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Roger Nkodo Dang : « Le retour du Maroc dans l’Union africaine est sur la bonne voie »

Roger Nkodo Dang, 53 ans, est président du Parlement panafricain depuis six ans. Basée à Johannesburg, cette institution compte 265 députés, désignés par les parlements nationaux africains. © Capture écran YouTube

En visite au Maroc, Roger Nkodo Dang, le président du Parlement panafricain, estime que l'adhésion du Maroc à l'UA ne devrait pas rencontrer d'obstacle majeur. Interview.

Depuis l’annonce de son projet de réintégrer l’Union africaine (UA), le Maroc a intensifié son lobbying auprès des États et des institutions du continent. Son dernier invité est Roger Nkodo Dang, président du Parlement panafricain, qui terminait jeudi 15 septembre une visite officielle de trois jours au Maroc, qui avait pour but de discuter de l’adhésion du royaume à l’organe de l’UA qu’il représente. Interview.

Jeune Afrique : Quel est l’objectif de votre visite au Maroc ?

Roger Nkodo Dang : J’ai reçu une invitation du président de la Chambre des représentants du Maroc pour discuter des voies de collaboration entre nos deux institutions suite à la volonté du royaume d’intégrer l’Union africaine (UA). Le Parlement panafricain est un organe de l’UA. Une fois le retour du Maroc accepté au sein de l’Union, il sera appelé à signer et à ratifier le protocole d’adhésion au Parlement panafricain.

Pensez-vous que le retour du Maroc à l’UA sera annoncé pour le sommet d’Addis Abeba, en janvier prochain ?

La décision du retour du Maroc ne peut être prise que par les chefs d’États qui se réuniront les 30 et 31 janvier 2017 dans la capitale éthiopienne. Je pense que si la demande du Maroc est déjà posée, il n’y aura, à priori, pas de problème pour la faire valider. Le retour du royaume est sur la bonne voie.

Le Maroc a quand même conditionné son retour à un retrait du Polisario, soutenu par l’Algérie…

Les autorités marocaines ont évolué sur ce point. L’information que j’ai reçue, ici à Rabat, pendant mon séjour, est que le Maroc ne met plus de condition à son retour. Le problème du Polisario ne devrait donc plus se poser. Ce qui est, à mon avis, une décision très sage de la part du Maroc. Mais je tiens à préciser qu’en tant que président du Parlement panafricain, je n’ai abordé avec mes hôtes que leur prochaine adhésion à notre institution.

Le Maroc pourra intégrer toutes les institutions qui sont rattachées à l’Union dès qu’il en sera à nouveau membre

Vous êtes donc en visite au Maroc pour préparer la période post-adhésion…

Tout à fait. Le Maroc pourra intégrer toutes les institutions qui sont rattachées à l’Union dès qu’il en sera à nouveau membre. Et c’est l’objectif de ma visite. La Conférence des chefs d’États tenue le 27 juin 2014 à Malabo a adopté le protocole amendé du Parlement panafricain, qui fera de lui un organe législatif du continent au lieu de le cantonner dans le rôle consultatif qu’il avait depuis sa création en 2004. Nous avons besoin de la ratification de tous les États membres pour permettre cette évolution.

Depuis sa création, le Parlement souffre d’un manque de poids politique et de visibilité. Pensez-vous que cette évolution va y remédier ? 

Au moins 15 pays ont déjà signé l’accord de Malabo. Sur ce total, 4 l’ont déjà ratifié. Nous continuons à faire notre lobbying pour avoir tous les autres pays membres afin d’appliquer le nouveau protocole. Cela ne devrait pas poser problème car nous n’allons pas nous substituer aux parlements nationaux et légiférer sur la politique interne ou l’intégrité territoriale des États. Ce qui nous intéresse, ce sont les thèmes d’intérêts commun qui engage l’Afrique comme le changement climatique, le terrorisme et la migration. En l’absence de voix unifiée, notre continent est lésé dans les meetings internationaux. Si je prends juste l’exemple de l’accord international sur la Cop 21, il n’a pas pris en compte les conséquences négatives sur le continent africain. L’Afrique ne pollue pas mais elle subit les effets de la pollution. Elle est dans son droit quand elle demande des fonds pour atténuer ces effets sur son sol.

Le Parlement européen est-il votre modèle ?

Notre évolution est pratiquement la même, sauf que les parlementaires de notre institution sont désignés par les parlements nationaux et non à travers un suffrage universel direct. Mais c’est notre objectif à long terme.

Comment mener votre mission législative dans un continent miné par les conflits ?

Les conflits qui divisent l’Afrique sont liés à la démocratisation et aux processus électoraux. Il faudra qu’on arrive à harmoniser les lois africaines en matière électorale pour atténuer le risque de conflits. Mais les plus grands problèmes qui nous menacent restent le terrorisme, le changements climatique, l’accès à l’énergie et la migration des jeunes.

Je suis inquiet par rapport à ce qui se passe en RDC

Que pensez-vous de la crise postélectorale au Gabon ?

Le Parlement panafricain ne gère pas les affaires internes des États. Mais il a participé à cette élection en dépêchant des parlementaires pour observer son déroulement et établir un rapport que nous n’avons pas encore reçu. Je peux dire que nous condamnons toute forme de violence à l’égard des populations. D’après ce que je vois, il s’agit d’une crise assez profonde. Nous appelons tous les protagonistes au calme pour l’intérêt du peuple gabonais.

Et en RDC ?

Je vais parler en tant que président de l’Architecture africaine de gouvernance (une commission au sein de l’UA). Ce qui s’est passé au Gabon montre que nous ne prévoyons pas à temps les situations qui peuvent générer des conflits. Je suis inquiet par rapport à ce qui se passe en RDC. Il aurait été judicieux de rassembler tous les protagonistes autour de la même table pour établir un code de bonne conduite.

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