Sport de combat : la voie dorée du taekwondo africain

Le Malien Daba Keita contre l'Italien Carlo Molfetta lors de la demi-finale poids lourd aux JO de Londres le 11 août 2012. © Ng Han Guan/AP/SIPA

Championnats du monde, Jeux olympiques... Les taekwondoïstes africains raflent de plus en plus de médailles, dont la dernière en or - historique - de l’Ivoirien Cheick Cissé à Rio. Retour sur les clés d'un succès.

Le 19 août dernier, Cheick Cissé planait sur le toit des JO de Rio et inscrivait son nom dans l’histoire comme le premier Ivoirien à gagner une médaille d’or dans cette compétition mondiale. Pour son entraîneur, cette victoire était attendue. « Il a bien travaillé. Il était dans les conditions optimales. Ce n’est pas une surprise », explique Attada Tadjou, fier d’avoir ramené en plus la médaille de bronze obtenue chez les dames par Ruth Gbagbi, une première pour une taekwondoïste du continent aux JO.

Et c’est aussi en héros national que le Nigérien Issoufou Alfaga Abdoul Razack, bombardé officier de l’ordre du mérite pour avoir décroché la médaille d’argent à Rio, a lui aussi été accueilli par les autorités à Niamey. Quatre ans plus tôt, c’est Anthony Obame, vice-champion et première médaille olympique africaine en taekwondo, qui avait eu droit aux mêmes honneurs à Libreville. Qui pourrait oublier aussi les performances du Malien Daba Modibo Keïta, double champion du monde ?  « Absolument personne, réagit Mustapha Koussoubé de la Fédération burkinabè. Ses résultats au plus haut niveau ont inspiré beaucoup de nos jeunes. »

Le taekwondo africain a le vent en poupe et il rivalise désormais avec celui d’Asie, d’Amérique et d’Europe. Selon Adama Coulibaly, directeur du Taekwondo Club Saint Germain Paris et ancien entraîneur de l’équipe de Paris et de l’équipe nationale du Burkina Faso, cela ne date pas d’aujourd’hui. « On a l’impression que c’est récent. Mais nos sportifs ont toujours été compétitifs. Il faut juste signifier que l’arbitrage ne nous a pas toujours favorisés dans les grandes compétitions. Cela commence à évoluer, surtout avec l’arbitrage électronique », explique-t-il.

Longue tradition

De fait, le taekwondo (que l’on peut traduire par « la voie du coup de pied et du coup de poing ») a été introduit en 1968 en Côte d’Ivoire, précurseur de la discipline sur le continent, soit la même année qu’en France. L’engouement des Africains pour cette discipline comme pour la plupart des arts martiaux a été favorisé par le développement du cinéma d’action asiatique. « Beaucoup de jeunes sont venus au taekwondo parce qu’ils voulaient s’identifier à leurs héros », précise Mustafa Koussoubé. À cela s’ajoute un facteur important : la présence massive de volontaires sud-coréens en Afrique au sortir de la guerre de Corée (1950-1953). « C’était un instrument de la diplomatie sud-coréenne », rappelle Adama Coulibaly.

Ainsi au début des années 70, ils étaient nombreux à enseigner le taekwondo dans le monde et en Afrique. Les premières écoles avaient été dédiées à la formation des forces de défense et de sécurité, notamment celles qui étaient chargés d’assurer la protection des chefs d’État.

Me Kim Young Tae fut l’un de ces missionnaires. Maître instructeur et champion de Corée du sud toutes catégories confondues, il débarque en Côte d’Ivoire en 1968 en tant qu’expert démonstrateur choisi par Séoul pour effectuer « une série de démonstrations à travers le monde pour faire connaître le sport national de la Corée et promouvoir l’art martial coréen », témoignait-il en 2011 dans la revue Taekwondo choc (n°73). Là, il entraîne de grands noms du taekwondo ivoirien comme Cheick Bamba, actuel président de la Fédération ivoirienne, ou encore le vice-champion du monde 1985, Younousse Bathily.

Bonne gestion

Selon Attada Tadjou, « Kim Young Tae a inculqué à ses différents élèves l’ardeur et l’amour dans le travail, la discipline mais aussi le critère du mérite ». Des enseignements qui ont permis à l’équipe ivoirienne de se hisser au niveau mondial, renchérit pour sa part Siaka Azoumana, secrétaire général de la Fédération ivoirienne : « Nous avons procédé à une sélection rigoureuse entre 2013 et 2014 pour retenir au final dix athlètes. Six parmi eux ont visé une qualification directe aux différentes compétitions internationales. »

Seconde fédération derrière le football, la Fédération ivoirienne de taekwondo est l’une des mieux organisées du continent (35 000 licenciés). « Elle a inspiré les autres fédérations », indiquent plusieurs analystes. Pour le président de la Fédération française, les clés du succès africain se trouvent aujourd’hui dans l’organisation. « Le continent, affirme-t-il, regorge d’énormes potentiels. D’un point de vue morphologique, les taekwondoïstes africains ont tout pour réussir. Les fédérations ont finalement compris qu’avec une meilleure organisation, elles pouvaient produire des champions. »

La plupart des fédérations ont mis en place des mécanismes d’accompagnement des taekwondoïstes

La plupart des fédérations africaines de taekwondo ont ainsi mis en place des mécanismes d’accompagnement pour leurs sportifs, parfois avec l’appui financier de l’État ou des comités nationaux olympiques qui sollicitent pour certains taekwondoïstes des bourses de solidarité olympique en vue d’effectuer des stages de perfectionnement de haut niveau. Le plus souvent les médaillés ont bénéficié de ces appuis : Anthony Obame en France, Issoufou Alfaga en Allemagne, Cheick Cissé et Ruth Gbagbi en Espagne… « Nous ne disposons pas de structures adaptées et ces stages permettent aux jeunes de se confronter au haut niveau », souligne Adama Coulibaly.

Par ailleurs, de plus en plus d’Africains prennent part aux différentes compétitions créditées WTF – Fédération mondiale de Taekwondo –  comme les open, bénéficiant ainsi d’un meilleur classement mondial. « Il faut poursuivre avec ces initiatives et faire confiance aux entraîneurs locaux reconnus sur le plan international », conclut Attada Tadjou. L’entraîneur ivoirien reste convaincu que le succès du taekwondo africain ne fait que commencer.

Les dates historiques du taekwondo africain