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L’argent des Africains : Abdoul, boucher au Burkina Faso – 365 euros par mois

Abdoul Zaki au marché de bétail pour l'achat de ses moutons à Ouagadougou en septembre 2016. © DR

Abdoul a 32 ans. Il travaille comme boucher et parfois revendeur de moutons dans un quartier populaire de la ville de Ouagadougou. Pour ce nouveau numéro de notre série l’argent des Africains, il a accepté de nous ouvrir son portefeuille.

Abdoul évolue dans le secteur de la boucherie depuis ses 16 ans. Un héritage familial, selon lui : « Mon père et mon grand père étaient bouchers. J’étais plus passionné par ça que par l’école. »

Peu studieux sur les bancs, il mettra prématurément fin à ses études en 1998, après avoir décroché son certificat d’études primaires, pour se tourner vers sa passion. « C’est le seul métier que je savais faire parce que je l’avais dans l’âme », avoue-t-il en souriant.

« Le général », ainsi que l’appellent affectueusement ses amis, est à peine âgé de 15 ans lorsqu’il rejoint son père pour l’aider dans son activité à Banfora, ville située à 445 kilomètres à l’ouest de Ouagadougou. « Chaque matin, on allait au marché pour acheter les moutons, se rappelle-t-il avec nostalgie. Il examinait toujours bien les animaux avant d’en choisir. C’est lui qui m’a appris à reconnaître les meilleurs animaux. Il me disait toujours que c’est essentiel dans notre métier si on veut maintenir la clientèle. »

Bénéfices : 365 euros

Les années passées avec ce dernier lui ont naturellement permis de parfaire son savoir-faire et ainsi de voler de ses propres ailes.

En 2005, il rejoint Ouagadougou pour travailler à son compte. Là, il choisit de s’installer dans un quartier populaire au centre de la ville, en face d’un maquis. Il fera du mouton grillé – dont les Ouagalais raffolent tant – sa spécialité. « Plus les gens boivent, plus ils ont envie de manger de la viande », convient-il.

Une stratégie payante qui lui rapporte suffisamment – environ 240 000 F CFA de bénéfice par mois, soit environ 365 euros – pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses proches.

Charges domestiques : 182 euros

Abdoul n’est pas marié mais il a un garçonnet de neuf ans dont il a confié la garde à ses parents pour habiter seul. « C’est pour son bien, justifie-t-il. S’il était avec moi, ce serait difficile de m’occuper de lui. Étant chez mes parents, je peux de temps à temps leur envoyer quelque chose. » Combien ? La somme pouvant varier d’un mois à l’autre, il ne saurait avancer un chiffre.

Tout compte fait, Abdoul estime approximativement ses dépenses domestiques à 182 euros (120 000 F CFA). « Il y a des dépenses prioritaires comme le loyer, la nourriture, les factures et le carburant », explique-t-il.

Sa maison lui coûte mensuellement 30 euros de loyer, auxquels il faut ajouter 23 euros de facture d’eau et d’électricité et 15 euros pour les recharges téléphoniques.

« Le général » dépense aussi en moyenne 23 euros pour le carburant et l’entretien de sa mobylette qui lui sert de moyen de transport. Selon lui, ses plus grosses charges restent surtout l’alimentation et la location de l’espace où il vend sa viande. Chacune de ces dépenses s’élèvent à 46 euros.

Épargne pour son projet : 76 euros

S’il gagne bien sa vie, le général affirme néanmoins que son métier est assez pénible et qu’il aimerait bien se reconvertir un jour dans l’élevage de moutons.

Actuellement, il lui faut se réveiller tous les matins de bonne heure pour aller chercher les moutons au marché, les conduire à l’abattoir frigorifique dans un quartier à la périphérie de la capitale avant de revenir au centre-ville – où il exerce – pour faire cuire la viande et la vendre.

Mais à l’écouter, le jeu en vaut la chandelle : « Je ne veux pas faire ça toute ma vie. Mais ça me nourrit et ça me permet aussi d’économiser pour mon projet. »

En fonction des mois, Abdoul épargne au minimum 76 euros en vue de s’acheter un lopin de terre pour son activité pastorale même s’il n’oublie pas aussi de profiter de la vie. Pour ses loisirs, il consacrerait en moyenne mensuellement 30 euros. « Si on ne profite pas de la vie maintenant, ce n’est pas quand on aura une famille et plus de responsabilités », souffle-t-il. Mais bien entendu, à la fête, il n’y pense qu’une fois les dépenses nécessaires effectuées.

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Si vous souhaitez participer à notre série, écrivez nous à argentdesafricains@jeuneafrique.com

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