Mines : Opération recentrage pour Vale

Le siège du groupe minier Vale à Rio de Janeiro. © Pilar Olivares/Reuters

Affecté par la chute du fer, le groupe brésilien se désengage du continent en se cherchant des partenaires, en revendant ses mines ou en ralentissant le développement de ses projets.

Les temps sont durs pour le géant brésilien Vale, premier producteur mondial de fer. En 2014, son minerai de prédilection (80 % de ses revenus) a perdu 46,3 % de sa valeur. Le groupe, coté à Sao Paulo et à New York, détenu à 15 % par l’État brésilien et des institutions, et dirigé depuis Rio de Janeiro par Murilo Feirrera, hésite à poursuivre le développement de ses projets au Mozambique dans le charbon, en Zambie dans le cuivre, et surtout en Guinée dans le fer, où sa position est très incertaine.

À cela s’ajoute la pression exercée par Dilma Rousseff, réélue en octobre, pour que les entreprises nationales se recentrent sur le Brésil. Le temps des ambitions africaines portées hardiment par Roger Agnelli, l’ex-patron du groupe, proche de l’ancien président Lula, semble révolu.

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Lors des journées consacrées aux investisseurs à New York et Londres, les 2 et 5 décembre, Murilo Feirreira, arrivé aux manettes en 2011, a exprimé sa volonté de se désengager des métaux de base non ferreux, notamment le nickel, l’aluminium et le manganèse avec leur regroupement dans une nouvelle société introduite en Bourse indépendamment de Vale. Une opération grâce à laquelle il espère gagner environ 14 milliards de dollars (11,5 milliards d’euros). D’après Ivo Fouto, ex-patron de la filière engrais de Vale, et proche de Roger Agnelli, le groupe prépare également « un retrait du secteur des engrais et même du charbon pour un recentrage encore plus axé sur le fer ».

Réélue en octobre, Dilam Rousseff exerce une pression pour que les entreprises nationales se recentrent sur le Brésil.

Cessions

Selon Roger Downeys, directeur général de la filière charbon et engrais de Vale, la finalisation des projets africains en cours nécessite 8,4 milliards de dollars. Une somme impossible à mobiliser seul sur les marchés financiers. Du coup, sur le continent, il s’agit pour Vale de se désengager, via des cessions et des partenariats, dans les filières qu’il ne considère plus comme prioritaires, et de faire des économies sur les projets qu’il souhaite conserver en portefeuille.

Suivant cette stratégie, le groupe brésilien s’est trouvé un allié de choix au Mozambique avec le japonais Mitsui & Co, son actionnaire et son partenaire en tant que logisticien et acheteur de minerai sur plusieurs projets au Brésil. Le groupe nippon, déjà actif dans le secteur gazier mozambicain, a accepté de prendre 15 % des parts de la mine de charbon de Moatize, pour 450 millions de dollars, et surtout 313 millions de dollars dans le projet de corridor logistique reliant cette exploitation enclavée jusqu’au port de Nacala. Une infrastructure vitale qui permettra d’accélérer les cadences de production de ce mégagisement de charbon de coke.

Simandou

Dans sa filière prioritaire du fer, en Guinée, le groupe brésilien laisse la situation décanter, alors que ses licences minières du mont Simandou ont été révoquées fin 2013 par Conakry, du fait de son association avec l’israélien Beny Steinmetz Group Ressources (BSGR), soupçonné de corruption.

« Le gisement de fer est trop important pour que Vale l’abandonne », estime Rafael Benke, ancien directeur des relations institutionnelles de Vale. Selon lui, la société pourrait attendre que les différentes affaires judiciaires (il y en a cinq) soient résolues, et que les cours remontent, avant de se manifester à nouveau. Les autorités guinéennes souhaiteraient que le brésilien reprenne le projet, sans BSGR, à la suite d’un nouvel appel d’offres. Pour les questions logistiques, il pourrait se rapprocher de Rio Tinto, détenteur des gisements du nord du massif du Simandou, qui développe un corridor ferroviaire et portuaire.