Nigeria : Boko Haram déchiré par des combats entre factions rivales

Par Jeune Afrique avec AFP

Abubakar Shekau, l'ex-leader officiel du groupe Boko Haram. © Capture d'écran/AFP

Des affrontements violents ont eu lieu au sein du mouvement jihadiste depuis l'éviction de l'ancien chef Abubakar Shekau, remplacé par Abou Mosab Al Barnaoui, identifié par les experts comme le fils du fondateur historique de Boko Haram, Mohamed Yusuf.

Selon des témoignages d’habitants et de miliciens, les combats opposent deux factions rivales du mouvement. Ces affrontement meurtriers ont débuté après l’annonce, début août, du remplacement d’Abubakar Shekau, immédiatement démenti par l’intéressé.

Jeudi dernier, plusieurs combattants du camp Shekau ont été tués par le camp rival dans deux affrontements armés dans la zone de Monguno, dans l’État de Borno, au nord-est du Nigeria.

« La faction Barnaoui a lancé une offensive contre la faction Shekau qui occupait les villages de Yele et Arafa », a témoigné un habitant, Mele Kaka. « A Yele, les assaillants ont tué trois hommes du camp Shekau » et ils en ont tué aussi « plusieurs à Arafa ». Les habitants d’Arafa ont pris la fuite, selon lui.

La veille, les combattants du clan Barnaoui avaient attaqué leurs rivaux dans le village de Zuwa, plus au sud, en tuant un nombre indéterminé, toujours selon Mele Kaka.

Civils tués et villages pillés

« Après chaque attaque, les combattants de Barnaoui ont dit aux villageois que leurs rivaux du clan Shekau s’étaient éloignés du vrai « jihad », qu’ils tuaient des innocents, pillaient leurs biens et brûlaient leurs maisons », « des actes contraires aux enseignements de l’islam », a rapporté Mele Kaka.

L’insurrection menée par Shekau, qui souhaite l’instauration d’un État islamique rigoriste, s’est en effet caractérisée par sa violence extrême contre les habitants, principales victimes du conflit : villages rasés, hommes massacrés, femmes et enfants capturés dans les campagnes, et dans les villes attentats-suicides sanglants contre mosquées, marchés ou gares routières.

D’après un membre d’une milice civile qui aide l’armée contre le groupe jihadiste, d’autres combats se sont produits il y a deux semaines dans le secteur d’Abadam (État de Borno), près de la frontière du Niger. « Il y a eu des morts, les combattants de Shekau ont dû fuir », selon ce milicien, Babakura Kolo.

Des centaines de villageois pris en otage avec leur bétail par les combattants de Shekau en fuite ont été libérés par les hommes de Barnaoui, selon le milicien.

Les informations sur la lutte de factions au sein de Boko Haram ont mis du temps à faire surface à cause de la destruction des infrastructures de télécommunication dans le nord-est du pays, dont l’accès est très difficile.

Le groupe jihadiste, affilié à l’État Islamique, subit par ailleurs une forte pression de l’armée nigériane. Contacté par l’AFP, cette dernière se refuse à tout commentaire sur ces luttes intestines.