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Gabon : le principal défaut d’Ali… c’est de s’appeler Bongo !

par

Janis Otsiémi est un écrivain gabonais.

Des restes de barricades à Libreville, au Gabon, le 1er septembre 2016. © Joel Bouopda/AP/SIPA

L’impasse postélectorale dans laquelle se retrouve le Gabon me révolte. Et si le principal défaut d’Ali était de porter le nom de son père ? Si son principal défaut était d’être tout simplement un Bongo ?

Je ne peux m’empêcher de pousser un coup de gueule. Je suis outré par le fait que le débat politique pour l’avenir du Gabon ne se situe plus, comme le voudraient la raison, au niveau des idées, des projets de société, des réalisations, mais bien au niveau d’une filiation que le clan anti-Bongo brandit comme une arme, une raison d’exister sur les planches de la comédie politique, en faisant fi de ses propres contradictions et incohérences.

Tout d’abord, il nie cette filiation – Ali ne serait pas le fils de son père – mais finalement, à bout d’arguments et déstabilisé, il choisit de faire volte-face en faisant d’Ali le fils rebelle – Ali n’agirait pas comme son père ou n’aurait pas son esprit « Tour Eiffel »…

Dans ce contexte, j’y perds mon foulassi [mot fang signifiant langue française, NDLR]. L’illogique devient logique, l’irrationnel rationnel, dans un silence quasi général mais si coupable et honteux… Qu’on ne s’y trompe pas : toute cette agitation n’est rien d’autre qu’une guerre d’héritage politique qui ne dit pas son nom.

Car que reprocher à Ali ?

Que lui reprocher sinon de refuser de reproduire les pratiques d’époques passées et révolues, d’avoir mis fin à un système de prébendes et de passe-droits cautionné par un régime féodal tenu par des barons politiques, d’avoir coupé net toute entrée aux lobbies de la françafrique abonnée aux rétro-commissions ?

De renier des méthodes de corruption, de chantage, de collaboration contre nature?

De vouloir renouveler en profondeur les institutions et la classe politique gabonaise tant décriée pour son clientélisme et son affairisme ?

Que lui reprocher d’autre si ce n’est de porter à travers son nom les vestiges de cinquante années de francafrique, qui relèvent davantage du passé que de l’avenir ?

Mais pour ces nostalgiques, Ali ne peut être tout simplement Ali. Il ne peut être tout simplement l’homme du changement comme il le prouve depuis 2009. Pour tous ceux-là, y compris une certaine opinion internationale, c’est inconcevable.

À mes yeux, c’est une dérive dangereuse de juger un homme et de le décréter coupable, non pas pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il est. Coupable non pas de ses actes, mais de son identité, de son nom, du fils de qui il est.

Les premières victimes de cette stigmatisation sont et seront les citoyens du Gabon !

Et nous serons tous coupables d’avoir laissé dire et faire ceux qui souhaitent nous imposer notre propre Histoire au nom de vengeances et d’intérêts personnels.

Nous serons tous coupables. J’en suis conscient.

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