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Ce jour-là : le 12 septembre 1974, Haïlé Sélassié est renversé

L'empereur d'Éthiopie Haïlé Selassié en 1963. © Archives Jeune Afrique

Haïlé Sélassié est déposé calmement par une junte militaire le 12 septembre 1974 après des mois d'insurrection. L'Éthiopie vit un jour historique : la dynastie salomonide, vieille de sept siècles et dont est issu le "Négus", cesse de gouverner l'empire.

Ce matin du 12 septembre 1974, tout se passe calmement au sein du palais impérial d’Addis-Abeba. Seuls les blindés, positionnés méthodiquement autour de la résidence du Négus, signalent que cette journée n’est pas comme les autres. Les membres du Comité de coordination des forces armées lisent à haute voix le décret promulguant la déposition d’Haïlé Sélassié :

« Sa Majesté impériale Haïlé Selassié est déposée à compter de ce jour, 12 septembre. Le prince héritier, Merid Azmatch Asfa Wossen, assumera les fonctions de roi d’Éthiopie. La cérémonie de couronnement aura lieu lors du retour au pays du prince héritier. Le roi sera un personnage honorifique et n’aura aucune autorité sur l’administration et sur la politique du pays. »

Le Négus reste impassible. Voilà quelque temps déjà qu’il avait accepté son sort. L’issue était inéluctable tant la révolte sourde qui agitait le pays depuis le début de l’année 1974 était devenue intenable.

Ce jour-là, la seule manifestation de violence à l’encontre du souverain viendra de la foule qui criera dans les rues de la capitale :  “Voleur ! Pendez-le !”, au moment où il sortira du palais du Jubilé, sous étroite escorte militaire, pour monter dans une Coccinelle bleu clair.

Une longue révolution

Cela fait des mois que la société éthiopienne bouillonne. Dans les campagnes de la région du Wollo, le terrible voile de la famine s’est abattu depuis 1973, faisant au bas mot près de 200 000 morts. À Addis-Abeba, chaque journée est ponctuée de manifestations d’étudiants mus par une idéologie marxisante.

Alors que la catastrophe humanitaire du Wollo est tue par le pouvoir, des universitaires et des étudiants s’organisent. Certains décident de se rendre dans cette région du Nord pour témoigner de la famine.

Entre janvier et septembre 1974, toutes les couches de la société expriment leur mécontentement, pacifiquement ou violemment. Des soldats se mutinent à Debre Zeit le 10 février, ou encore dans la province érythréenne (qui n’est pas encore indépendante), à Asmara le 25 février. On s’attaque au bus de la société de transports (propriété de l’empereur) et on vilipende le régime autocratique, féodal et l’aristocratie qui vit dans un luxe ostentatoire. Le 5 mars 1974, le Négus s’adresse à ses sujets, promettant des réformes et l’instauration d’une monarchie constitutionnelle.

Mais il est déjà trop tard, l’heure est à l’auto-organisation et à la révolte. Le 7 mars, l’Éthiopie vit sa première grève générale. Plus inquiétant encore, des dignitaires de l’Église orthodoxe, institution réputée acquise à l’empereur, manifestent contre la corruption dont seraient coupables des personnalités proches du pouvoir.

À partir du début du mois de septembre 1974, des affiches hostiles à l’empereur font leur apparition sur les murs de la capitale. On y voit le Négus nourrir les chiens de son palais, tandis qu’à côté un habitant du Wollo est en train de mourir de faim.

Le régime vacille.

ARCHIVES JA

Foule regardant l'une des affiches de propagande destinée à discréditer l'empereur d'Éthiopie pendant la grave famine du Wollo en 1973-1974. © ARCHIVES JA

 

Une révolution populaire confisquée par les militaires

Certes, ce sont les membres du Comité de coordination des forces armées (le Derg) qui déposeront physiquement le Négus. Mais l’histoire de la lente révolution éthiopienne s’est très fortement construite autour des organisations autonomes et estudiantines marxistes, qui se feront – plus tard – réprimer par le nouveau pouvoir.

Alors que la déposition du Négus par les militaires doit déboucher sur l’instauration d’un pouvoir civil doté d’un souverain purement représentatif, il n’en sera rien.

Le 20 décembre 1974, le premier vice-président du Derg, Mengistu Haïlé Mariam, proclame le socialisme éthiopien. Puis c’est la période de la terreur rouge entre 1977 et 1978. Le Derg déclenche une lutte à mort contre les mouvements civils ayant activement participé à la révolution. La répression sera terrible.

D’un Négus à l’autre

Emprisonné à la suite de sa déposition, Haïlé Sélassié décède dans des conditions mystérieuses près d’un an après sa chute, le 27 août 1975. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer les causes de son décès : strangulation, complications lié à une opération… Pour certains, il serait mort étouffé par Mengistu sous un oreiller imbibé d’éther. Aujourd’hui encore, les circonstances de sa disparition n’ont pas été clarifiées.

En 1992, un an après la chute de Mengistu, les restes d’Haïlé Sélassié sont retrouvés sous le bureau du Négus rouge. Huit ans plus tard, le 5 novembre 2000, une inhumation est organisée dans la cathédrale de la Sainte-Trinité à Addis-Abeba, laquelle sera cependant boycotté par Meles Zenawi (le dirigeant éthiopien de l’époque et tombeur de Mengistu), qui n’a pas manqué de rappeler le caractère autoritaire, féodal et dispendieux de ses 45 années de règne.

Retrouvez ci-dessous l’article consacré à la chute de l’Empereur d’Éthiopie paru dans Jeune Afrique n°716 du 26 septembre 1974.
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