Gabon : cinq morts dans des heurts, les opposants retenus au QG de Jean Ping autorisés à rentrer chez eux

Par Jeune Afrique - avec AFP

La police gabonaise, déployée aux abords de l'Assemblée nationale, le 1e septembre 2016 à Libreville. © MARCO LONGARI / AFP

Deux personnes ont été tuées dans la nuit de jeudi à vendredi à Libreville. Les 27 opposants qui étaient retenus au quartier général de Jean Ping ont été autorisés à rentrer chez eux.

Bekam Ella Edzang, étudiant en droit de 27 ans, est mort vendredi matin des suites d’une blessure par balle après avoir été opéré à la polyclinique Chambrier dans le quartier de Montagne Sainte, rapporte l’AFP. Selon son ami d’enfance, il a été blessé jeudi soir par la garde républicaine dans le quartier de Nzeng Ayong.

Au moins cinq morts à Libreville

Le corps d’un autre jeune, Axel Messa, 28 ans, a par ailleurs été tué dans ce même quartier jeudi soir. Sa dépouille a été portée vendredi matin en procession par des dizaines de manifestants, enroulée dans le drapeau du Gabon. Selon une femme se présentant comme sa mère, il a été tué jeudi soir alors qu’il était assis devant chez lui, selon un journaliste de l’Agence France Presse.

Ces nouvelles victimes portent à cinq le nombre de personnes mortes dans les manifestations et émeutes depuis l’annonce de la victoire contestée d’Ali Bongo Ondimba à la présentielle du 27 août.  « Nous déplorons la mort de trois personnes, dont les identités seront données rapidement quand elles seront établies », avait déjà indiqué le ministre de l’Intérieur, Pacôme Moubelet-Boubeya lors d’une courte conférence de presse donnée jeudi après-midi.

Si Alain-Claude Bilie-By-Nze, porte-parole du gouvernement gabonais et d’Ali Bongo a confirmé les deux nouveaux morts, il a en revanche réfuté au micro de BFMTV tout tir à balles réelles venant des forces de l’ordre.

Le sort des 27 opposants « séquestrés »

Du côté du QG de Jean Ping, jusqu’à la fin de la journée, 27 opposants étaient toujours retenus par les forces de l’ordre. Jean Ping avait quant à lui pu quitter les lieux avant l’assaut donné dans la nuit de mercredi à jeudi 1er septembre. Puis Paris avait officiellement demandé aux autorités de rendre leur liberté de mouvement à ces opposants, afin de contribuer à l’apaisement de la situation. Une requête visiblement entendue par Libreville, qui annonçait en début de soirée que les opposants étaient désormais libres de leurs mouvements.

Parmi les personnes sur place, plusieurs figures de l’opposition étaient présentes, dont Zacharie Myboto, président de l’Union nationale (UN, opposition), sa fille Chantal Myboto-Gondjout, son mari Paul-Marie Gondjout, vice-président de l’UN, Didjob Ding Duvungui, ancien vice-président de la République, mais aussi René Ndemezo’o Obiang, ancien ministre d’Ali Bongo passé dans le camp de l’opposition.

« Nous sommes séquestrés »

« Nous sommes séquestrés par les forces de l’ordre et empêchés de quitter le QG de Jean Ping depuis la nuit de mercredi », témoignait Paul-Marie Gondjout, contacté par Jeune Afrique vendredi matin. « Nous avons passé la nuit dehors, sur le parking du QG », poursuivait-il, précisant qu’une personne souffrant de diabète et d’hypertension et n’ayant pas pu prendre ses médicaments nécessitait une intervention médicale.

Vendredi en fin d’après-midi, la situation restait inchangée. « Des médecins sont venus apporter des médicaments à la personne souffrante, mais ne savons pas ce qui pourrait se passer », ajoutait Paul-Marie Gondjout.

« On ne nous a rien dit sur ce qui nous est reproché. Hier [jeudi 1er septembre] les gendarmes nous ont dit que nous serions amenés au poste de Gros bouquet pour être entendus, mais depuis nous n’avons pas bougé alors que nous avons formellement demandé à regagner nos domiciles », expliquait dans la matinée René Ndemezo’o Obiang, coordinateur de la campagne de Jean Ping, contacté vendredi matin par Jeune Afrique.

Une intervention « pour assurer la protection des personnes »

Alors que la capitale est toujours sous haute tension et qu’ « entre 600 et 800 interpellations » y ont lieu depuis mercredi, le ministère de l’Intérieur s’était fendu d’un communiqué jeudi pour « rétablir la vérité ».

« Les forces de l’ordre sont intervenues afin d’éviter le repli des assaillants vers le QG de M. Jean Ping. Les forces de sécurité ont mené l’assaut sur le lieu et l’ont sécurisé pour assurer la protection des personnes qui se trouvaient à l’intérieur du bâtiment et qui n’étaient pas toutes identifiées », précisait le communiqué.

« Aucun hélicoptère n’a ouvert le feu durant l’opération de sécurisation du QG de Jean Ping », assurait encore le communiqué du ministère, démentant également la présence de « milices » lors des opérations sécuritaires.