Algérie : un homme de confession chrétienne poursuivi en appel pour « outrage à l’islam »

Preuve de la coexistence historique de plusieurs religions en Algérie, l'ancienne synagogue d'Oran est devenue la mosquée Abdallah Ibn Salam. © Wikimedia Commons

Condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour offense à la religion et au prophète, Slimane Bouhafs a été présenté aujourd'hui à la Cour d'appel de Sétif, qui a décidé de le maintenir en détention. Les organisations de défense des droits de l'homme dénoncent un procès inique.

Il s’appelle Slimane Bouhafs, il est algérien de confession chrétienne et son procès pour « outrage à la religion musulmane » fait jaser en Algérie. Le 31 juillet, il a été condamné par le tribunal de première instance de Sétif, à 270 km à l’est d’Alger, à cinq ans de prison ferme et à 100 000 dinars (814 euros, ndlr) d’amende pour « offense à l’islam et au prophète ». Son procès en appel a eu lieu ce mardi 30 août devant la Cour d’appel de la même ville. Mais le juge a refusé de lui accorder la liberté provisoire et a fixé la date du verdict au 6 septembre.

Il reste en prison

Slimane Bouhafs a été arrêté à la suite de publications sur sa page Facebook datant de 2014 où il aurait critiqué la religion musulmane. « Son procès recèle beaucoup d’irrégularités et de zones d’ombre. Jusqu’à maintenant, nous ne comprenons pas pourquoi il a été jugé pour des statuts Facebook aussi anciens, ni pourquoi la justice a ordonné son arrestation alors qu’aucune plainte n’a été déposée contre lui « , s’interroge Said Salhi, vice-président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH) qui assure la défense de l’accusé.

C’est le parquet qui s’est lui-même auto-saisi de cette affaire et a déclenché la procédure judiciaire à l’encontre de Slimane. Dans un procès expéditif, ce dernier a été présenté le jour-même de son arrestation devant le tribunal de première instance de Sétif, qui a prononcé la peine maximale prévue par l’article 144 du Code pénal punissant « l’outrage à la religion » ainsi que sa mise immédiate sous détention ». Selon la LADDH, le prévenu n’a même pas eu droit à un avocat. « Devant le tribunal, il a pourtant réfuté les accusations du parquet, assurant que ses statuts Facebook étaient contre l’islamisme radical et non contre l’islam. D’ailleurs, ses parents et son épouse sont de confession musulmane », ajoute le militant associatif.

Je n’ai pas insulté la religion

Ancien agent de police pendant les années noires en Algérie, Slimane Bouhafs aurait été marqué par les scènes d’horreur perpétrées par les jihadistes allant jusqu’à rejeter, sur ses statuts Facebook, la politique de réconciliation nationale décrétée par le président Abdelaziz Bouteflika au début des années 2000, au motif qu’elle a consacré « l’impunité » des terroristes. Sur le réseau social, il a aussi demandé à ce que la Constitution algérienne soit amendée afin d’instaurer une séparation entre la politique et la religion.

Un procès politique ?

Pour la LADDH, en plus de la confession chrétienne du prévenu, la thèse d’un procès politique n’est pas écartée. Même si le juge n’y a pas fait allusion, l’appartenance à cette religion dérange dans une région musulmane conservatrice comme Sétif. « Nous ne comprenons pas pourquoi il a été jugé si rapidement et maintenu en prison alors qu’il ne présente aucun danger », poursuit l’organisation. 

Le samedi 27 août, l’ONG Amnesty International et la LADDH ont demandé aux autorités algériennes de libérer immédiatement et sans condition Slimane Bouhafs, dénonçant « une atteinte à la liberté de culte et d’opinion ».

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