septembre. Retour sur la polémique.

  • Moncef Marzouki et Attessia TV dénoncent des pressions pour empêcher la diffusion

Dans la soirée de mercredi, Moncef Marzouki a ouvert les hostilités sur sa page Facebook en expliquant avoir accepté de « parler uniquement du présent et de l’avenir de la Tunisie » après un long silence médiatique.

« J’ai appris, auprès de plusieurs sources, que des pressions ont été exercées pour empêcher la diffusion de l’émission », a-t-il écrit, surpris du fait qu’un ancien président de la République soit empêché « d’exprimer son point de vue concernant les difficultés que rencontre son pays, un pays gouverné par un système théoriquement démocratique.»

Dans un communiqué publié jeudi, les responsables de la chaîne Attessia TV ont annoncé que celles-ci n’empêcheront pas la diffusion de l’interview « dans son intégralité », au moment qu’ils jugeront opportun. Et ce moment a été fixé au vendredi soir, apprend-on finalement quelques heures avant sur la page Facebook de la chaîne.

  • Des voix s’élèvent pour la liberté de la presse

Le syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a critiqué jeudi « le silence » du gouvernement, l’appelant à s’exprimer sur cette affaire afin d’y apporter les éclaircissements nécessaires. Il a également exhorté la chaîne Attessia TV à aller jusqu’au bout de ses accusations en citant notamment les noms des personnes concernées afin de pouvoir les poursuivre en justice, mais aussi pour préserver « l’intégrité des médias » et défendre « la noble mission de la presse. » Sans manquer de rappeler que le directeur de la chaîne, Moez Ben Gharbia, avait déjà déclaré auparavant détenir des informations importantes sur les assassinats politiques en Tunisie, avant de finalement se rétracter.

L’Observatoire des droits et libertés (ODL) en Tunisie a lui aussi incité l’État et la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA) à s’exprimer à ce sujet, pour éviter d’avantages de « suspicions et d’accusations. »

  • Le gouvernement dément

Intervenant sur les ondes de la radio Shems FM, Noureddine Ben Ticha, le conseiller de la présidence de la République chargé des relations avec les partis politiques a défendu la présidence de la République de toute ingérence médiatique, défiant « tout journaliste ou producteur » de la chaîne de télévision Attessia TV de « nommer ne serait-ce qu’une seule personne » du cabinet de la présidence de la République ayant poussé la chaîne à censurer la diffusion de l’interview. «La preuve c’est que l’interview va passer», a-t-il souligné.

La présidence de la République n’a pas l’intention de publier de déclaration officielle à ce sujet et va se contenter de la déclaration radiophonique de Noureddine Ben Ticha, a appris l’agence TAP auprès d’une source médiatique à Carthage.

  • Une tentative de buzz ?

Depuis que cette affaire a éclaté, plusieurs internautes tunisiens dénoncent une énième tentative de buzz de la part d’Attessia TV, déjà coutumière du genre, pour booster son audimat.

Une histoire qui pourrait aussi faire les affaires de Moncef Marzouki, font remarquer certains, le poussant à nouveau sur le devant de la scène politique.

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