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Réseaux sociaux : pourquoi Telegram pourrait séduire l’Afrique

Capture d'écran de la messagerie Telegram. © DR

Créé en 2013 par les frères Durov, Telegram revendique aujourd’hui plus de 100 millions d’utilisateurs dans le monde. Si son usage est encore confidentiel en Afrique, cette discrétion pourrait ne pas durer. Décryptage d’une application… cryptée.

En lançant Telegram, Nikolai et Pavel Durov s’attendaient-ils à un succès planétaire ? Pas si sûr. Les deux frères avaient bien créé VKontakte, mais ce réseau social, assez similaire à Facebook, n’avait pas dépassé les frontières du monde russophone. Pourtant, après que celui-ci a été repris par des proches de Vladimir Poutine, les Durov ont bel et bien conquis le monde. Avec Telegram.

En octobre 2013, le service, basé à Berlin, en Allemagne, comptait 100 000 utilisateurs actifs. Le 24 mars 2014, Telegram annonçait 35 millions de fidèles mensuels et 15 millions  par jour. En décembre 2014, il annonçait avoir un million de nouveaux utilisateurs par semaine. Enfin, en septembre 2015, Telegram atteignait, officiellement, la barre des 12 milliards de messages par jour (il ne propose pas de service d’appels) et revendique aujourd’hui plus de 100 millions d’utilisateurs dans le monde !

S’il est difficile de vérifier ces annonces, le succès semble indéniable. Il se base sur plusieurs arguments simples, outre le fait que l’application est gratuite et qu’elle prend ainsi l’avantage sur les messageries des opérateurs traditionnels, au même titre que WhatsApp. Voici pourquoi l’essor pourrait continuer avec le continent africain.

L’application fonctionne sur tous les supports

Telegram est accessible sur tous les supports ou presque. Il est donc possible de débuter une conversation sur le web avec son ordinateur et de la poursuivre via l’application sur son smartphone. Un atout de taille pour les utilisateurs jonglant entre les différentes technologies. Le concurrent principal du Russe ne s’y est d’ailleurs pas trompé : WhatsApp a lancé en mai 2016 une version pour ordinateur qui propose, grosso modo, les mêmes fonctionnalités.

Les groupes de discussion sont extrêmement larges

C’est l’autre gros avantage de Telegram : la taille des groupes que l’utilisateur peut créer, qui peut contenir jusqu’à 5 000 membres depuis mars dernier. Dès lors, une personnalité politique (ou un parti) pourra choisir de diffuser ses idées via ce système, comme le fait d’ailleurs le président Hassan Rohani en Iran. Rien d’étonnant : privés de Facebook et Twitter, associés aux États-Unis, les Iraniens sont 20 millions à avoir recours à l’application d’origine russe.

L’autre fonctionnalité populaire de l’application est la possibilité de créer des « channels », des forums de discussion où n’importe qui peut venir parler d’un sujet. Depuis le 22 septembre, Telegram permet ainsi à ses utilisateurs de suivre des groupes de conversation dont l’audience est illimitée.

La fonctionnalité n’a pas tardé à faire des heureux, d’autant que Twitter durcissait, sous la contrainte, son système de modération. Peu après le lancement, l’État islamique y faisait la promotion de sa chaîne officielle : Nashir (« diffuseur ») et Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) y revendiquait les attaques de Grand-Bassam, en Côte-d’Ivoire, le 13 mars 2016. L’application est par ailleurs assez laxiste dans sa modération et n’a commencé à supprimer des « channels » associés à l’État islamique qu’à la fin de l’année 2015.

La confidentialité est plutôt rassurante

La renommée de Telegram vient surtout de la confidentialité que l’application affirme assurer. Pavel Durov explique ainsi l’avoir co-créée pour échapper à la surveillance du gouvernement de son pays. Telegram propose des « chats secrets », dont les messages s’autodétruisent après avoir été lus par le destinataire. Elle affirme surtout être « plus sûre que les autres applications de messagerie grand public », n’hésitant pas à s’attaquer directement à WhatsApp via les réseaux sociaux. D’ailleurs, c’est bien en février 2014, au moment du rachat de WhatsApp par Facebook, que Telegram a véritablement commencé à conquérir le monde.

Pourtant, l’application Telegram n’est pas aussi sûre qu’elle le prétend. Seuls les messages secrets sont chiffrés de bout en bout entre l’expéditeur et le destinataire, mais ceux envoyés via la messagerie ou les groupes, bien que protégés, passent par les serveurs de l’entreprise. Celle-ci dispose donc d’une copie des échanges mais également des carnets d’adresse de tous les utilisateurs, ce qui rend ces données vulnérables au bon-vouloir ou à la sécurité de Telegram.

Des chercheurs en sécurité ont en outre dénoncé, comme pour WhatsApp, des failles de sécurité permettant de récupérer les métadonnées des utilisateurs. Reuters affirmait également début août 2015 que les données de 15 millions d’utilisateurs iraniens de Telegram avaient été piratées par des hackers. Une information ensuite démentie par l’intéressé.

Certains leaders d’opinion l’utilisent déjà

Depuis peu, nombre de personnalités africaines s’inquiètent, à tort ou à raison, de l’espionnage dont ils assurent faire l’objet sur les réseaux numériques. WhatsApp a construit son succès sur ce point et Telegram espère en faire autant. De nombreux dirigeants politiques français utilisent déjà l’application, notamment Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg ou encore des collaborateurs de François Fillon et Nicolas Sarkozy.

Il y a une tendance dans nos pays à vouloir surveiller les communications numériques

Mais, en Afrique,  les adeptes restent pour l’instant peu nombreux. « Les Africains de l’Ouest sont plus présents sur WhatsApp », explique un utilisateur nigérien, qui assure se servir de Telegram pour ses conversations sensibles. « Il y a une tendance dans nos pays à vouloir surveiller les communications », justifie-t-il. Mais cela pourrait ne pas durer. Au Brésil notamment, Telegram a enregistré des records, avec plus d’un million d’inscriptions par jour à certaines périodes.

De quoi espérer un « boom » africain ? Quelques leaders d’opinion y sont en tout cas d’ores et déjà présents, sans y être forcément très actifs : les Nigériens Ali Idrissa, membre de la société civile, Amadou Boubacar Cissé, ancien Premier ministre, Ibrahim Yacouba, actuel ministre des Affaires étrangères, le cyber-activiste Sénégalais Cheikh Fall, l’opposant gabonais Mike Jocktane ou encore le Congolais Fidèle Babala, du Mouvement de libération du Congo (RD Congo).

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