Quel premier bilan de la présidentielle au Gabon ?

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Cécile Kyenge, originaire de RDC, est députée européenne et ancienne ministre italienne de l'Intégration. Elle a été chef de la mission d'observation de l'Union européenne pour les élections au Burkina Faso, en 2015, et membre observatrice de la délégation du Parlement européen pour la présidentielle de 2016 au Gabon.

Des membres de la Commission électorale du Gabon, dépouillent les bulletins de vote à Libreville, le 27 août 2016. © AFP

Samedi dernier, plus de 628 000 électeurs gabonais ont été appelés aux urnes pour choisir leur futur président.

En ma qualité de membre de la délégation du Parlement européen au sein de la Mission d’observation électorale de l’Union Européenne, j’ai eu le privilège d’assister à un vote que bon nombre d’experts considèrent comme historique pour le destin de ce pays de l’Afrique centrale. L’élection présidentielle au Gabon est à mes yeux d’autant plus importante qu’elle se tient à un moment charnière de l’histoire de la démocratie en Afrique.

Malgré tous les progrès enregistrés ces dernières décennies, la mise en pratique des principes démocratiques et de la bonne gouvernance reste trop souvent entachée par un manque de responsabilité d’une partie du leadership africain envers les peuples du continent. « Les progrès sont en panne », avait déclaré à juste titre la Fondation Mo Ibrahim lors de la publication de son Indice sur la bonne gouvernance en octobre 2015.

Au Gabon, les présidentielles ont été une occasion pour la classe dirigeante gabonaise d’envoyer un message clair à l’ensemble du continent africain et à toute la Communauté internationale : « avec votre soutien, nous sommes en mesure d’organiser une élection transparente et de faire preuve de la plus grande responsabilité dans tout le processus électoral ».

Quel premier bilan pouvons-nous dresser au lendemain du scrutin ? À l’invitation du gouvernement, l’Union Européenne a déployé plus de 50 observateurs, dont six députés du Parlement de l’UE. Les missions européennes, faut-il le rappeler, ont pour mandat de « présenter une évaluation détaillée, circonstanciée et impartiale des processus électoraux conformément au cadre juridique national et régional ainsi qu’aux obligations internationales signées par les pays hôtes ».

Concrètement, les observateurs sont en charge d’analyser toutes les phases du processus électoral : de l’établissement des listes électorales à la proclamation des résultats définitifs, en passant par la campagne électorale, le dépouillement ou les éventuels contentieux électoraux.

Au Gabon, notre délégation du Parlement européen, en tant qu’observateurs de courte durée, a eu globalement accès aux opérations de vote. Nous avons pu déployer sur le territoire gabonais trois équipes à Libreville, dans les régions de l’Estuaire et de Lambaréné. À titre personnel, je tiens à féliciter sincèrement les électeurs gabonais, qui ont exprimé librement leur droit de citoyen, dans le calme et avec patience, et ce malgré les retards d’ouverture des bureaux de vote. Malheureusement, au même titre que le chef observateur de l’EOM Gabon, Mariya Gabriel, j’ai moi-même constaté l’absence des listes électorales affichées devant les bureaux de vote, des défaillances au niveau de l’authentification des bulletins de vote et l’usage de scellés des urnes dépourvus de numéros d’identification.

Ces incidents reflètent un manque de transparence dans la gestion du processus électoral

Ces incidents reflètent un manque de transparence dans la gestion du processus électoral, marqué par un climat politique qui au lendemain du vote reste tendu. Ce manque de transparence concerne en particulier les modes de financement des partis et de la campagne électorale, et le fait que des organes de gestion des élections ont omis de mettre à la disposition des parties prenantes des informations vitales telles que la liste électorale et la liste des centres de vote.

À cela s’ajoutent une couverture médiatique excessive au profit du président sortant, l’absence de confiance des candidats de l’opposition et une partie de la société civile envers les organes responsables pour l’administration des élections, et notamment la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP), dont la marginalisation laisse quelque peu perplexe. Je regrette par ailleurs les difficultés d’accès au vote du peuple autochtone, des femmes et des personnes avec un handicap, dues à l’absence de politiques d’inclusion sociale.

Comme l’a souligné, Jo Leinen, chef de la délégation du Parlement européen, nous avons été marqués par le niveau extrême de défiance et de mépris profond entre les camps des deux principaux candidats, qui nuit à l’unité et à la cohésion nationale. Il est urgent de jeter les bases d’un vrai dialogue politique. Le peuple gabonais pourra compter sur les efforts sans ménagement du Parlement européen pour rester à ses côtés.